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Cantù, Histoire des Italiens, t. VIII, p

E. Mtintz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 12

Portrait supposé de T. Folengo, par un anonyme. (Musée des Offices.)

plus puissamment sur les artistes de leur pays par leurs relations personnelles que par leurs écrits (voy. le chapitre suivant). L'influence du Roland furieux* aussi bien que celle de la Jérusalem délivrée se réduisirent, somme toute, à peu de chose. Vers le second quart du xvf siècle seulement, les nouvelles, les romans, les fictions, en d'autres termes les caprices individuels et les succès éphémères, entrèrent en scène et rivalisèrent plus d'une fois avec les fortes croyances communes.

Un genre tout à fait secondaire, dans lequel Paul Jove, Alciat, Lod. Dolce, le peintre vicentin Pittoni, Ach. Bocchi, Domenichi, Gab. Simeoni et d'autres se firent un nom, eut le privilège de trouver de nombreux interprètes dans l'art. Je veux parler des devises ou emblèmes (« Imprese ») qui répondaient par leur subtilité à la tournure d'esprit du cinquecento. Une citation empruntée au recueil d'Alciat2 montrera ce qu'il y avait de banal à la

1. Aux illustrations de Roland furieux énumérées dans notre second volume (p. 65), nous avons à ajouter une série importante de peintures sur faïence faisant partie de la collection Spitzer : assiette d'Urbin, par F. Zante (i537), avec le Combat de Griffon contre les habitants de Damas (ch. xvm); bassin de Deruta, par « el Frate » (154.S), représentant Bradamante s'avançant vers l'enchanteur Atlant (ch. iv); plat attribué au même artiste, représentant le Combat de Roger et de Mândricart (ch. xxx). Dans la même collection, un coffret en cuir sculpté, du XVIe siècle, représente trois épisodes des luttes de Roland avec Rodomont (ch. xxix) et le stratagème employé par Olivier et ses amis pour s'emparer de Roland (ch. xxxix). Au Louvre, une coupe de Deruta, décorée en 1645 par « el Frate », nous montre Rodomont enlevant Isabelle (ch. xxvin), et une coupe de Rimini, Guidon dans l'île des Femmes (ch. xx). (Darcel, Notice des Fayences, p. 96, 3ig.) A Bergame, un élève de Palma Vecchio, Giovanni de Busi, surnommé Cariani, qui travailla de 1614 à 1 54 1 , peignit à fresque, près de la tour de Citadella, le Combat de Marphise, de Bradamante et de Roger. Un fragment de cet ouvrage subsiste encore (Notifie d 'opère di disegno, éd. Frizzoni, p. 126). Deux gravures anonymes, de l'école d'Agostino Veneziano, contiennent le portrait en buste de Roland et de Bradamante, le casque en tête, le cou nu, la poitrine protégée par une cuirasse (collection Schoelcher, à l'École des Beaux- Arts).

2. qu'il ne faut rien remettre au lendemain. Des Alciatz la marque est un Alce ou Ellein (élan) Oui tient cest escriteau : Ne diffère à demain.

Le grand Roy Alexandre, enquis de ses victoires Ou 'il obtint en brief temps, et de ses faits et gloires, Et dont cela venoit? Pour n'avoir séjourné, Dit-il, pour rien qui fut, ne m'estre destourné. Cecy monstre l'Ellein, qui a autant de force De corps, comme il est viste et soudain à la course.

(D'après la traduction publiée à Paris en 1584; enibl. III.) Au palais de Caprarole, les devises figurées dans les ornements sont les fleurs de lis des Farnèse, un vaisseau, une flèche dirigée contre un écusson suspendu à un arbre ; des inscriptions grecques les accompagnent. Le cardinal Pyrrhus de Gonzague (f l529) choisit pour devise Hercule tuant l'hydre, avec l'inscription : « Tu ne cède malis » ; Vittoria Colonna, un écueil contre lequel viennent se briser les flots, avec l'inscription : « Conantia frangere franguntur ». Citons également ici les sonnets en rébus qui font leur apparition avec le Libro di M. Giovanbattista Palatino cittadiuo Koinauo... ml quale s'iusegua a scriver ogni sorte di lettera, etc. (Rome, i55o, fol. 46). Les rébus de Tabourot des Accords sont postérieurs : les Bigarrures, dans lesquelles ils parurent pour la première fois, ne datent en effet que de 1572.

fois et de quintessencié dans ces inventions, qui ont laissé tant de traces dans les petits comme dans les grands arts. Dans le même recueil, l'homme réfractaire à l'Amour est personnifié par un oiseau placé dans un cercle, les ailes étendues, de manière qu'elles forment une croix avec son corps. Plus pittoresques sont les illustrations des Sorti ou Giardino di Pensieri, de Francesco Marcolini de Forli (Venise, i5qo). Au milieu de combinaisons de jeux de cartes, la Paresse (« Otio ») est représentée par un homme assis à côté d'un porc, la Chance (« Caso ») par un laboureur découvrant un trésor.

