LA GLYPTIQUE
pliquées et réalisent la perfection dans l'infiniment petit, comme leur contemporain Michel-Ange dans le colossal. Leurs ouvrages valent plus encore par leur fini prodigieux et par la richesse de leurs formes que par celle de la matière première.
Pier Maria da Pescia (t. II, p. 821) était entré le premier dans la voie des tours de force; sa Bacchanale du Cabinet de France ne contient pas moins de quinze figures dans un champ qui ne dépasse pas i5 millimètres de longueur!
Valerio Belli de Vicence ou Valerio Vicentino (1468?- 1546) conquit une situation plus prépondérante encore, quoiqu'il travaillât uniquement d'après l'antique ou d'après les dessins de ses contemporains '. Il était incomparable pour la finesse et la perfection de l'exécution. Rien n'égalait la rapidité avec laquelle il produisait.
Un coffret ou cassette en cristal de roche, orné de vingt-quatre Scènes de la Vie du Christ, proclame jusqu'à nos jours, au Musée des Offices, l'habileté de main prodigieuse de Valerio \ Le pape Clément VII commanda en outre au maitre une cinquantaine de reliquaires en cristal de roche ou autres pierres précieuses, qu'il donna, en i532, à l'église de Saint-Laurent3.
La plupart des compositions de Belli ont été reproduites en bronze, sous forme de plaquettes, et décrites à ce titre par M. Molinier '.
Portrait de Val. Vicentino.
(D'après la gravure publiée
par Vasari.)
Giovanni Bernardi da Castelbolognese" (iqçS-iSSS) n'eut rien à envier, ni pour le talent, ni pour la notoriété, à Valerio Belli. Le duc Alphonse de Fer-
1. Bibl. : Casablanca, di Valerio Vicentino, iutagliatore di cristàllo. Venise, 1864. Le portrait à la sanguine de Valerio se trouve au Musée de Weimar (Braun, n° 110), où il est attribué a Michel-Ange! Une simple comparaison avec la gravure publiée par Vasari (édit. de 1 568, t. II, p. 285) suffît pour établir l'identité du personnage représenté (Communication de M. Valton). — Le Musée du Louvre s'est récemment enrichi d'un disque de porphyre gravé, la Paix mettant le feu à un trophée d'armes, que des connaisseurs attribuent à Valerio. Ce sujet a en effet été modelé par le même artiste pour le revers d'une médaille de Léon X et sur uneplaquette de la collection G. Dreyfus (Molinier, Bulletin de la Société des Antiquaires, 1898, p. 88).
2. Ce coffret, offert par Clément VII à François I", figura longtemps dans les collections de Fontainebleau; il entra aux Offices, apporté probablement au grand-duc Ferdinand en 1.389 par Christine de Lorraine. (Vasari, t. IV, p. 389. — Pion, Benvenuto Cellini, p. 889.)
3. Richa, Notifie isloriche délie Ch/'ese florentine ; t. V, Florence, 1707, p. 45-52.
4. Les Bronzes de la Renaissance. Paris, 1886, t. I, p. 189 et suiv.
5. Bibl. : Ronchini : Atti e Memorie.... Serions di Parma, t. IV, p. 1-7. — Liverani, Maestro Giovanni Bernardi da Castelbolognese, intagliatorc di gemme. Faenza, 1870. (Cet auteur se fonde sur le témoignage de documents contemporains pour affirmer que Giovanni ne nageait nullement dans l'opulence, comme on l'a prétendu (voy. p. 194). Mais on sait avec quel soin les
rare, le cardinal Hippolyte de Médicis, les papes Clément VII et Paul III, le cardinal Alexandre Farnèse, le comblèrent de laveurs. Son chef-d'œuvre est le coffret orné de gravures sur cristal de roche, la « cassette Farnèse », conservée au Musée de Naples (gravé p. 23o/). Il y a représenté, avec autant de finesse que de netteté, d'après les dessins de Perino del Vaga (voy. p. 544), des scènes mythologiques et des scènes de la vie d'Alexandre le Grand.
Alexandre Cesati, surnommé il Grechetto, apporta des perfectionnements considérables à l'outillage de la glyptique et surpassa encore, si possible, ses devanciers1. Originaire de Chypre d'après les uns, de Milan d'après les autres, il travailla longtemps à la cour de Rome, puis à Venise, et s'établit finalement à Chypre, où il semble être mort après 1 564 . Le fini et l'élégance de ses camées et de ses médailles arrachèrent des cris d'admiration même à Michel-Ange (voy. p. 98).
Si Benvenuto Cellini, Leone Leoni, Caraglio, ne s'exercèrent qu'accidentellement dans la glyptique, d'innombrables autres artistes, appartenant principalement à la Haute Italie, s'en firent une spécialité et répandirent d'un bout à l'autre de l'Europe la réputation des graveurs en pierres dures italiens '. Depuis lors, ces gemmes, d'une extrême variété de formes — médailles ou camées, bustes ou statuettes, coupes, plats, vases, chapelets, rosaires, reliquaires, — n'ont cessé d'occuper une place d'honneur dans les vitrines des musées ou dans celles des collections particulières.
