L'ÉCOLE DE BERGAME
A la suite de ces maîtres, qui représentent les plus nobles traditions de la Renaissance, accordons un souvenir à leur compatriote Girolamo Muzio (i528-
Sainte Justine, par Al. Moretto. (Musée de Vienne.)
i5go), qui prit une place considérable parmi les peintres romains de la décadence.
Les peintres de Bergame se sont mis, comme ceux de Brescia, à la remorque de l'École vénitienne.
ego HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
Francesco Rizo da Santa Croce s'inspira de Jean Bellin, de même que Girolamo da Santa Croce, qui appartient toutefois à une période plus avancée. Dans le Martyre de saint Laurent, au Musée de Naples, ce dernier prodigue les costumes orientaux à l'envi des Carpaccio et des Mansueti.
Giovanni Busi ou Cariani (né à Fuipiano entre 1480 et 1490, mort après 1541) fait un pas de plus : il met à contribution les modèles créés par Giorgione et Palma Vecchio. On reproche la lourdeur, trait distinctif des Bergamasques, à ses tableaux de sainteté (Madone du palais Baglioni à Bergame, datée de i52o) et à ses portraits (Seigneurs et Dames, au palais Roncalli, dans la même ville, datés de 1 5 1 9, portrait de Benedetlo Caravaggio, également à Bergame, dans la Pinacothèque; prétendu portrait des frères Bellin, au Louvre).
Un autre enfant de Bergame, Giovanni Battista Morone ou Moroni (né à Bondo, près d'Albino, entre i520et 1S2S, mort en 1578), suit la bannière de Moretto. Si ses tableaux religieux manquent d'inspiration, ses portraits comptent parmi les plus sincères et les plus vigoureux de la Renaissance. Son Tailleur de la National Gallery (gravé p. i52) a pour lui une aisance et une distinction inimitables : dans un autre portrait de la même collection, celui d'un Fenaroli (gravé p. i5i), l'artiste s'est par contre attaché à la précision, de même que dans un portrait en pied du Musée des Offices : la figure n'est plus peinte comme d'un souffle, mais solidement étudiée et charpentée. Le portrait du Louvre — un vieillard assis, tenant un livre — est d'une facture large et ferme, un peu épaisse, comme dans certains portraits du Tintoret. Quant à Y Antonio Navagiero du Musée de Brera (1645), c'est une œuvre quelque peu banale et vulgaire.
De même que Brescia et Bergame, Crémone a son Ecole, pour ne pas dire sa chapelle1. Plus j'approche du terme de mon travail, plus j'éprouve de remords en pensant à tous les peintres de talent que j'ai dû négliger, sacrifier, eu égard à l'abondance de biens. Au fond, ne me suis-je pas montré trop sévère pour tant de manifestations fraîches, spontanées, ne péchant parfois que par l'excès de facilité ! Nous avons en cette fin de siècle des trésors d'indulgence pour les Primitifs et des accumulations de rigueur pour tous ceux qui ont paru au moment où, non par leur faute, mais par celle des temps (« per li venti contrarii »), en raison des miracles opérés par leurs prédécesseurs, il était par trop difficile de faire preuve d'originalité.
Boccaccio Boccaccino (né vers 1 460, mort vers 1 5 1 8) forme un compromis entre les Vénitiens et les Ferrarais : il allie à une gamme nourrie, parfois vigoureuse , à des accents de tendresse , des formes trop souvent sèches et archaïques, des attitudes lourdes, une ordonnance sans liberté.
L'événement le plus mémorable de sa carrière est son voyage à Rome, où il
I. Bibl. : Crowe et Cavalcaselle, Histoire de la Peinture en Italie, t. VI.