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LES MODÈLES ANTIQUES

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la Flore Farnèse, etc. On sait quelle influence exerça l'Hercule Farnèse : cette copie romaine d'un original de Lysippe, caractérisée par la lourdeur et la vulgarité, devint le type de prédilection d'une longue série de générations. Les Niobides ne revirent le jour qu'en 1 583, heureusement! Elles durent faire les délices de l'École de Bologne.

Plus libéraux que leurs successeurs du xix1' siècle ou que le gouvernement italien, les Papes de la Renaissance toléraient le vaste commerce d'exportation qui répandait au loin la bonne semence. Aussi bien ces trésors appartenaient-ils à l'univers entier, et non pas uniquement à leurs premiers détenteurs. C'était par longs convois, par cargaisons entières de navires, que statues et bas-reliefs prenaient le chemin de l'é-

tranger

A Florence, les Médicis firent l'impossible pour former un musée comparable à ceux de Rome.

Nous reparlerons plus loin des efforts tentés par Cosme Ier et ses fils.

A Venise, les amateurs s'étaient de bonne heure montrés curieux de médailles et de pierres gravées antiques (t. I, p. 166); quelques statues ou bas-reliefs de la bonne époque grecque y avaient également trouvé un asile. Mais ce ne fut qu'après la donation de la grandiose collection formée par le cardinal Grimani que la Cité des Doges posséda enfin des séries véritablement dignes de ce nom.

Les archéologues, les Fulviô Orsini, les Onofrio Panvinio et une infinité

i. A. Bertolotti a public dans VArchivio de Gori (t. I, II, III) de longues listes d'antiques exportées de Rome au cours du x\T siècle.

L'Imitation antique dans les armée.

(Épée de la collection Spitzer.)

d'autres, mirent au service des artistes de précieux recueils de textes ou de planches; mais ces facilités tournèrent au détriment de l'art : les artistes, au lieu d'étudier les antiques dans les originaux et de se les assimiler laborieusement, se contentèrent trop souvent de puiser au hasard dans des reproductions éminemment imparfaites.

Les médailles fournirent des informations non moins précieuses que les marbres. Nous savons que Jules Romain, en particulier, s'appliquait avec ardeur

à l'étude de ces documents. Les érudits vinrent ici encore en aide aux artistes; aux

Illustrium Imagines d'Andréa Fulvio (Rome, i5i7), au Prontuario délie Medaglie (Lyon, i553), fit suite

l'important ouvrage d'Enea Vico, Discorsi sopra le Medaglie degli Antichi, dédié au duc Cosme de Médicis (Venise, i558)'.

La nécessité d'étudier l'antique,, constituait un article de foi pour l'immense majorité des cinquecentistes. Aux yeux de Vasari, il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'atteindre aux dernières limites de l'art sans le secours de ces modèles. Le Corrège,

I . Les quattrocentistes s'étaient exercés, dans leurs moments de loisir, à contrefaire les antiques. Au xvi° siècle, les faussaires organisèrent méthodiquement leur industrie. Lorenzo Mannita excellait dans la contrefaçon des médailles romaines et tira un grand profit de ces contrefaçons. Mais ce furent surtout les Padouans, Giovanni Cavino et Alessandro Bassiano, qui atteignirent en pareille matière à une véritable virtuosité {Cabinet de V 'Amateur de Piot, t. I, p. 388 et suiv. ; t. IV, p. 403 et suiv.). Un sculpteur de Milan, Tommaso Porta, se fit une spécialité de la contrefaçon des bustes antiques : bien des acheteurs, au témoignage de Vasari, y furent pris. La marquise Isabelle d'Esté elle-même, malgré sa clairvoyance, acheta comme antiques deux statues modernes. Il ne fallut rien moins que l'unanimité des témoignages du sculpteur Jac. Sansovino, de l'antiquaire S.-B. Colomba et d'autres experts pour lui en démontrer la fausseté. La marquise mit une certaine âpreté à obtenir du vendeur la restitution de son argent (Gaye, Carteggio, t, II, p. 192-207).

L'Imitation antique dans le mobilier.

Entrée de serrure (ancienne collection Spitzer.)

déclare-t-il, aurait réalisé des miracles s'il avait visité Rome. Cellini, de son côté, se vante d'avoir exécuté le buste de Cosme de Médicis « selon la grande manière antique », en lui donnant le fier mouvement de la vie (« accordata coll' alta maniera degli antichi, e datogli l'ardito moto del vivo)1 ». , Dès lors, il n'y avait plus d'atelier de quelque importance qui ne renfermât un choix plus ou moins considérable de moulages d'après l'antique (voy. p. 117). On cite comme particulièrement riche la série réunie par Leone Leoni dans son palais de Milan (elle renfermait entre autres le moulage de la statue équestre de Marc Aurèle). Le célèbre graveur en pierres dures Valerio Belli ajouta aux moulages de nombreux originaux en marbre.

Un fait cependant est indéniable : il se produit comme une réaction inconsciente contre les principes de l'antiquité, réaction contre la simplicité et la pureté des lignes, réaction contre la tendance à l'abstraction. Des ornements recroquevillés prennent sur les façades la place des motifs si simples dont se contentaient les générations antérieures; de même, en sculpture et en peinture, ce ne sont que raccourcis trop osés, draperies trop chiffonnées, etc. Michel- Ange a sa part, sa très grande part, dans cette corruption du goût.

Une dernière question se pose à nous : Quelle idée les artistes et le public du temps se faisaient-ils de la valeur de l'art moderne comparé à l'art antique? Eprouvaient-ils un sentiment de découragement devant une supériorité écrasante, ou bien eurent-ils le courage de juger avec indépendance les modèles que la Grèce et Rome leur avaient légués ?

La réponse est aisée : Tout en professant pour les chefs-d'œuvre classiques l'admiration qu'aucun homme civilisé ne saurait leur refuser, ils ne désespéraient en aucune façon de les égaler, parfois même de les surpasser. Les témoignages sont aussi formels que nombreux, surtout chez Vasari : « Daniel de Volterra, si la mort ne l'eût arrêté, aurait montré que les modernes sont

capables, non seulement d'égaler, mais encore de surpasser les anciens Nous

croyons qu'on est en droit d'affirmer que, dans les médailles, les modernes ont traité les figures avec non moins de talent que les anciens Romains, et qu'ils les ont surpassés dans la gravure des lettres et des autres accessoires (vie de Leone Leoni) ». Ailleurs, à propos de l'ordre composite, Vasari signale la possibilité de lui donner plus de grâce que les anciens; il glorifie Michel-Ange d'avoir inventé une foule de motifs inconnus à ceux-ci (t. I, p. i36). Un

I. Édit. Tassi, t. III, p. 32.3. Ce fut un hommage indirect rendu à ce principe que les attaques dont il fut l'objet de la part d'un être aussi méprisable que Bandinelli. Celui-ci n'eut-il pas le front de déclarer devant Cosme de Médicis que les anciens n'entendaient rien à l'anatomie, que leurs ouvrages étaient remplis d'erreurs (« sappiate, che questi antichi non intendevano niente la Notomia, e per questo le opère loro sono tutte piene di errori ». Cellini, édit. Tassi, t. II, p. 386.) Ce dédain pour l'antique n'avait pas empêché Bandinelli d'exécuter une copie des plus minutieuses du Laocoon et d'imiter V Apollon du Belvédère dans son Orphée.

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