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Histoire de la Gravure, p

LA GRAVURE

n" 242). Mais il sait également servir d'interprète aux impressions modernes, par exemple dans son étonnante planche des Squelettes (Bartsch, n° 425).

Les disciples directs de Marc-Antoine, Agostino Veneziano, Marco Dente, sont bien encore de l'Age d'Or par leur culte de la tonne, par leur recherche des lignes tranquilles et pures.

Le Lorrain Nicolas Béatrizet (né à Thionville en i5cr; fixé à Rome de 1640 à 1662) combina les enseignements d'Agostino Veneziano avec ceux de G. Ghisi. Ses estampes ont de l'éclat, mais on leur reproche leur modelé trop ressenti. Béatrizet a gravé entre autres, d'après Michel-Ange, la Chute de Phaéton, Y Enlèvement de Ganymède et le Songe de la vie humaine.

Reverdino , dont les estampes sont comprises entre les années 1 53 1 et i56i, a fait preuve d'une ouverture d'esprit rare chez les graveurs italiens :

outre les Écritures saintes, la mythologie et l'histoire ancienne, il a mis à contribution les scènes de la

Les trois Docteurs en conférence.

(D'après la gravure de Marc -Antoine.)

vie contemporaine, représentant tour à tour le

Mathématicien, les Alchimistes, le Joueur de luth, une Danse de Paysans (gravée p. 75). D'ordinaire son exécution est soignée et son style serré, parfois même un peu archaïque.

Gian Giacomo Caraglio de Vérone conserve, lui aussi, pendant longtemps de de la fermeté et de la saveur; plus tard son burin devient souple, et finalement trop facile.

Giulio Bonasone de Bologne, dont les estampes datées vont de 1 53 1 à i5"4, s'est attaché à reproduire, sans trop de choix, les compositions de Raphaël, de Michel-Ange, du Corrège, du Parmesan. Mais il appartient en même temps à la catégorie des peintres-graveurs, car son crayon a inventé une partie des sujets que son burin a traduits sur le cuivre. Comme technique, ce maître a recours aux procédés les plus variés : tantôt il se plaît à prodiguer les tailles parallèles, sans hachures (jambes d'Adam et terrains du fond, dans la gravure cataloguée par Bartsch sous le n° 1 ) ; tantôt il poursuit les effets propres à l'eau-

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torte. Dans Judith et Holopherne (Bartsch, n°o), il se rapproche, par la recherche du caractère, des graveurs de l'École de Fontainebleau. A côté des compositions allégoriques, qui alternent dans son œuvre avec les scènes religieuses ou mythologiques, on remarque ses portraits (voy. p. 373), aussi vivants que fouillés.

Enea Vico de Parme (voy. p. 5i) représence l'alliance de la gravure avec l'archéologie : c'est dire que les éléments antiques et l'imitation des effets propres à la sculpture dominent dans ses estampes. On a constaté que, vers i55o, il fit usage de tailles fines et serrées qui, malgré une certaine délicatesse, donnent parfois à ses productions un aspect métallique.

Rappelons encore ici, parmi les imitateurs de Marc-Antoine, le mystérieux Maître au dé, puis les graveurs de l'Ecole formée à Mantoue par Jules Romain, les Ghisi ou Mantovani (voy. p. 269).

Florence ne compte guère qu'un buriniste de talent, et encore quitta-t-il de bonne heure sa ville natale : je veux parler de Domenico del Barbiere, avec qui nous ferons plus ample connaissance lorsque nous étudierons l'École de Fontainebleau.

La gravure au burin, avec la loyauté, la gravité, le sérieux, qui en sont inséparables, était bien le procédé qui convenait à la reproduction des chefs-d'œuvre d'une époque encore si attachée au culte du grand art. Par une conséquence fiitale, les Écoles de dessinateurs (Raphaël, Michel-Ange, Jules Romain, les peintres de Fontainebleau) trouvèrent presque immédiatement les interprètes les plus fidèles, tandis que les Écoles de coloristes (les Vénitiens, les Milanais, le Corrège) attendirent longtemps les leurs.

Les facilités qu'offrait l'invention de la gravure à l'eau- forte ne pouvaient que tourner au détriment de la gravure au burin. L'improvisation se substitua peu à peu à une technique lente et minutieuse entre toutes; la recherche des effets de couleur fit négliger la pureté et jusqu'à la précision du dessin. Pouvait-il en aller autrement ? Même les plus belles eaux-fortes ne manquentelles pas de style, comparées aux productions du burin !

Dans le dernier tiers du siècle, le sérieux et la sincérité font place à. une sorte d'escamotage. Le modelé se réduit à des indications très générales; le style, la tenue même, disparaissent jusqu'au jour où nos grands graveurs français du xviic siècle, les Edelinck, les Nanteuil, les Audran, les Drevet, remettront en honneur, en les renouvelant et en les "développant, les principes de Marc- Antoine Raimondi.

La gravure a l'eau-forte ne compte encore que peu d'adeptes en Italie pendant le xvi" siècle : on fait honneur de son introduction au Parmesan,

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le brillant imitateur du Corrège. Ce procédé fut cultivé ensuite par Beccafumi et surtout par Andréa Schiavone.

