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CHAPITRE V

LA TRADITION. — I. LES SOURCES : RUINES ET MUSEES. — II. LES SUJETS. L'ALLÉGORIE. — III. INFLUENCE DE l' ANTIQUITÉ SUR LE STYLE.

iv. l'étude du nu.

is-à-vis des modèles antiques, la Renaissance italienne suivit une gradation analogue à celle que nous avons constatée dans toutes les autres manifestations de la vie intellectuelle : elle avait débuté, avec les Primitifs, par une imitation naïve et incomplète; plus tard, pendant l'Age d'Or, elle s'était assimilé les leçons de l'antiquité avec autant de puissance que de liberté; au cours de sa dernière étape elle tomba dans l'imitation servile. Autant de phénomènes climatériques : à la période d'essor devait fatalement succéder la période d'affaissement. L'antiquité fut ici ce qu'elle a été d'un bout à l'autre de la civilisation italienne, un principe tantôt actif, tantôt passif, tantôt la cause et tantôt l'effet.

Commençons par les sources ouvertes aux artistes vers la Fin de la Renaissance1 et, parmi elles, pour rester fidèles à la classification que nous avons adoptée, parles sources auxquelles puisèrent les architectes.

i . Les sources littéraires restèrent sensiblement les mêmes que pendant la période précédente,

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Les derniers champions de la Renaissance, les San Gallo, les Vignole, les Serlio, les Palladio, s'en tinrent aux monuments déjà mis à contribution (t. II, p. io3); mais ils les analysèrent avec plus de rigueur encore que ne l'avaient fait leurs prédécesseurs, et ne jurèrent plus que par l'antique. Veut-on savoir à quel point en était venue cette religion, cette superstition, que l'on consulte la

biographie de l'architecte véronais Falconetto : on y verra que ce maître était tellement habitué à consulter les modèles romains, qu'il n'hésita pas, un jour, à l'occasion d'une discussion avec un architecte étranger sur certain entablement antique, à courir de Vérone à Rome pour vérifier l'objet en litige. Avec quelle ardeur chaque génération ne renchérit-elle pas sur son aînée dans ce travail! Palladio rectifie Serlio; Desgodets rectifie Palladio et Serlio; le xixe siècle rectifie le xviii0.

On en arrive ainsi à une reproduction mathématiquement exacte, qui se substitue à une interprétation plus ou moins indépendante.

C'est ici qu'éclate la différence entre le don de l'imitation et la puissance d'assimilation; copier, c'est reproduire servilement l'œuvre d'autrui; l'assimiler, c'est la transformer, la foire sienne. Or, malgré tant de germes de décadence, le xvie siècle avait encore trop de vigueur pour parvenir à copier. Ce triste privilège a été réservé à notre époque, éclectique entre toutes.

La fondation, à Rome, de l'Académie vitruvicnne (i5q2) marque le désir de se rapprocher, plus encore que par le passé, des règles posées par le théoricien

et nous pouvons nous borner à renvoyer le lecteur à l'analyse que nous en avons donnée dans notre second volume (p. 107-130). Parmi les rares innovations, citons, d'après une communication de M. Froehner, les scènes du Banquet de Platon interprétées par le médailleur Cavino.

L'Imitation antique dans l'architecture.

Projet de palais, d'après Palladio.

LES MODÈLES ANTIOUES.

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romain. Cette institution comptait au début, parmi ses membres, le cardinal

Marcel Cervin, plus tard pape sous

le nom de Marcel II, Bernardino Maf-

fei, qui revêtit, lui aussi, la pourpre

cardinalice, Al. Manzuoli, Gugl. Fi-

landro, l'Espagnol Lod. Lucerna, le

Siennois Claudio Tolomei (1492)-

i556), le futur évêque de Curzola,

puis Vignole et peut-être aussi Michel- Ange.

A en juger par la lettre-manifeste

de Tolomei', l'Académie se proposait

tout d'abord de restituer le texte si

corrompu de Vitruve et d'en publier

une édition latine critique, avec variantes, commentaires et gravures, etc.

