LE TINTORET
des figures, éparpillées au lieu d'être groupées, et le luxe des détails rappellent plutôt les Primitifs vénitiens, par exemple Carpaccio. C'est une chronique et non une page d'histoire (gravée p. 66 1).
Le Jugement dernier de Michel-Ange n'avait jusqu'alors compté que peu d'imitateurs : la tentative avait donné lieu à trop de discussions; elle se trouvait d'autre part en opposition trop manifeste avec l'esprit du temps pour séduire les contemporains. Il appartenait à ce Vénitien, représentant d'une civilisation optimiste par excellence, de se foire, après le Buonarroti, une spécialité d'un sujet si grave : à trois ou quatre reprises différentes il s'attaqua à un thème fait pour décourager les plus audacieux : il le peignit à Santa Maria dell' Orto, en y introduisant, comme Michel-Ange, la barque de Charon, puis deux fois au Palais ducal, dans la salle du Scrutin (détruite lors de l'incendie de 1077), et dans la salle du Grand Conseil. Dans cette composition gigantesque, qui révèle d'un bout à l'autre sa fougue, on admire les grandes lignes, un groupement net et pittoresque , des masses énormes mises
Le Pêcheur remettant au doge l'anneau de saint Marc
Par Bordone.
(Académie de Venise.)
en mouvement avec une
vigueur extraordinaire. Malheureusement le colons est devenu noirâtre, et les chairs grises, comme plombées. Le premier plan est formé de grandes figures d'un ton foncé; le second, qui est comme une éclaircie, se compose de figures plus lumineuses, chérubins, anges, etc., avec une foule de détails magnifiques. En haut le Christ, devant qui sa mère s'incline pour intercéder, motif des plus touchants. Tous deux sont portés par un chœur de chérubins. Voilà véritablement du lyrisme, une impression toute musicale, un débordement de umière, une effusion de l'âme. On cherche l'Enfer, mais nous sommes à Venise la joyeuse, les scènes de terreur n'ont que taire ici : on ne comprend