En revenant à l'art, on me permettra de revenir également au rapprochement sur lequel j'ai insisté au début de ce travail : les Écoles sont comme les individus; elles ont une période d'enfance, une période d'adolescence, de plénitude et de déclin ; il s'y établit une sorte, sinon de polythéisme, mais de polyanthropie, je veux dire une communion ou une contagion intime, une solidarité entre les hommes de la même génération et entre les générations du même pays. D'ordinaire, comme dans le règne végétal, elles débutent par des formes maigres et chlorotiques (débuter par des formes lourdes et obtuses est le propre des nations barbares), passent de là à un modèle plus plein, à un coloris plus nourri, pour aboutir finalement à un style ample et robuste. La facilité, ou la banalité, quel que soit le terme que l'on veuille adopter, est la dernière étape, celle qui précède la décomposition et la mort.

A côté de la dégénérescence commune à une société ou à une race, il y a l'épuisement propre à un genre. Les conditions tirées de la physiologie ou de la médecine sont impuissantes à expliquer ce phénomène, qui est soumis à des lois purement intellectuelles. Nous constatons ici que l'état d'âme d'une génération est influencé et conditionné, si l'on peut ainsi dire, par le degré de perfection réalisé par la génération qui l'a précédée. Les succès de celle-ci peuvent produire un entraînement fécond, mais ils peuvent aussi frapper d'impuissance : cela s'est vu à la suite des suprêmes triomphes de l'Age d'Or. Les successeurs

Portrait de Fr. Marcolino.

D'après les « Sorti » (Venise, 1540).

de Michel-Ange et de Raphaël n'ont-ils pas littéralement succombé sous les prodiges accomplis par ces maîtres ?

Oui, c'est le privilège des hommes de génie, privilège plus enviable encore que cruel — « felix culpa » — d'écraser les talents moyens au profit de leur grandeur, de faire la solitude là où des générations entières eussent pu vivre commodément des siècles durant. Ce privilège, à toutes les époques créatrices, à Athènes comme à Florence, les grands artistes l'ont exercé. Seules les époques de stagnation, de décadence ou de barbarie l'ont ignoré : pendant le Bas-Empire la production est essentiellement anonyme.

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Si l'apparition des hommes de génie échappe à toute analyse, si nul pronostic

tiré de l'hérédité ne peut la faire prévoir', en revanche l'histoire n'est pas désarmée et peut procéder avec une certitude relative vis-à-vis d'une moyenne d'hommes de talent surgissant dans une

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région

La Paresse, d'après les « Sorti » de Marcolini. (Venise, 1540.)

déterminée. Les annales de l'art en Italie nous apprennent que chaque province, à tour de rôle, est venue ajouter sa pierre à l'édifice commun. La peinture italienne semblait avoir donné sa dernière note avec l'Ecole vénitienne, lorsque deux Ecoles, dont on peut discuter le mérite, mais non pas l'importance historique, l'École bolonaise et l'Ecole napolitaine, fixèrent de nouveau sur la Péninsule l'attention de l'Europe artiste.

Par la force des choses, la Renaissance, parvenue à son apogée, devait décliner, déchoir. C'est une loi inéluctable : de la souveraine possession de tous les secrets naissent la souveraine banalité et la souveraine décadence. Il ne saurait en être autrement : au lieu de consulter la nature, source inépuisable, les épigones ne consultent plus que les maîtres. Plus paresseux ou plus découragés que leurs initiateurs, ils en arrivent, à force de copier des formules, à perdre jusqu'à la faculté de regarder en face le monde réel, de le voir

1. Les expériences auxquelles MM. Darboux et Charcot ont récemment soumis le calculateur-prodige Inaudi peuvent fournir à l'histoire de l'art quelques indications utiles. Dans son cas, le rôle de l'hérédité est nul; la surexcitation de tel ou tel lobe au détriment de tel autre est tout; tandis que ses prédécesseurs ont fait appel, pour se représenter de longues séries de chiffres, à la mémoire visuelle, Inaudi, dans ses opérations mnémoniques, recourt uniquement à l'audition mentale, etc., etc. {Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1892, t. I, p. 1329 et suiv.)

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Étude de Femme, par Michel-Ange. (Musée des Offices.

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