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CHAPITRE UNIQUE

LA GRAVURE. — LES ARTS DECORATIFS. — LA GLYPTIQUE ET l'aRT DU MEDAIL- LEUR. — L'ORFÈVRERIE.. — LE MOBILIER. -- LA MINIATURE. --LA MOSAÏQUE. — LA PEINTURE SUR VERRE. — LA CERAMIQUE. - - LA PEINTURE EN MATIERES TEXTILES. — LA RELIURE.

aractériser les estampes ou les vignettes de la Fin de la Renaissance serait une tâche des plus aisées1; à peine, en effet, si la gravure au burin a survécu à l'Age d'Or; quant à la gravure sur bois, on a vu dans le précédent volume (pages 806, 812) combien fut rapide sa décadence. Mais diverses circonstances nous ont obligé |j à reporter sur ce troisième volume l'analyse des productions appartenant à la période précédente: Il nous fout donc revenir sur nos pas et passer en revue la phalange de maîtres éminents, dont Marc-

I. Bibl. : T. I, p. 678. — Bartsch, le Peintre-Graveur. — Passavant, le Peintre-Graveur. — Renouvier, des Types et des Manières des Maîtres Graveurs. XVP siècle. — Schreiber, Manuel de l'Amateur de la Gravure sur bois et sur métal au XVIe siècle. Berlin, 1892 et suiv. — Duc de Rivoli, Bibliographie des Livres à figures vénitiens.... 1469-152$. Paris, 1892.— Le même, les Missels imprimés à Venise de 14S1 à 1600. Paris, 1894.

E. Muntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 88

Antoine Raimondi, le prince des burinistes du xvic siècle, forme l'aboutissant. Dans la Haute-Italie, la majorité des graveurs de la fin du xvc et du commencement du xvic siècle — Mocetto, Benedetto Montagna, Zoan Andréa1, Bartolommeo de Brescia, Giovanni-Antonio de Brescia, — continuent la tradition de Mantegna (t. II, p. 808), tandis que Giulio Campagnola et Jacopo de' Barbari s'efforcent de substituer la mollesse et la morbidesse à une fermeté parfois excessive.

Girolamo Mocetto de Vérone, qui cultiva à la fois la peinture et la gravure, est un maître laborieux, au burin quelque peu inégal et heurté, qui s'inspire à la fois de Jean Bellin, son maître, de Mantegna, de Francia2. Ses grandes pièces, telles que le Baptême du Christ ou la Résurrection du Christ, sont d'ordinaire mal en cadre; il ignore en outre l'art de relier les figures les unes aux autres, science cependant si familière à beaucoup de ses contemporains. Aussi bien n'a-t-il eu que rarement encore recours aux hachures (par exemple dans les gravures cataloguées par Bartsch sous les numéros 2 et 4). S'il réussit parfois à mettre beaucoup d'expression dans ses tètes, il pèche d'ordinaire par la raideur de ses attitudes : tel est le défaut propre à ses Batailles.

Un autre peintre-graveur, Benedetto Montagna de Vicence (vivait encore en i533), avait un burin infiniment plus souple que Mocetto; il se révèle tour à tour comme dessinateur et comme coloriste et réalise souvent de rares effets d'harmonie (voy. t. II, p. 14g, la reproduction de son Enlèvement d'Europe}. L'influence des Vénitiens éclate dans plusieurs de ses pièces, entre autres dans le Saint Benoît en compagnie de quatre saints ou saintes (Bartsch, numéro 10). L'élément chrétien et l'élément antique se balancent chez lui; il a même traité un motif comique : Un Paysan et une Paysanne se prenant aux cheveux.

Giulio Campagnola de Padoue (né en 1481 ; la date de sa mort est inconnue) s'est efforcé plus qu'aucun autre maître d'assouplir le travail du burin. C'est qu'il appartient en réalité plutôt à l'École vénitienne qu'à l'École padouane et qu'il s'est familiarisé avec les progrès accomplis par Giorgione dans le domaine du clair-obscur. Grâce à l'emploi du pointillé, il obtient une finesse et une légèreté de teintes qui n'ont rien à envier à la lithographie : rien de plus fondu que son modelé. U Adolescent (gravé t. II, p. 4) est à cet égard un tour de force. Mais il connaît également la fougue et l'audace ; parfois ses estampes sont vibrantes comme s'il avait fait usage de l'eau-forte. Son Enlèvement de Ganymède (gravé t. II, p. 181) rivalise pour la franchise et l'effet avec les gravures de

1. Ce maître, qui habitait Mantoue, a été longtemps confondu avec Zoan Andréa Val vassore, qui était à la fois libraire, éditeur, imprimeur et graveur sur bois. Voy. duc de Rivoli et Ch. Ephrussi, Zoan Andréa et ses Homonymes. Paris, 1891.

2. Galichon, Primitive École de Venise, Girolamo Mocetto. Paris, 1859.

LA GRAVURE

Durer, dont il s'est d'ailleurs inspiré. On ne saurait placer trop haut ce maître

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La Vierge, saint Roch et saint Sébastien. D'après la gravure de Benedetto Montagna et de Jacobus.

dessinateur, ce coloriste merveilleux, cet harmoniste auquel on doit, entre bien d'autres chefs-d'œuvre, le Christ et la Samaritaine,

Le peintre Marco da Udine ou Pellegrino da San Daniele (voy. p. 614), qui

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Saint Jean-Baptiste, d'après la gravure de Giulio Campagnola reproduisant en contre-partie la gravure de Mocetto.

a également manié le burin, ne sort guère, en tant que graveur, des données propres à l'École de Jean Bellin.

