‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 285 sur 304 · LE MOBILIER · texte numérisé non relu

LE MOBILIER

Par contre, les sceaux gravés par Cellini pour les cardinaux d'Esté et de Gonzague montrent une composition passablement confuse, où la virtuosité tient lieu de pondération et l'esprit de style.

L'Ameublement de la Fin de la Renaissance est aussi riche que varié : les éléments rétrospectifs y entrent au même titre que les créations contemporaines; les formes empruntées à l'architecture s'y marient aux combinaisons plus libres inspirées de l'art textile.

Quelques extraits des Ricordi de Fra Sabba de Castiglione (1546) ou du

Cabinet italien du x\v siècle, en ébène incrusté d'ivoire. (Ancienne collection Spitzer.)

Voyage de Montaigne1 nous permettent de reconstituer, avec une précision qui ne laisse rien à désirer, ces ensembles si brillants et si harmonieux. Le premier nous apprend que les parois étaient alternativement enrichies de marqueteries, de tapisseries ou de cuirs de Cordoue '.

1. « Il y en a qui choisissent, pour décorer leurs salles, les marqueteries de Fra Giovanni di Monte Oliveto, de Fra Rafaello da Brescia, ou d'autres maîtres marqueteurs excellents..., mais surtout, quand on peut se les procurer, les ouvrages plutôt divins qu'humains de Fra

Damiano de Bergame Quelques autres parent leurs maisons avec des tentures d'Arras et des

tapisseries de Flandres faites à figures, à feuillages ou à verdures ; des tapis et des moquettes de Turquie et de Soria ; des carpettes et des tapisseries barbaresques ; des toiles peintes de la main de bons maîtres; des cuirs d'Espagne ingénieusement travaillés, ou d'autres tentures à la nouvelle mode, fantasques et bizarres, mais bien travaillées et venant du Levant, ou de l'Allemagne, subtile inventeresse de choses belles et industrieuses. » (Bonnaffé, Sabla da Castiglione ; Paris, 1884, p. 18.) — Voy. aussi les « Nouvelles » de Bandello, liv. I, nouv. ni.

Dans ce cadre si propre à faire valoir le contenu prenaient place des fauteuils, des tables, des lits, des bahuts, des coffres sculptés ou peints (la peinture sur meubles conserva sa vogue jusque vers le milieu du siècle1), plus rarement incrustés, de merveilleux cabinets en bois ou en métal, les uns enrichis d'ivoire, les autres damasquinés ou ornés de reliefs soit ciselés, soit repoussés.

Montaigne, de son côté, constate que les « logis italiens sont communément meublés un peu mieux qu'à Paris, d'autant qu'ils ont grand foison de cuir doré, de quoi les logis qui sont de quelque prix sont tapissés. Nous en pusmes avoir un » — ajoutet-il ailleurs, « à mesme pris que du nostre, au Vase d'or assès près de là, mublé de drap d'or et de soie, comme celui des rois; chaque lit étant du prix de 400 à 5oo escus. J'y avois les meubles nécessaires, et fort propres, fort honnestes, à la manière italienne, qui dans beaucoup de choses, non seulement égale la manière française, mais l'emporte encore sur elle. Il taut convenir que c'est un grand ornement dans les bâtimens d'Italie, que ces voûtes hautes, larges et belles, qui donnent à l'entrée des maisons de la noblesse et de l'agrément, parce que tout le bas est construit de la même manière, avec des portes hautes et larges. Les gentilhommes de Lucques mangent dans l'été sous des espèces de porches à la vue de tous ceux qui passent par les rues. » Après s'être longtemps répandu en plaintes, Montaigne finit par reconnaître que toutes les fois qu'il a logé chez des particuliers, il a eu des appartements non seulement bons, mais encore délicieux. « Je fus quasi contreint de confesser, déclare-t-il ailleurs, que ny Orléans, ny Tours, ny Paris mesmes, en leurs environs, ne sont accompaignés d'un si grand nombre de maisons et villages, et si louin que Florance; quant à bêles maisons et palais, cela est hors de doubte2. »

Escabeau italien du xvi" siècle.

(Ane. collection Spitzer.)

La Miniature, si florissante jusqu'au pontificat de Léon X, décline rapidement, quoique des artistes de talent continuent à la cultiver 3. Elle s'engage

1 . Voy. le travail que j'ai consacré à ce genre de décoration dans les Mélanges Piot de 1894 : les Plateaux d'accouchées et la Peinture sur meubles eu Italie du XIVe au XVIe siècle.

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