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L'IMPROVISATION

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d'elles, Bacchns et Ariàdne, resta sur le chevalet pendant de longues années, et ne fut livrée qu'en i52o, après des sollicitations sans fin.

Mais, encore un coup, ce sont là des exceptions. Si vous parcourez le recueil de biographies de Vasari, vous y trouverez par douzaines le récit de tours

Sainte Famille, par leParmesan. (Musée des Offices.)

de force. Tantôt Vasari lui-même, le Tribolo et Andréa di Cosimo, assistés d'environ 90 peintres et sculpteurs, construisent et décorent en quatre semaines l'aile qui doit mettre le palais d'Octavien de Médicis en état de recevoir la future duchesse de Florence; tantôt Perino del Vaga peint, dans l'espace de vingtquatre heures, un Passage de la Mer Rouge, qui ne mesure pas moins de quatre brasses; tantôt encore Rai. da Montelupo termine avec tant de célérité les

io4 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

1 4 statues en terre et en stuc destinées à orner le pont Saint-Ange, à l'occasion de l'entrée de Charles-Quint, qu'il a le temps de courir à Florence, où l'on attend également l'empereur, et d'y modeler, en cinq jours, deux statues de Fleuves, hautes de g brasses. Un peintre vénitien célèbre, le Tintoret, travaillait avec une telle « luria », que ses tableaux étaient achevés alors qu'on les croyait à peine commencés.

Un symptôme caractéristique, c'est que la fresque, procédé plus expéditif, gagne du terrain au fur et à mesure que la peinture de chevalet en perd.

A la longue, les productions de la gravure, non moins que celles des arts décoratifs, se ressentirent de ce manque d'étude. Prenez les estampes ou les illustrations sur bois : partout le dessin est devenu hâtif, sommaire et vide.

La pratique, de jour en jour plus répandue de la collaboration, engendra de son côté les plus grands abus. Raphaël, au milieu du prodigieux surmenage de ses dernières années, s'était vu obligé de recourir sans cesse, et sur la plus vaste échelle, à des auxiliaires parfois insuffisants. Ses successeurs renchérirent encore sur ces tendances. Perino del Vaga y déploya une véritable virtuosité. Il se bornait, son ami Vasari le certifie, à tracer des dessins d'après lesquels ses auxiliaires peignaient ensuite. « Si ce système, qui permet d'opérer avec célérité, est agréable aux princes et favorable aux intérêts matériels des artistes, il offre d'un autre côté, ajoute Vasari, de graves inconvénients. Un auxiliaire, si habile qu'il soit, ne traduira jamais les cartons de son maître avec l'amour, avec la fidélité que ce dernier y apporterait. Aussi, quand un artiste a soif de gloire, doit-il ne se fier qu'à lui-même; et cela je le sais par expérience. Lorsqu'il fallut décorer en cent jours la salle de la Chancellerie dans le palais de San Giorgio à Rome, j'appelai à mon aide un grand nombre de peintres qui altérèrent mes cartons au point qu'à dater de ce moment je n'ai emprunté le secours de personne. Si l'on veut acquérir une éclatante renommée et la conserver intacte, il faut n'accepter que les travaux que l'on peut exécuter de sa propre main. » Voilà qui s'appelle parler d'or.

Dans un autre passage, Vasari cite, comme un exemple de probité professionnelle, le Florentin Pontormo, qui ne recourait que rarement à ses élèves, et qui, lorsqu'il les employait, les abandonnait à leurs propres forces.

La facilité excessive des cinquecentistes, l'abus des collaborations entraînèrent d'autres inconvénients encore : ils amenèrent la surproduction, une surproduction fastidieuse. Qu'avons-nous à faire de tant de tableaux, de tant de statues! A la place d'une armée de médiocrités, nous réclamons quelques hommes supérieurs. Le talent étant la raison d'être des œuvres d'art, c'est à la qualité, non à la quantité, que nous devons nous attacher. Une nation d'architectes, de sculpteurs et de peintres deviendrait rapidement aussi odieuse qu'une nation de rhéteurs ou d'avocats, à la façon de ceux de la Rome impériale, ou de théologiens, à la façon de ceux de Byzance. En un mot, si ces

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