L'Art du médailleur continue jusqu'à la Fin de la Renaissance à tenter les artistes et à séduire le public : c'est par centaines que se comptent ses productions3. Mais il ne pouvait manquer de se régler sur les évolutions de la sculpture, dont il ne forme qu'un satellite. La finesse de la caractéristique, la précision du rendu, l'harmonie ou le galbe ne brillèrent plus que trop souvent par leur absence.
artistes d'autrefois dissimulaient leur ortune). — Voyez en outre, sur ce maître, mon Atelier monétaire de Rome. (Paris, 1884, p. 36.)
1. Bibl. : Ronchini : Atti c Memorie... Se^one di Parma, t. I, p. 25i-2Ôi. — Bertolotti, Artisti lombardi a Roma, t. I, p. 3i6-3l8. — L'Atelier monétaire de Rome.
2. Tels sont les Milanais Giovanantonio dei Rossi, Antonio Masnago, Annibale Fontana, Domenico Compagni (voy. la Grande Encyclopédie'), Jacopo Nizzola de Trezzo, Gasparoet Girolamo Misuroni, les Marmitta de Parme, Antonio Dordonio (f 1584) de Busseto, dans l'Etat de Parme ; Matteo del Nassaro de Vérone, que nous retrouverons à la cour de François I", les Anichini de Ferrare, Girolimo Corio, qui travaillait à Mantoue dans le dernier quart du xvie siècle (Archivio storico lombardo, 1887, p. 36cJ), etc., etc. Florence est représentée par Domenico di Polo.
3. Bibl. : T. I, p. 686. — Heiss, les Médailleurs de la Renaissance : Venise: Paris, 1887. — Florence et la Toscane. Paris, 1891-1892. — U. Rossi, / Medaglisti del Rinascimento alla corte di Mantova, I-III. Milan, 1888. — Le même, Francesco Marcbi e le Medaglie di Margherita d'Ans- Iria. Milan, 1888.
L'ART DU MÉDAILLEUR. 7i3
Aux médailleurs de l'ère précédente, dont plusieurs, tels que Caradosso, SperandiOj peut-être aussi le mystérieux Moderno ', prolongèrent leur existence jusque vers le second quart du xvf siècle, firent suite Vittorio Camelio ou Gambello de Venise (i56o-i53o,; voy. t. II, p. 53q), Giovanni Maria Pomedello de Vérone2, le médailleur à l'Amour captif, l'auteur de la belle effigie de Lucrèce Borgia (t. II, p. 273). Puis surgit une génération nouvelle, plus bruyante encore que brillante. Les Toscans désormais peuvent rivaliser avec les maîtres de la Haute Italie : ils opposent Benvenuto Cellini, Leone Leoni, Pastorino de Sienne, aux Valerio Belli de Vicence, aux Grecbetto (v. p. 712), aux Giovanni Cavino de Padoue (7 1670), aux Antonio Abondio de Milan (médailles comprises entre i5Ô7 et 1687), aux Gianfederigo Bonzagna de Parme (mort après i586), aux Jacopo Primavera3. Les gravures d'après les productions des uns et des autres, semées à travers le présent volume, permettent au lecteur de se rendre compte de leur talent respectif.
Si les médailles de Cellini et de Leoni ne l'emportent en rien sur celles de leurs contemporains, celles de Pastorino Pastorini (7 1592)'' sont aussi fermes que pénétrantes, d'une facture tout ensemble étoffée et souple, précise et pleine de distinction : c'est le Bronzino de l'art du médailleur.
La vogue des Plaquettes en bronze tend à diminuer pendant la dernière période de la Renaissance. Il n'est point prouvé que les artistes dont les œuvres ont été reproduites sous cette tonne, les Valerio Belli, les Benvenuto Cellini, les Leoni, les Giovanni da Castebolognese, l'anonyme dont l'œuvre a été cataloguée par M. Molinier sous le n"XL, etc., aient eu quelque part à la confection des épreuves en bronze tirées de leurs pierres gravées, de leurs sceaux ou de leurs médailles.
Il y aurait lieu de passer en revue ici les autres productions de l'art du fondeur; mais la matière est infinie : elle comprend les ustensiles les plus bumbles et des pièces d'apparat, depuis les chandeliers, les sonnettes, les encriers jusqu'au lustre de la cathédrale de Pise, exécuté de 1 585 à i58q sur le modèle fourni par le sculpteur florentin Battista di Domenico Lorenzi (gravé p. 614) \
La Ferronnerie et I'Armurerie ne jettent pas moins d'éclat : la noblesse des formes n'a d'égale que la perfection de la main-d'œuvre G.
Si le premier de ces arts ne compte plus que peu de pages monumentales, telles que grilles ou balustrades, quelles merveilles n'a-t-il pas créées dans le
1. Bibl. : Ilg. : Annuaire des Musées de Vienne, t. XI, p. 100.