PORDENONE
Portrait de Gir. Pennacchi.
( D'après la gravure publiée
parVasaiï.)
Feltre (mort probablement en 1 5 26), qui est l'auteur de différentes peintures conservées à Feltre, au Musée de Vicence et au Musée de Berlin (Madone trônant entre des Saints, 1 5 1 1 ) '.
Une personnalité bien autrement tranchée est Giovanni Antonio de Corticellis ou de Sacchis (1 488-1 53q), parfois aussi désigné sous le nom de Licinio ou Regillo , mais plus connu sous celui de son lieu de naissance, Pordenone. Ce maître travailla longtemps dans sa province natale et n'entreprit que tard des excursions dans les autres parties de la Haute Italie, à Venise, à Plaisance, à Gênes, à Mantoue, où il peignit un Parnasse, sur la façade du « palazzo del Diavolo ». Fixé définitivement à Venise en 1 535, il se rendit en i53g à Ferrare, où le duc l'avait appelé pour exécuter les cartons d'une Histoire d' Ulysse , qu'il se proposait de faire tisser en tapisserie, mais mourut subitement dans cette ville, âgé de cinquante-six ans seulement.
C'était un dessinateur hardi, un coloriste vigoureux, mais dont la manière conserva longtemps quelque chose d'âpre. Il ne sortait guère du cercle religieux, mais ses fresques ou ses retables respirent cette puissance dramatique qui faisait trop souvent défaut aux indolents peintres vénitiens2.
Nombreuses sont les compositions dont le maître a orné les églises de la terre ferme ou des lagunes, depuis les fresques de Castel Colalto , de Villanuova, de Trévise, de Crémone .(Scènes de la vie du Christ, de la Vierge, des Saints, Evangélisles, etc.), depuis les retables de Pordenone, d'Udine, de Trévise, ou les volets d'orgues de la cathédrale de Spilimberg, jusqu'à son Saint Laurent Giitstianini, de l'Académie de Venise. Dans ce dernier tableau on admire la tenue, la vigueur du coloris, et un certain sentiment de grandeur. Mais Pordenone a prêté le flanc à la critique par une recherche excessive de l'expression et du mouvement. Chacun de ses acteurs vise à l'effet; aucun n'est tout entier à l'action à
laquelle il participe. En outre chacun est animé, je devrais dire agité par un sentiment différent (saint Laurent, un livre sous le bras, lève la main pour
Portrait de G. -A. da Pordenone.
(D'après la gravure publiée
par Vasari.)
1. Caffi, // Morto da Feltro... e Loreuio ai Ln^o da Feltro. Milan, 1889. (Extr. de YAnhlvio storico louibanlo.)
2. Maniago, Elogio ai Giannantonio Pordenone. Venise, 1886. — Campori : Galette des Beaux- Arts, novembre 1867.
annoncer qu'il va faire un discours ; mais personne ne semble disposé à l'écouter!) J'ajouterai que le modelé est cherché et que néanmoins ou peutêtre par cela même les têtes manquent de caractère et de vigueur.
Il n'v a pas moins d'afféterie, d'enflure, de dislocation, dans Sainte Catherine disputant avec les docteurs ( Madonna di Campagna à Plaisance). C'est la même préoccupation que chez le Corrège, mais sans le naturel, la grâce, les élans, qui rachètent chez celui-ci des tendances trop profanes.
Bernardino Licinio da Pordenone, dont la production est délimitée par les années 1620 et 1544, s'est surtout distingué comme portraitiste (sur le portrait de famille de la National Gallery, voy. p. 143).
Quant à Pomponio Amalteo (i5o5-i584), le gendre de Giov.
Antonio da Pordenone, il a continué la tradition de son beau-père.
Ses fresques de l'hôpital de San Vito (l'Histoire de la Vierge et du Christ, achevée en i535) renferment, d'après le Cicérone, toutes sortes de traits propres à la peinture de genre.
A Vicence, un peintre d'une rare vigueur , Bartolommeo Montagna (y l523), né, croit-on, à Orzinuovi, dans le Bressan, allie les enseignements des Vivarini et des Bellini à ceux de Mantegna.
Le chef-d'œuvre de ce maître, la Vierge trônant entre quatre Saints, . au Musée de Brera (1499), réunit l'ordonnance à la lois la plus nette et la plus vivante, le coloris le plus vibrant, les expressions les plus intenses. Nous y trouvons tout ensemble une superbe ordonnance d'architecture, une gamme solide et sonore, des figures pleines de caractère et de tournure (tel le saint Sigismond) , des draperies amples,
Saint Onuphre, par Bartolommeo Montagna.
(Chartreuse de Pavie.)