LA PEINTURE SUR VERRE
la Femme adultère, la Résurrection de.
Lazare, etc. Avec un sentiment fort juste des lois décoratives, Marcillat subordonne les détails à l'ensemble, ne développant les accessoires qu'autant qu'il faut pour donner à la scène principale plus d'éclat, de richesse, de majesté. Que nous voilà loin des inex tricables vitraux gothiques, avec leurs amoncellements de figures, au milieu desquelles l'œil cherche souvent en vain à s'orienter ! Ce fils du Nord, élevé dans la tradition de l'art du moyen âge, est devenu un Italien de la plus belle Renaissance par sa science du groupement, par la netteté de son récit. Dans la Femme adultère, notamment, les figures sont magistralement disposées : au premier plan, quelques spectateurs, au centre le Christ, la coupable, les accusateurs, formant une équation parfaite avec le superbe édifice à deux rangs de colonnes qui s'élève au fond et qui donne à toute la scène un indicible caractère de grandeur. L'ordonnance n'est pas moins remarquable dans la Résurrection de Lazare, qui se distingue en outre par la noblesse , la beauté accomplie des tètes (gravée t. II, p. 35).
Comme principe de coloration, les vitraux de la métropole arétine l'emportent sur ceux de l'église Sainte-Marie du Peuple à Rome : le ton est plus clairet, la note plus vive et plus joyeuse; les associations, si savantes et si naturelles en même temps, du rouge cramoisi et du jaune chrome avec le vert d'eau et le bleu cendré, sont un véritable régal pour la vue. En affirmant ainsi, contrairement aux tendances qui commençaient à prévaloir en Italie, les droits de la couleur dans un art essen-
La Femme adultère, par G. de Marcillat. (Cathédrale d'Arezzo.)
tiellement décoratif, Guillaume se souvient des leçons de l'École francoflamande qu'il avait reçues dans sa jeunesse : il sacrifie, il est vrai, à l'influence de Michel-Ange (ces vitraux appartiennent aux années 1 5 19 et suivantes) dans de certaines particularités du dessin, par exemple dans la recherche des raccourcis ; mais, en revanche, toutes les fois qu'il le peut, il prodigue les tons les plus riches de sa palette, surtout pour les costumes, dans lesquels il ne recule pas devant les étoffes à ramages, si chères aux Primitifs, tandis que, par les grandes et nobles lignes des palais, qu'il improvise avec une rare sûreté, il assure à l'ensemble la pondération et l'harmonie.
Marcillat laissa un grand nombre d'élèves et d'imitateurs. Citons parmi eux Pastorino de Sienne (voy. p. 71 3), Stagio Sassoli d'Arezzo, Porro de Cortone, Michel Angelo Urbani, également de Cortone, Battista di Lorenzo Borro d'Arezzo, qui exécuta en 1646 deux grands vitraux pour la « Badia » de Florence, et qui mourut dans la même ville en i553, Benedetto Spadari.
La céramique, si longtemps en retard sur ses sœurs, jette au xviu siècle un éclat incomparable : variété et beauté des tonnes, délicatesse ou richesse du coloris, choix de motifs pittoresques, touchants ou spirituels, tout s'y trouve réuni1. Elle a son iconographie à part (voy. p. 21-22), une iconographie où la religion, le patriotisme, les joies de la famille, le culte du passé, les rêves d'avenir, se reflètent par mille traits pittoresques; elle sait dorénavant suffire aux tâches les plus diverses : ici fournissant les pavements qui doivent tapisser le sol des églises ou des palais; là défrayant la table des grands d'une vaisselle qui n'a rien à envier pour la magnificence à l'orfèvrerie2. C'est à elle que les amoureux demandent de perpétuer, sur les vasi amaiori, l'image de leur bien-aimée (est-il une peinture à l'huile qui ait conservé la fraîcheur de ces portraits recouverts d'émail! ils semblent sortir du four!); c'est elle qui a mission de consacrer le souvenir du mariage par les vasi gameli ou vasi nu^iali, celui de la maternité par les scodclle di donna da parto.
L'Italie centrale — les Marches, la Romagne, l'Ombrie, la Toscane — revendique exclusivement, avec Venise, l'honneur d'avoir cultivé l'art des majoliques : Faenza, Castel-Durante, Urbino, Pesaro, Gubbio, Deruta, Caffagiuolo, tels sont les centres dont sont sorties tant de merveilles : « Faenza, où
1. Bibl. : t. I, p. 709. — Piot : Galette des Beaux-Arts, i883, t. II. — Renia. Museo artistico industrielle. IV Esposi^ioue. 1889. Arte ceramica e vetraria, parR. Erculei. — Darcel : Galette des Beaux-Arts, 1892, t. VII, p. i36, t. VIII, p. 196, i8g3, t. I, p. m.
2. Montaigne se plaint de la rareté des services en étain et de l'abondance de la « vesselle de terre peinte ». (Il ne pensait pas qu'un jour cette vaisselle se vendrait au prix de l'or.) Il finit par se réconcilier avec les majoliques. (Voyage, édit. d'Ancona, .p. 181-384-404-519.) Tout un trésor de maximes et de sentences se cache dans ces productions si longtemps dédaignées : « Que celui qui sème les épines ne marche pas les pieds nus...; la beauté ne compte guère là où règne la cruauté...; se taire n'est pas oublier. » (Darcel, Notice des Faïences italiennes du Musée dit- Louvre, p. 72, 134, i36.)