PALMA VECCHIO
au suprême degré. Ce qu'il recherche, ce n'est pas l'intensité de la coloration, mais sa transparence; des physionomies douces et sympathiques, trahissant une sorte d'abandon. Aux carnations ambrées de ses concitoyens il oppose des tons nacrés d'une rare délicatesse.
Je ne m'arrêterai pas à décrire les nombreuses peintures de Palma : le sujet en lui-même n'est rien pour ce fortuné rêveur. Des Madones, des Saints, la Rencontre de Jacob et de Rachel, plus rarement des sujets mythologiques (les Trois Grâces, au Musée de Dresde), ou historiques (la Mort de Lucrèce, figures à mi-corps, au Musée de Vienne), puis, surtout, des portraits : tel est le cercle, peu étendu, dans lequel il tourne.
Le plus célèbre des tableaux de Palma, la Sainte Barbe de l'église Santa Maria Formosa à Venise, montre la sainte debout, les formes opulentes, l'attitude fière, le regard hardi; soutenant de la gauche d'amples draperies, levant de la droite la palme du martyre, elle incarne à la perfection les belles Vénitiennes du temps. Par la chaleur du coloris, non moins que par l'ampleur du modelé, cette page est digne du Titien. De sentiment religieux, ai-je besoin de l'ajouter, il n'en est plus question. (Les saints placés dans les autres compartiments sont au moins deux fois plus petits que sainte Barbe : disposition peu heureuse, qui rappelle les donateurs microscopiques en honneur au moyen âge.)
A côté de la Sainte Barbe je citerai Y Adam et Eve, de la galerie de Brunswick , la Rencontre de Jacob et de Rachel, du Musée de Dresde, Y Adoration des Bergers, du Louvre.
Ce dernier tableau réunit à un coloris merveilleux une action émue et pathétique. L'attitude du jeune pâtre, qui accourt plein- d'élan, est véritablement trouvée, et cependant l'artiste n'a pas entendu le flatter : il nous le montre en vrai fils du peuple, en vrai habitant des champs, avec ses culottes déchirées à la hauteur du genou.
Les portraits de femmes de Palma Veechio se reconnaissent à leur modelé large et sommaire, à leurs tempes limpides, à leur distinction parfois un peu banale, à leur manque d'expression. Telles sont les Trois Sœurs du Musée de Dresde et la Violante du Musée de Vienne. Un autre portrait, celui du marquis
Sainte Barbe, par Palma le Vieux.
(Église Santa Maria Formosa à Venise/
Frédéric de Mantoue, de la collection Czartoryski, a mérité d'être placé pendant un temps sous le nom de Raphaël, de même que le prétendu Arioste, de la National Gallery, a porté le nom du Titien.
Palma Giovane, Palma le Jeune (1544-1628), le petit-neveu de Palma le Vieux, imita surtout le Tintoret. Il prolongea son existence jusqu'en plein xvif siècle et échappe par là à notre programme.
Avant de poursuivre l'histoire de l'École vénitienne du xvic siècle, nous
Les Trois Sœurs, par Palma le Vieux. (Musée de Dresde.)
devons jeter un regard sur une série de maîtres plus ou moins inféodés à cette École, mais appartenant à des cités de la terre terme.
Outre Giorgione et le Titien, que l'on s'habitue à considérer comme des citoyens de Venise, outre Jean d'Udine, qui a marqué sa place dans les rangs de l'École romaine, le Frioul ou la Marche de Trévise fournirent un continrent des plus brillants (voy. p. 281).
Laissant de côté les Martino di Udine ou Pellegrino di SanDaniele (y 1547), les Marcello Fogolino, les Pier Maria Pennacclh de Trévise (1464-1528), les Girolamo Pennacclh (1492- 1644) et une série d'autres sur lesquels on trouvera les plus amples informations dans toutes les histoires de la peinture italienne, je m'attacherai à un petit nombre de maîtres d'un intérêt plus spécial.
Il résulte de recherches récentes que Morto da Feltre, l'inventeur de la peinture à grotesques (t. II, p. 004), n'a rien de commun avec Lorenzo Luzzo da