LA TAPISSERIE
La tapisserie, dont l'essor s'était ralenti pendant l'Age d'Or (voy. t. II, p. 804; Léon X n'avait-il pas été forcé de s'adresser aux ateliers de Bruxelles pour faire tisser les Actes des ApôtresV), se relève à partir du second tiers
Bouteille en émail vénitien du xvi" siècle. (Musée du Louvre.)
du siècle : Ferrare, Mantoue, Florence, voient surgir, sur l'initiative des Este, des Gonzague, des Médicis, des fabriques dont de nombreuses tentures de haute lisse proclament jusqu'à nos jours l'ardeur et l'habileté. On trouvera dans V Histoire de la Tapisserie en Italie, publiée par la maison Dalloz, et dans la Tapisserie, publiée par la maison Quantin, tous les détails désirables sur la
manufacture de Ferrare, dirigée par les Flamands Nicolas et Jean Karcher, sur celle de Florence, dirigée par le même Nicolas et par Jean Rost, de Bruxelles. La première eut la bonne fortune de traduire sur le métier des cartons composés par les Dossi et par Garofalo; la seconde compta pour fournisseurs attitrés Bronzino, Salviati, Bachiacca, pour ne point parler du Flamand Jean van der Straeten ou Stradano.
L'existence d'une troisième manufacture, celle de Mantoue, n'a été établie
que depuis peu : grâce aux recherches d'Antonio Bertolotti1, nous savons aujourd'hui que Nicolas Karcher présida à ses destinées de i539 à i5Ô2, tout en donnant des soins aux manufactures de Florence et de Ferrare.
Malgré le talent déployé par les Karcher et les Rost, on peut affirmer que la tapisserie est une des branches de l'art qui atteignit à son apogée au siècle suivant seulement, sous Louis XIV, avec les étourdissantes tentures des Gobelins.
De même que la tapisserie fut détrônée en France, au xviii0 siècle , par les papiers peints , de même elle dut céder la place en Italie, vers la fin du xvie siècle, aux cuirs de Cordoue.
Les Etoffes brochées au xvi* siècle. (D'après le recueil de Vecellio.)
La Broderie déploya une activité égale à celle de la tapisserie, tout en suivant une voie à part.
Vasari, après avoir constaté que, dans les ouvrages de Paolo de Vérone, le travail était serré, solide, et qu'il produisait l'effet d'une peinture, ajoute que de son temps cette méthode excellente était presque abandonnée, et que l'on avait adopté un point plus large, moins durable à la fois et moins agréable à l'œil. Je ne saurais m'associer a ses regrets : adopter pour la broderie un style large et véritablement décoratif, au lieu de la faire rivaliser avec la peinture à l'huile, est un progrès, non une déchéance.
Un certain nombre de noms de brodeurs ont surnagé : tels sont ceux