L'ORFÈVRERIE
nière période de la Renaissance que de retracer les annales de cette branche de l'art. On conçoit, en présence d'un tel engouement, l'orgueil des orfèvres, qui deviennent bien la classe d'artistes la plus présomptueuse et la plus turbulente, avec des coryphées tels que Benvenuto Cellini et Leone Leoni. C'est tout le jeu d'intrigues et de vanités de comédiens qui se savent gâtés par le public, avec cette différence qu'ici la représentation tourne à tout instant au drame et se termine par la mort de l'un des acteurs.
L'orfèvrerie italienne atteignit à ce moment à sa suprême perfection. Le temps n'est plus , il est vrai, où le sculpteur et le peintre doivent passer par la boutique de l'orfèvre pour apprendre à fond tous les secrets de l'art : à peine peut-on encore citer, pour le xvie siècle, parmi les orfèvres qui ont abordé les branches supérieures de l'art, Andréa del Sarto, Baccio Bandinelli, Benvenuto Cellini ; mais grâce aux modèles fournis par des artistes éminents, grâce à une prodigieuse habileté technique, à une admirable souplesse de main, cet art, généralement un peu en retard sur les autres, par-
Demi-armure italienne en fer gravé et doré. (Collection Spitzer.)
vient au zénith au moment où la peinture et la sculpture tendent déjà à descendre.
En thèse générale, le caractère propre de l'orfèvrerie de cette époque, c'est la disparition des formes architecturales, si longtemps inséparables de l'orfèvrerie. J'explique cette modification par deux considérations : l'une que l'architecture
7i6 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
de la Renaissance, moins fouillée et moins chargée que l'architecture gothique, se prêtait moins aux tours de force de fini dans lesquels éclate l'habileté des orfèvres; la seconde, c'est le besoin de vie, de mouvement, d'agitation, qui possédait les artistes de cette génération ; partout ils veulent mettre des figures animées, si ce n'est d'hommes, du moins d'animaux ou de végétaux, afin de pouvoir y foire éclater la fougue qui les possède.
La Gravure des sceaux réalisa, elle aussi, à la même époque, l'idéal
Amorçoir italien du xvi* siècle. (Collection Spitzer.)
de l'élégance dans le dessin et du fini dans le travail de la gravure.
Lautizio de Pérouse acquit une telle célébrité, que depuis on est tenté de lui attribuer toute œuvre très parfaite. On lui payait, affirme B. Cellini, jusqu'à cent ducats par sceau. Au Musée du Louvre et au Musée de South Kensington, un sceau et une épreuve en bronze tirée sur un autre sceau rendent témoignage de son incomparable habileté. L'un fut exécuté pour le cardinal Jules de Médicis entre les années 1 5 19 et 1628; l'autre,, pour le cardinal de Vich, entre les années i5 1 7 et i525; tous deux représentent l'Adoration des Mages1 (gravés p. 227, 229).
1 . Voy. Drury Fortnum, A descriptive Catalogue of the Bronzes. . . in the South Kensington Muséum : Londres, 1876, p. 36, 67-69.