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L'esquisse que nous avons essayé de donner du talent de Jacopo de' Barbari comme peintre (p. 696) s'applique également au graveur. C'est un esprit délié et un dessinateur souvent trop grêle ; il associe le sentimentalisme et la morbidesse au choix de motifs classiques (trophées, boucliers avec la tête de Méduse, cuirasses, lances, casques, flèches, etc.), qui supposent au contraire la fermeté et la noblesse des lignes, de même qu'il célèbre tour à tour Priape (t. II, p. 1 15) et les saintes du martyrologe (voy. la gravure de la p. 5g7).

Seul le Triton du Plan de Venise (gravé t. 1, p. 164) jure, par son ampleur, avec la mièvrerie de la plupart des gravures sur cuivre, où Jacopo pouvait cependant se révéler directement au public, sans intermédiaire, tandis que, dans la gravure sur bois, force lui était de passer par un traducteur.

L'École de Modène, représentée par G. B. del Porto et Nicoletto, fait un pas de plus vers l'imitation des modèles classiques.

Giovanni Battista del Porto, à qui son monogramme — un I et un B accompagnés d'un oiseau — a valu le surnom sous lequel on le désigne d'ordinaire1, s'inspire tantôt de Durer, tantôt de l'antique. C'est un puriste, au dessin à la fois très serré et très châtié, parfois même précieux. Il y a dans certaines de ses estampes une vision charmante, de la sincérité, de la candeur, un culte ardent pour les beautés de la nature. Rien de plus délicat ou de plus poétique que sa Léda au Cygne,, son Enlèvement de Ganymède.

Le compatriote de G. B. del Porto, Niccolô Rosex ou de' Rossi, plus connu sous le nom de Nicoletto de Modène, dont les gravures à date certaine sont comprises entre les années i5oo et i5i2, touche par certains côtés aux Primitifs, tandis que par d'autres il se montre déjà entièrement émancipé. L'influence de Mantegna le dispute chez lui à celle de Francia, surtout dans les grandes planches où il prodigue les motifs d'architecture et les ornements. De même ses estampes sont tantôt excessivement poussées, tantôt très peu chargées (la Médisance, gravée t. II, p. 29, d'un travail si uni et si distingué, est le type le plus achevé de cette Ecole, qui ne cherche pas encore à réaliser des effets de clair-obscur).

Nicoletto a traité avec prédilection les sujets antiques, quoique dans certaines de ses reproductions (Ja Statue équestre de Marc-Aurèle) l'insuffisance des études préparatoires saute aux yeux. Mais il a également montré beaucoup de supériorité et de charme dans ses scènes religieuses. Rien de plus frais ni de plus poétique que sa Vierge au singe (Passavant, n° j3), avec sa riche ornementation à pilastres, à grotesques, à trophées, à génies, et le bimane qui, le corps entouré d'un cerceau, marche à quatre pattes.

Vers le début du xvie siècle la phalange des peintres graveurs s'éclaircit de

1. Bibl. : Galiehon, École de Modem. Giovanni Battista del Porto. Paris, i85q.

LA GRAVURE

plus en plus : Mantegna, Botticelli, peut-être Francia et Léonard de Vinci, avaient manié le burin en même temps que le pinceau : ni Michel-Ange, ni Raphaël, ni le Corrège, ni le Titien, ni Véronèse, ni Luini, ne s'attaquent à cette technique. La division du travail tend à prévaloir. Les burinistes ne sont plus guère que les interprètes de l'œuvre des peintres.

Par contre beaucoup d'artistes se préoccupent dès lors de répandre leurs compositions au moyen de la gravure : en première ligne Raphaël. Quant à Jules Romain, si, du vivant de son maître, il n'avait jamais voulu, par modestie, recourir à ce moyen de propagande, il en usa largement une fois fixé à Mantoue. De même Rosso utilisa le burin de Caraglio.

On voit clairement d'autre part, dans les biographies de Vasari, que la publication des gravures était dès lors organisée méthodiquement. L'historien de l'art en Italie nous apprend que les éditeurs romains — Baviera, Antonio Lafreri, Salamanca — avaient à leurs gages des artistes chargés de dessiner et de graver toutes les peintures ou sculptures nouvelles de quelque importance '.

Portrait de Marc-Antoine.

(D'après la gravure publiée

dans le recueil de Vasari.)

Si la peinture italienne du xvie siècle compte plusieurs chefs de file, dans la gravure un seul nom domine, celui de Marc-Antoine; tous ceux qui ont manié le burin ont été, à des titres divers, ses disciples ou ses tributaires.

Marc -Antoine Raimondi de Bologne2 (né vers 1480, mort entre 1 520 et i53o) fréquenta l'atelier de Francesco Francia'' et débuta par des nielles. Il avait

acquis une certaine notoriété dès 1504. En l5o5, il publiait son estampe de Pyrame et Thisbé; en i5o6, ses copies frauduleuses d'après Durer; en i5io, son groupe des Grimpeurs d'après Michel -Ange (gravé p. 471). A partir de ce moment jusqu'en iS2~, il travailla dans la Ville éternelle, principalement sous la direction et d'après les modèles de Raphaël. Son œuvre comprend plus de trois cents pièces, parmi lesquelles les estampes reproduisant des compositions du Sanzio, le portrait de YArétin (gravé t. II, p. 61) et le Martyre de saint Laurent (gravé p. 127) n'ont cessé, depuis tant d'années,

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