Elle ne craignait pas, à l'occasion, d'améliorer le style de manière à le rendre plus clair et plus élégant. Ce travail, essentiellement philologique, devait être complété par des vocabulaires italiens. Le programme comprenait en outre un recueil de tous les monuments existant à Rome, un corpus des statues, un autre des sarcophages et des inscriptions (idées reprises de notre temps par l'Académie royale de Berlin), des recueils de vases, d'instruments et d'outils antiques, etc.,^etc. La tâche était colossale; elle n'aboutit qu'à la publication du travail de Vignole, qui s'était mis à la disposition de l'Académie pour mesurer les antiquités de Rome.

Grâce à cette étude si pénétrante, les architectes de la Fin de la Renaissance n'eurent plus rien ù envier aux anciens, ni pour la science ou la ri-

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L'Imitation antique dans les plaquettes.

Hercule et le lion de Némée, par Modemo.

L'Imitation antique dans les plaquettes.

Cacus volant les bœufs d'Hercule, par Modemo.

1. Tolomei, Lettere. Venise, KS47. — Poleni, Exercitationes Vitruvianœ primœ. Padoue, 170Q, p. 50-Ô2. — Bottari, Lettere pittoriche,

t. II, p. 1. — Pour ce qui est des éditions de Vitruve, elles se succédèrent rapidement, à partir de 1 5 2 1 , date de l'édition donnée par Cesare Cesariano. En 1622 et en 1 52.3 on compte deux éditions florentines, en 1524 et en i535 deux éditions vénitiennes, en i536 l'édition de Caporali, etc.

chesse des combinaisons, ni pour la correction des détails. Mais toute médaille a son revers : la sécheresse se substitua aux fraîches, vivantes et poétiques créations des âges antérieurs, si exquises quoique parfois si incorrectes. Cette correction même disait clairement que l'époque des formules était arrivée : ce n'est qu'aussi longtemps que l'artiste cherche qu'il est exposé à se tromper. Combien les tâtonnements de celui qui crée, qui conquiert, ne sont-ils pas préférables à la froide assurance de l'imitateur!

Aux sculpteurs, aux peintres, aux décorateurs, les statues et les bas-reliefs précédemment accumulés dans les musées ou les collections de l'Italie (t. II, p. io5-io7) suffisaient à donner l'enseignement le plus varié. Mais l'ardeur des collectionneurs ne se ralentit pas : de nouvelles fouilles furent entreprises, de nouveaux chefsd'œuvre reparurent à la lumière.

Rome continua de servir de centre et de foyer à ces études; d'un bout de l'Europe à l'autre, les fervents de l'antiquité la reconnurent pour capitale. Ils n'y admiraient pas seulement les innombrables documents dont regorgeaient les palais et les vignes, ils s'enflammaient aussi au spectacle des découvertes nouvelles qui surgissaient de ce sol inépuisable; ils respiraient avec délices cette atmosphère tout imprégnée de souvenirs glorieux. La Ville éternelle, outre les deux grands musées du Vatican et du Capitule, renfermait des collections particulières sans nombre. Parmi elles, celles des Capranica, des Délia Valle, des Carpi, des Farnèse, des Cesi, desMédicis, étaient les plus importantes. Une foule d'antiques célèbres sortirent de terre pendant celte période, mais aucune qui fût de taille à se mesurer avec les éclatantes trouvailles de la fin du xv° et du commencement du xvic siècle : Y Apollon, le Torse, YAriadne, le Laocoon. Citons la Chimère de bronze (vers 1 554), Ie Rémouleur, l'Orateur étrusque (i565), Y Hercule Farnèse, trouvé en 1640 dans les Thermes de Caracalla, le Taureau Farnèse, découvert au même endroit en 1646 ou en i547,

L'Imitation antique dans les objets de toilette.

Fermoir de bourse.

(Ancienne collection Spitzer.)

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