‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 29 sur 304 · CO S · texte numérisé non relu

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LES .MŒURS

sauces de la vanité, semblait devoir professer pour la vie des champs et poulies beautés de la nature le même dédain que les contemporains du Roi-soleil. Il n'en fut rien, et rien ne prouve mieux quels trésors de fraîcheur et de sentiment renfermait encore le cœur des hommes de ce temps. A Florence, à Rome, à Venise, prélats, patriciens, bourgeois, éprouvent à tout instant le besoin de se retirer loin du bruit de la ville, de se recueillir au milieu des bois. Plus encore que pendant la période précédente1, villas, casinos, vignes, maisons de campagne se multiplient. Un genre littéraire spécial prend naissance, et YArcadie de Sannazar compte des imitateurs sans nombre. Je veux bien que dans cette poésie bucolique la convention tienne une certaine place, que YAmyntas du Tasse ou le Pastor fido de Guarini rappellent les héros de Virgile plus que les bergers de la Toscane ou des Abruzzes. N'importe, il y a là un indice qui a son prix.

Le miracle de cette civilisation, c'est d'avoir fait converger tant d'aspirations, en apparence inconciliables, vers un but

unique, le luxe, la distinction, la beauté, l'art, en un mot. D'autres parmi les nations modernes ont disposé de richesses aussi considérables que l'Italie; la fantaisie ou la vanité leur ont dicté des sacrifices non moins grands; mais de ces sacrifices, quels sont les plus dignes d'intérêt : la prodigalité d'un Hollandais payant un oignon de tulipe cent fois son poids en or, d'un Anglais mettant sa fortune sur un cheval de course, d'un Yankee offrant un collier de perles d'un demi-million? Le trait distinctifde l'Italie est d'avoir concentré son amour sur des formes pensées et écrites (nullement comparables à la profusion de fleurs ou de peluche si chère à notre

I. Burckhardt, Cultur, livre V, ch. vu. — Lors de son dernier séjour à Rome, en 1 53/, Sadolet passait dans sa vigne tous les jours où il n'y avait pas consistoire : « Si gode la sua vigna con li amici ». (Lettere di Prhicipi, t. III, fol. loi verso.)

E. .Mùntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 10

L'Invitation à la danse.

D'après il Ballarino (i58i).

époque), sur ces formes qui relèvent de l'art plus encore que du luxe, et qui constituent le style.

Mais avant de rechercher quelle place les mœurs faisaient à l'art sous ses formes les plus variées, jetons un regard sur les ressources dont l'Italie disposait pour satisfaire son besoin d'élégance ou ses aspirations vers la beauté. Pendant l'époque qui nous préoccupe, l'Italie, malgré tant de calamités, fut

encore, à la surface du moins, le pays le plus riche de l'Europe, et sa richesse se traduisit par de grandioses fondations, par les raffinements du luxe, aussi bien que par d'immenses travaux d'utilité publique. Non moins que l'accumulation de numéraire, une activité incessante développait surtout le bien-être. On verra dans un des chapitres suivants avec quelle rapidité Rome guérit des blessures, si cruelles cependant, que lui avait faites le sac de 15271.

On peut applaudir avec d'autant moins de scrupules aux manifestations du luxe ou aux créations de l'art que,

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