Tandis que la gravure au burin prenait un si radieux essor, la gravure sur bois restait stationnaire, quoique des maîtres de la valeur de Marc- Antoine, d'Ugo da Carpi, de Beccafumi, ne dédaignassent pas de s'y essayer ou de la cultiver, et que l'invention de l'impression à plusieurs planches — la gravure en clair-obscur ou en camaïeu — l'eût dotée de ressources nouvelles. Le goût et l'exécution faiblissent graduellement : sauf de rares exceptions, les contours comme le modelé perdent non seulement en noblesse et en pureté, mais encore en netteté et en franchise.

Les circonstances cependant étaient propices : jamais encore la librairie italienne, représentée par les éditeurs vénitiens, les Aide, les Giunti, les Zoan Andréa Valvassore , les Giolito de Ferrare (voy.

p. 32Ô), les Marcolino de Forli, les Sessa, n'avait mis au jour tant de volumes illustrés. On en jugera par un chiffre : de 1481 à 1600 on publia à Venise près de trois cents éditions de Missels

ornés de figures sur bois. Mais examinez les reproductions de ces Missels dans la belle monographie composée par le duc de Rivoli : la précision du trait, la sobriété du modelé, disparaissent en même temps que la noblesse' des expressions ou le recueillement; il ne reste, des conquêtes du passé, que la bouche contractée que les Primitifs avaient donnée à Marie ou au disciple bienaimé debout au pied de la croix. Au point de vue de la xylographie comme à celui de la typographie, l'exécution a également baissé.

Parmi les livres illustrés qui donnent le moins de prise à la critique, nous signalerons l'édition du Roland furieux de l'Arioste, publiée par Giolito (dans l'édition publiée en 1 556, également à Venise, par Valgrisi, les bois manquent de netteté et sont en outre fort mal tirés; dans celle publiée en 1670 par Rampazetto, il y a plus de sobriété et d'esprit, mais les ornements sont d'un goût déplorable). Dans les Trasforiiiationi de Dolci (Venise, Giolito, i553), certains bois rappellent, par la simplicité et la netteté du trait, le modèle par excellence, le Songe[de Poliphik. On a pu juger par nos spécimens (p. 90-98) de l'élégance d'une autre série de gravures, exécutée dans les ateliers de Marcolini : les Sorli ou Giardino dei Pensieri.

L'Illustration des Livres au xvi° siècle. D'après les « Trasformationi » de Dolci (i553).

A la suite de la gravure sur bois, mentionnons la typographie et avec elle la calligraphie; toutes deux relèvent, par bien des côtés, des arts graphiques. Si les plus habiles imprimeurs du xvf siècle n'ont guère réussi à ajouter à l'œuvre de leurs devanciers, si les initiales ornées le cèdent presque sans exception à celles de l'Age d'Or, du moins un certain nombre d'artistes spéciaux s'efforcèrent de répandre les meilleurs modèles. Dès 1614 le mathématicien ferrarais Sigismondo dei Fanti publiait à Venise sa Theorica et pratica... de modo scribendi fabricandique omnes Litterarum species, où il développait les théories émises par Léonard de Vinci sur la construction des lettres, soit gothiques, soit latines. Ce travail servit de base au Thesauro de' Scrittori gravé par Ugo da Carpi (Rome, i523).

Les initiales que nous avons empruntées à l'ouvrage de Fra Vespasiano Amphiareo de Ferrare, Opéra nella quela si insegna a scrivere varie sorti di Lettere (Venise, i556), témoignent du goût avec lequel le calligraphe mariait les motifs propres à la Renaissance (enfants nus jouant, tirant de l'arc, etc.) à des enlacements compliqués, sentant encore leur moyen cage (voy. p. 201). Dans il Perfetto Scrittorc du Milanais Gio-Francesco Cresci (1570), le goût est déjà entièrement corrompu : les encadrements aussi bien que les lettres sont tour à tour maigres, pauvres ou recroquevillées. Nous n'avons trouvé à y relever que quelques initiales à entrelacs (voy. p. 583).

En abordant l'histoire des Arts décoratifs1, j'ai à régler un arriéré énorme : périodiquement, en terminant les précédents volumes, il m'a fallu rejeter le trop- plein sur le volume suivant; pour le coup cette ressource me fait défaut et je risque ou de sacrifier les époques antérieures, si insuffisamment traitées dans les deux premières parties de ma publication, ou bien de faire tort aux productions de la Fin de la Renaissance, si amples, si nobles, si harmonieuses. Le lecteur comprendra mon embarras. Peut-être me sera-t-il donné plus tard, dans un travail spécial, de combler une lacune si regrettable.

Plusieurs branches des arts décoratifs étaient restées en retard sur les autres pendant le xve siècle : telle en première ligne la céramique. Vers le second tiers du xvie siècle, toutes arrivèrent à leur pleine expansion : quelques-unes même, comme l'art du médailleur et la miniature, avaient déjà défleuri.

Il n'est pas facile de faire saisir l'activité qui continua de régner dans ce domaine sans bornes : elle n'avait d'égale qu'un luxe, qui fit plus d'une fois pousser les hauts cris aux moralistes (voy. p. 76 et suiv.).

Quelle variété d'invention et quels raffinements, rien que dans l'organisation des fêtes, dans ce que l'on a appelé la décoration temporaire ! Longtemps encore les artistes les plus considérables y prodiguèrent toutes les ressources de leur génie, comme s'ils avaient tenu à montrer par combien de racines le culte du

1. Biel. : T. I, p. 682. — Labarte, Histoire des Arts industriels. — La Collection Spit^er.

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