LE TINTORET
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travailla assidûment d'après les statues antiques, s'efforçant de donner à ses figures le plus de relief possible. Il fit en même temps venir de Florence les réductions exécutées par Daniel de Volterra d'après l'Aurore, le Crépuscule, la Nuit et le Jour, et les étudia avec ardeur, les dessinant à la lumière d'une lampe, afin de se composer, à l'aide des ombres si vigoureuses que produit un tel
éclairage, une ma- , — „^ ^ , , .
mère forte et noble.
Rarement on avait vu travailleur aussi acharné : sa fièvre de production, sa fécondité émerveillèrent ses confrères vénitiens , qui avaient cependant depuis si longtemps rompu avec les scrupules des Primitifs (ne peignit-il pas, pour la seule « Scuola di San Rocco », de i56o à 1694, cinquante-six peintures, dont plusieurs de dimensions colossales ! ).
Sa facilité stupéfia jusqu'à Vasari, dont les peintures se comptent elles aussi par centaines de toises carrées. Il avait une telle ardeur au travail qu'il peignit des façades entières , se contentant parfois d'obtenir pour tous honoraires le remboursement des dépenses qu'il avait faites pour l'achat des couleurs.
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Venise parmi les Divinités, par le Tintoret. (Palais des Doges.)
La vie et la carrière du Tintoret ne furent pas moins unies que celles du Titien et de Paul Véronèse ; il les consacra exclusivement à sa ville natale : la décoration du Palais ducal, celle de la « Scuola di San Rocco », et de différentes autres églises, puis l'exécution de tableaux de chevalet absorbèrent cette fécondité sans égale, qui porta sur tous les genres imaginables : mythologie,
histoire sainte, histoire ancienne et histoire moderne, allégorie, portraits. Force
nous est de détacher un petit nombre de pages seulement d'un œuvre immense
qui, chiffré en mètres carrés, est dix fois plus considérable que celui du Titien.
Le Miracle de saint Marc (la délivrance d'un esclave sur le point de subir le
supplice) est une composition hardie, mouvementée, dramatique. Vers le centre, sur le sol, le patient étendu sur le dos ; autour de lui des chrétiens et des Turcs, regardant avec curiosité le saint qui descend, comme la foudre, du haut des cieux. A droite, sur un trône, le juge stupéfait. Malheureusement la composition , trop touffue , manque d'air. Le coloris, devenu noir et opaque, ne contribue pas à racheter ces détauts.
Le Tintoret ne possédait à aucun degré la merveilleuse connaissance de la perspective qui, parmi tant de hautes qualités propres à Véronèse, est une des plus précieuses.
On le voit dans sa Présentation de la Vierge au Temple (église de Santa Maria dell' Orto, à Venise). L'escalier, sur lequel il a disposé ses figures (il espérait, au moyen d'échelons, chacun en retraite sur celui qui le précède, obtenir le recul nécessaire), ne fuit pas assez et écrase complètement les figures.
Dans Venise parmi les divinités, au Palais des Doges, l'artiste a rangé ses acteurs sur les marches d'un échafaudage colossal, au sommet duquel se tient le doge, les regards levés vers la Vierge, qui apparaît dans les airs, entourée d'un brillant cortège. La composition, habile, piquante, intéressante, avec tous ses personnages et tous ses costumes historiques — sénateurs, notaires, appariteurs, soldats, etc., -- n'a pas la cohésion de celles de Véronèse. La multiplicité
Portrait de Vinc. Zeno, par le Tintoret. (Galerie Pitti.)