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LA CÉRAMIQUE

dominent les nuances les plus délicates de l'outremer; Gubbio, qui inonde ses produits d'une pluie d'or et de rubis; Deruta, aux reflets nacrés d'un effet plus doux ; Urbin , reconnaissante, s' aidant des estampes de Marc-Antoine pour reproduire sans relâche les belles compositions du maître immortel qui l'a illustrée; Venise, dont on distingue de loin les camaïeux bleu et or1 ». Quant aux maîtres qui les ont modelées ou décorées, les Ratfaeilo Ciarla, les Giorgio Andreoli de Gubbio , les Xanto Avelli de Rovigo, les Fontana, ils ont enfin reconquis de nos jours un rang qu'ils ne perdront plus.

Puisqu'il ne m'est pas donné de décrire ou d'analyser, dans ce rapide sommaire, des chefs-d'œuvre qui se comptent par centaines, constatons du moins que les formes des vases participent de l'essor général des esprits : elles deviennent plus libres et plus amples ; l'anse n'adhère plus comme naguère timidement au vase : elle s'enlace à lui avec vigueur. De même le coloris a;aa;ne en éclat et en variété : certains plats d'Urbin ou de Gubbio sont aussi riches et aussi vibrants que les meilleurs tableaux de l'Ecole vénitienne.

L'historien des majoliques, Passeri, fait coïncider la décadence de la céramique

Vitrail de la Bibliothèque Laurentienne à Florence. (Attribué à Jean d'Udine.)

i. Piot : Gaictte des Beaux-Arts, 1881, t. II, p. 36ç). (Vov. ci-dessus, p. 254-256.)

italienne avec la mort du duc Guidobaldo II d'Urbin (1574). Le départ ou la disparition de Girolamo Lanfranco, de Raffaele del Colle, de Battista Franco, frappèrent à mort l'industrie naguère si florissante (voy. aussi p. 168). N'importe, dans cet intervalle relativement court, les Giorgio da Gubbio, les Xanto, les Fontana, avaient assez fait pour porter leur art à son apogée et pour s'assurer l'admiration de la postérité la plus reculée.

Grâce à l'initiative des princes d'Esté et des Médicis, la porcelaine fut sur le point de s'assurer dès le xvie siècle la place qu'elle n'a définitivement conquise qu'au xviii01. Alphonse II, à Ferrare (vers i565), le grand-duc Cosme Ier et plus spécialement François Ier, à Florence, instituèrent des expériences qui furent couronnées de succès (dès le xve siècle quelques essais avaient été tentés à Venise). Si les rarissimes et, si précieux spécimens de la fabrication florentine (on en possède une trentaine en tout, reconnaissables à leur fond blanc, à leurs ornements bleus, à leur marque composée de la coupole de Sainte-Marie des Fleurs, d'un F ou des armoiries des Médicis) offrent tous quelque défectuosité, soit pour la pâte, soit pour l'émail, ils se distinguent du moins par la variété des formes — plats, aiguières, gourdes — tantôt empruntées à l'Orient, tantôt inspirées de la Renaissance. Le même éclectisme règne dans l'ornementation : les peintres employés par François Ier ont tour à tour mis à contribution la céramique chinoise, la céramique persane, ou l'antiquité classique; ils sont allés jusqu'à copier les estampes d'A. Aldegrever.

En s'assurant le monopole de la verrerie, Venise prenait l'engagement d'apporter à cette industrie tous les perfectionnements et de lui donner toute l'extension dont elle était susceptible. Elle y réussit : depuis plus de quatre siècles, les productions de ses ateliers — verres de tables, lustres, cadres de miroirs, ustensiles et ornements de toute sorte — séduisent par leur légèreté, leur grâce, leur fantaisie. A Florence ou à Rome, les motifs architectoniques ou classiques n'auraient pas tardé à envahir un art qui a besoin avant tout de liberté. Il faut féliciter les Vénitiens d'avoir su éviter cet écueil : ils ont prouvé une fois de plus quelle largeur de vues, quelle tolérance comportait l'esthétique de la Renaissance. Elle admettait sans scrupule aucun même les formules de l'art oriental : les reliures exécutées à Venise, les porcelaines des Médicis en font foi.

Plus que toute autre branche des industries artistiques, I'art textile se ressentit des progrès du luxe, du besoin de raffinement (voy. p. 76-79). Sans parler des merveilleux brocarts, brocatelles, velours fabriqués à Florence, à Lucques, à Gênes, à Venise, quel éblouissement que ces tentures de haute lisse, ces broderies, ces dentelles, dans lesquelles la soie et l'or ne sont rien auprès de l'élégance du dessin, du fini de la main-d'œuvre !

1. Bibl. : Baron Davillier, les Orig-ines de la Porcelaine en Enrobe. Paris, 1882.

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