I. Ridolfi, h Maraviglie delV Arte, t. I, p
PAUL VERONÈSE
Malgré la protection que lui accorda le cardinal Hercule Gonzague, Véronèse ne trouva que peu d'occupation à Mantoue et dut chercher fortune ailleurs.
Dès ce moment, il comprit nettement le rôle que lui imposaient ses aptitudes : reléguant au second plan la peinture de chevalet, il entreprit de se consacrer à la grande décoration monumentale. Jamais on n'avait vu entrain pareil : salons, portiques, chapelles, voûtes d'églises, façades entières, tout se peuplait sous sa main des créations les plus séduisantes, véritable régal poulies yeux et pour l'esprit.
Mais ce qui mit ces compositions hors de pair, ce fut un sentiment décoratit exquis. Sa supériorité éclatante, Véronèse la dut, non seulement à la richesse de son imagination, qui lui permettait de créer sans se fatiguer toutes les figures nécessaires pour peupler et animer de vastes machines, mais encore à la solidité de ses connaissances , à la pleine possession de tous les secrets de l'architecture, de la sculpture, des arts décoratifs. Nul ne savait improviser comme lui portiques et campaniles, « colonnades de marbre luisant et bigarré, niches d'or bariolées d'arabesques noires, balustres profilés sur le bleu du ciel, faire courir une frise en bas-relief autour d'un tableau, garnir, en mettant à contribution les modèles antiques, un buffet des plus merveilleuses aiguières ou encore remplir un salon de meubles d'une richesse étourdissante ! Et quelle virtuosité dans ces soies roussâtres et zébrées d'or, ces simarres étoilées de ramages tortueux et de dessins lustrés1!... ».
Le paysage ne vient chez lui qu'au second rang, et en cela encore il fit preuve de la connaissance la plus juste des convenances décoratives.
Véronèse ne comptait que vingt-trois ans quand il peignit, en i55i, au palais des Emi, à Fanzolo, dans la province de Trévise, en collaboration avec Battista Zelotti, une série de fresques mythologiques ou allégoriques : Cérès au milieu d'instruments aratoires, Jupiter surprenant la nymphe Calisto et Junon qui la frappe, l'Histoire d'Adonis, puis les personnifications de la Peinture, de la Sculpture, des Arts libéraux, les Muses, des Esclaves attachés au pied de colonnes simulées. Aux scènes classiques il mêla des scènes empruntées à la vie de tous les jours, des figures heureuses, des motifs sympathiques ou piquants; grâce à ce mélange, il rajeunit et renouvela le vieux cycle mytho-
Portrait de Paul Véronèse,
par lui-même.
(Fragment des Noces de Cana.]