‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 30 sur 304 · VA · texte numérisé non relu

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La Rêverie au xvi» siècle.

Portrait du comte Martinengo, par Moretto.

(National Gallery de Londres.)

sauf de rares exceptions dans les provinces occupées par les Espagnols, elles ne supposaient ni l'oppression ni la spoliation des peuples2. Le gouvernement

1 . En i58o encore, la seule place de Milan faisait pour trente millions d'affaires : les tissus d'or et d'argent lui donnaient un profit de huit cent mille livres, de trois millions les étoffes de soie, et de quatre-vingt mille la vaisselle d'argent. — Pendant le règne de Cosme Ier, les revenus de la Toscane s'élevaient à 1 100 OOO ducats (le ducat ou florin du xvr3 siècle représente une cinquantaine de trancs de notre monnaie). Ce prince laissa en caisse 6 5oo 000 ducats (Cantù, t. VIII, p. 46; t. IX, p. 71). — Un simple particulier, le maréchal de Strozzi, possédait un patrimoine de plus de 5oo 000 écus quand il entra au service de la France ; à sa mort, il ne laissa pas 20 000 écus vaillants. La compagnie de 200 arquebusiers à cheval qu'il amena à François I" lui coûta seule 50 000 écus. Mais aussi, comme Brantôme le proclame hautement, « il avait le cœur fort noble, généreux et splendide » (Œuvres, édit. Lalanne, t. II, p. 268-271).

2. Il ne faut évidemment pas prendre au pied de la lettre la jérémiade par laquelle une

LES MŒURS

des Médicis, celui des ducs d'Urbiu, se contentaient d'impôts relativement légers. Dans les Etats pontificaux, si l'établissement d'une taxe supplémentaire sur le sel déchaîna une émeute, c'est que les Colonna exploitèrent à leur profit le mécontentement que cette mesure avait provoqué contre le pape Paul III.

Cependant, à la longue, toutes sortes de circonstances — les guerres, le déplacement des relations commerciales, par suite de .la découverte du cap de

Les Plaisirs rustiques au xvi" siècle, d'après la gravure de Reverdino.

Bonne-Espérance et de l'Amérique, l'inintelligent despotisme administratif

paysanne des environs de Padoue cherche à apitoyer sur son sort le seigneur qui lui fait la cour : « Je ne suis pas vostre pareille : vous estes citoyen de Padoue, et je suis paysanne des champs; vous estes riche, et je suis pauvre; vous estes grand seigneur, et je suis de travail; vous voudriez de grosses dames, et je suis de basse condition; vous estes brave avec le pourpoint ouvré et les chausses découpées, bordées de velours et de soye, et j'ay une pauvre cotte rompue et piècetée, je n'ay autre chose en ce monde que cette pauvre robbe que vous voyez sur mov, quand je voys dancer aux festes ; vous mangez le pain de froment, et moy de mil de febves, encore n'en ay-je pas mon saoul; je suis aussi sans pelisson pour cest hyver, pauvre femme que je suis! et si ne sçai plus que faire, car je n'ay argent ni marchandise à vendre pour m'acheter ce qui m'est nécessaire. Nous n'avons pas du blé jusqu'à Pâques; je ne sçais comment nous ferons, en si grande cherté; et mil tailles qu'il nous faut payer tous les jours à Padoue. Les pauvres gens du village, il y a grande pitié en nous! Nous endurons à labourer les terres et semer le froment que vous autres mangez, et nous mangeons le seigle et autres pauvres semences. Nous taillons les vignes et faisons du vin, et beuvons la despence et bien

des Espagnols, le mépris du travail, sacrifié aux titres et aux sinécures1, et, par-dessus tout, la conviction, si répandue chez les Italiens, que, marchant à la tête de la civilisation, ils ne pouvaient être distancés par les nations voisines, - finirent par compromettre le commerce, l'industrie et l'agriculture. Dès le dernier tiers du siècle, le ralentissement de toutes choses se

faisait sentir à Ferrare, « fort peu peuplée », à Rome, avec ses avenues incultes et stériles, et où chacun prenait sa part « de l'oisiveté ecclésiastique2 ».

Telle était toutefois la richesse de l'Italie, qu'il fallut plus de deux cents ans pour l'épuiser : à la fin du xviii0 siècle encore, l'aisance, on pourrait presque dire l'opulence, régnait au nord comme au midi.

A l'époque dont nous nous occupons, grâce à ces ressources qui paraissaient inépuisables, le besoin de briller non moins que le goût du beau donnèrent à toutes les formes de la vie sociale une distinction telle qu'on ne l'avait plus %■

vue depuis la chute de \/

l'empire romain : les vête-

Le Luxe

ments, la parure, les armes, au xvi° siècle. le mobilier, sans en exclure ,, ^utf,aul.

' (Ane. C ollection

les ustensiles3, s'en ressentirent dans la même proportion que Spitzer.)

Le Luxe au xvi" siècle.

La clef du palais Strozzi.

(Collection Ad. de Rothschild.)

souvent de l'eau. » (Straparole, les Facétieuses Nuits, trad. par Louveau et Pierre de Larivey, I" nuit, fable IV.)

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