BART. MONTAGNA
quoique les plis conservent une certaine raideur, puis des élans de poésie chez les trois anges assis au pied du trône et jouant du violon ou de la mandoline. Cette grande page montre ce que c'est que le style dans la couleur : renonçant
Saint Laurent Giustiniani et d'autres Saints, par G. -A. da Pordenone. (Académie de Venise.)
aux finesses, Montagna a recherché les oppositions de tons les plus tranchées; aux nuances, il a préféré des accords pleins et savoureux : aussi les toiles dé Gentile Bellini et de Carpaccio exposées dans le voisinage paraissent ternes comparées à cette riche et puissante instrumentation.
E. Muntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 73
6i8 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
Les autres compositions de Montagna ne le montrent pas toutes à la même hauteur. Négligeant de propos délibéré ses tableaux de Vicence, de Padoue, de Venise, le Saint Jérôme de la collection Morelli à Bergame ', la Madone de la Chartreuse de Pavie (avec saint Jean, saint Onuphre et des anges), je n'insisterai que sur les deux morceaux du Louvre : YEcce Homo (à mi-corps), avec son torse très écrit et très correctement modelé, quoique sans puissance, et son excellent coloris bronzé, digne d'Antonello de Messine; puis les trois Anges musiciens, d'un groupement si heureux et d'une gamme si harmonieuse (quoiqu'ils soient traités comme une grisaille), mais moins ferme et moins brillante que celle du tableau précédent.
Le fils de Bartolommeo, Benedetto Montagna, s'est fait connaître par ses gravures plus que par ses peintures.
Quant à Giovanni Buonconsiglio, surnommé Marescalco, il a pour lui un coloris des plus brillants, sinon la vigueur de conception et la force d'expression de Bartolommeo Montagna.
A Padoue, le séjour du Titien (i 50Ç-I5 [ i) conquit définitivement les artistes indigènes à la manière vénitienne.
Tout est ténèbres dans la vie et dans l'œuvre de Domenico Campagnola : nous savons seulement que cet artiste travailla avec le Titien aux peintures de la « Scuola del Santo » et de la « Scuola del Carminé », qu'il suivit le maître à Vicence ainsi qu'à Venise2, qu'il décora une foule d'édifices civils ou religieux de sa ville natale, entre autres le palais de Marco Mantova Benavidès et la Bibliothèque publique (1640), qu'outre le .pinceau il mania avec une égale dextérité la plume et le burin, enfin que ses estampes et ses dessins offraient tour à tour une fermeté qui faisait penser à Mantegna ou une souplesse qui se ressentait de la fréquentation du Titien. Ce maître très distingué prolongea son existence jusqu'en 1 564 au moins : à cette date il fut chargé de peindre pour la cathédrale de Padoue les quatre saints protecteurs de la cité.
Aujourd'hui, par suite d'un de ces entraînements auxquels la critique contemporaine ne sait pas suffisamment résister, voilà que l'on gratifie tout à coup l'artiste padouan d'une série de tableaux jusqu'ici inscrits sous le nom de Giorgione (le Concert du palais Pitti et le Concert champêtre du Musée du Louvre) ou de dessins auparavant considérés comme des Titien authentiques (Y Enlèvement d'Europe, le Jugement de Paris, du Musée du Louvre, etc.). C'est plus que jamais le cas, pendant que les grammairiens discutent, de nous défier des hypothèses pour ne nous attacher qu'aux vérités patentes.
Si Vérone n'échappe pas davantage au joug vénitien, elle compte du moins