‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 261 sur 304 · LE TINTORET. — LES DERNIERS VENITIENS · texte numérisé non relu

LE TINTORET. — LES DERNIERS VENITIENS

e Titien avait résolu tant de problèmes dans le domaine du coloris ainsi que dans celui de l'ordonnance, dans le portrait et dans le paysage, qu'il eût été facile à ses contemporains de vivre commodément sur ses conquêtes, alors même qu'ils n'eussent pas brillé au premier rang. Ce qui était moins aisé, c'était d'infuser à l'Ecole vénitienne un sang nouveau, riche et généreux, de la retremper au contact de la réalité. Heureusement, deux ou trois au moins des successeurs du Titien furent des hommes supérieurs, qui reculèrent encore les limites du monde magique, déjà si vaste, créé par le maître. Parmi eux le premier rang revient à Paul Véronèse'.

I. Bibl. : Janitsçhek, dans Kunst uni Kùnstler de Dohme. — Yriarte, Paul Véronèse (les Artistes célèbres). Paris, 1888. — Petro Caliari, Paolo Veronese, sua vita e sue opère. Rome, 1888. — Lefortet Yriarte : Galette des Beaux- Arts (1890, t. I; 1891, t. I). Voy. ci-dessus p. 44-46 (Véronèse devant l'Inquisition), p. 61 (Caractère de Paul Véronèse), p. 117, 404, etc.

E. Mûntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance.

Paolo Caliari, surnommé « il Veronese », le Véronais, en souvenir de sa patrie, naquit à Vérone en 1628 (d'après des historiens récents, et non en 1 532, comme on l'admettait jusqu'ici). Il appartenait à une véritable dynastie d'artistes, bien différent en cela du Titien, dont aucun ancêtre n'avait jamais manié le pinceau : son père était sculpteur; son oncle Antonio Badile peintre; son frère Benedetto (1 538- 1598) embrassa la même carrière, ainsi que les fils de Paolo, Gabriele et Carletto.

Véronèse débuta par la pratique de la sculpture, qu'il abandonna toutefois bientôt pour la peinture. Il lui resta de ces premières études une prédilection pour les effets de relief et pour les trompe-l'œil : les sculptures simulées tinrent longtemps une grande place dans ses compositions. Il reprit d'ailleurs parfois l'ébauchoir : son dernier biographe, M. Yriarte, lui fait honneur de deux des figures sculptées à la villa de Maser — Vénus et Adonis, — ainsi que d'un certain nombre de stucs.

Son principal maître, d'après le Cicérone, tut son oncle, Antonio Badile (i5i6-i56o), dont la manière se retrouve notamment dans ses fonds d'architecture. Il s'inspira en outre du Parmesan.

Voilà donc dès le début une différence fondamentale entre Véronèse et les autres peintres de l'Ecole vénitienne nés sur la terre ferme : tandis que ceux-ci, Cima da Conegliano, Carpaccio, Giorgione, le Titien, etc., font leurs premières armes à Venise même, sous la discipline du vieux Jean Bellin, leur nouvel émule reçoit son initiation à Vérone et ne se fixe à Venise que déjà tout formé.

A côté de solides connaissances classiques (voy. p. 117), le jeune artiste acquit dans sa ville natale la pleine possession de l'anatomie et de la perspective linéaire, si imparfiitement connues même des plus grands d'entre les Vénitiens. Il s'en servit habilement pour faire plafonner ses figures et passa maître dans cet art, comme le prouve son tableau du Louvre : Saint Marc couronnant les Vertus théologales (n° 102; autrefois au Palais ducal de Venise). Il fit en outre connaissance, à Vérone même, avec la manière de Raphaël, dont il copia un tableau, la Nativité ou la Perle, qui appartenait alors aux Canossa1 (aujourd'hui au Musée de Madrid).

Les premiers ouvrages du jeune maître furent destinés à l'enrichissement de deux églises de Vérone : San Fermo (Madone trônant entre deux saints et un donateur; aujourd'hui à la Pinacothèque; malheureusement fort abîmée), et San Bernardino.

De là il se rendit à Mantoue, toute pleine encore du souvenir du grand Andréa Mantegna. Il y étudia le merveilleux plafond du palais ducal, et la preuve, c'est qu'il l'imita plus tard dans un de ses plafonds de la villa Barbaro. Il prit en outre à Mantegna sa science des combinaisons, ses étourdissants effets de perspective.

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