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LE CORRÈGE ET L'ANTIQUE

écrivain plus familiarisé encore que Vasari avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité, Aldroandi, déclare, dans son catalogue des statues conservées à Rome que le Moïse peut se mesurer avec n'importe quelle antique : « da star con qualsivoglia de le antiche a fronte ».

Un coup d'œil jeté sur les différentes Écoles fera mieux ressortir le rôle joué par l'antiquité dans la dernière évolution de l'art italien.

De l'attitude de Michel-Ange, il a été question dans notre précédent volume1 : nous n'avons pas à y revenir ici.

Les concitoyens de Michel-Ange, soit Florentins, soit Romains, poussèrent la préoccupation archéologique aux dernières limites : prononcer les noms du Rosso, de Jules Romain, de Perino del Vaga, c'est dire quel abus lut lait à ce moment des idées et des formes de la statuaire

grecque et romaine.

Particulièrement

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L'Antiquité chez Michel-Ange.

La Chute de Phaéton.

(Collection Malcolm au British Muséum.)

structif est le cas du Corrège. On peut affirmer qu'il ne connaissait de l'antiquité que ce qui était dans l'air, qu'il n'en

avait jamais étudié méthodiquement ni les écrits, ni les œuvres d'art. Aussi lorsqu'il s'attaqua — sur le tard — à la mythologie, la dépouilla-t-il de l'appareil archéologique cher à ses contemporains : ce qui le séduisait en elle, c'était la facilité de représenter de beaux corps nus, nymphes ou déesses, Vénus, Antiope, Léda, Danaé. Les sujets qu'il mit en scène ne sortent pas d'un cycle très restreint, celui des amours du roi des dieux et des hommes (Jupiter et Antiope, Jupiter — transformé en nuage — et Io, Y Enlèvement de

i. P. 4-I.5-449. — Voir aussi Manette, Abecedario, t. I, p. 210 et suiv. — Conze : Jahrbûcher de Zahn, 1868, p. 359 0e Bcrsaglio de Michel-Ange).

n6 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

Ganymède, Lcda, Danaë); seule l'Education de l'Amour par Venus et Mercure relève d'un autre ordre d'idées.

Le chef de l'Ecole de Parme n'était pas, on vient de s'en convaincre, un grand clerc en matière de mythologie. N'importe : grâce à l'intuition du génie, il a su dégager du monde hellénique le trait qui aujourd'hui nous charme le plus dans les créations de cette époque radieuse : la fraîcheur des impressions, la grâce riante, la beauté un peu sensuelle, et je ne sais quoi de facile, quoi d'ingénu, je ne sais quel noble abandon qui n'appartient qu'aux âmes d'élite.

Chez le plus brillant des élèves du Corrège, le Parmesan, la mythologie ou l'histoire antique ont déjà perdu toute saveur. Quelle différence entre sa Circê changeant en pourceaux les compagnons d' Ulysse (gravé par Bonasone) et les hautes inventions de son maître! Une autre composition, Diogène assis devant un tonneau et faisant une démonstration (gravé par Caraglio), offre également une conception terre à terre : on aperçoit dans le fond le coq déplumé envoyé par le Cynique à Platon, qui avait qualifié l'homme d'animal à deux pieds privé de plumes.

La primitive Ecole de Venise, représentée par les Muranistes, Giovanni et Gentile Bellini, s'était distinguée de l'Ecole de Padoue, représentée parle Squarcione, Jacopo Bellini et Mantegna, en ce qu'elle ne consultait que la tradition byzantine d'une part, la nature de l'autre, tandis que l'École rivale avait pris pour point de départ les modèles antiques. L'Ecole de Padoue et l'Ecole de Mantoue ayant disparu ou abdiqué après le grand Mantegna, nous avons à rechercher ici l'attitude de l'École vénitienne vis-à-vis de l'antique pendant la dernière période de la Renaissance.

Attachons-nous en premier lieu au Titien, qui incarne avec le plus d'éclat les mérites et les défauts de son École. A ne considérer que les apparences, aucun peintre ne s'est plus souvent inspiré de la mythologie ou de l'histoire grecque ou romaine1. Mais qui ne s'aperçoit que ses compositions n'ont plus rien à faire avec les patientes et ardentes investigations à la façon de Mantegna, avec les pieuses et éclatantes évocations à la façon de Raphaël dans Y Ecole d'Athènes ou le Parnasse} Le Titien n'est jamais allé au fond de ces données, si riches en enseignements; il n'y a vu que des prétextes à représenter des corps nus, des amours qui folâtrent, des divinités qui trônent sur

I . Le Titien a peint, outre les Bacchanales, des Vénus sans nombre, la Toilette de Vénus, Vénus et Adonis, Jupiter et Danaé, Jupiter et Antiope, l'Enlèvement d'Europe, l'Enlèvement de Proserpine, Vulcain et les Cyclopes, Diane et Actéon, Diane et Calisto, Cérès et Bacchus, Hercule, Flore, Zéphyrc, Persée et Andromède, le Festin des Dieux, puis Prométhée, Ixion, Sisyphe et Tantale (tous quatre détruits dans un incendie du musée de Madrid), les Trois Grâces, du palais Borghèse, l'une bandant les yeux à Cupidon, l'autre s'emparant de ses flèches, la troisième brandissant son arc. L'histoire romaine, quoique plus rarement mise à contribution, lui a fourni Lucrèce et Tarquin (collection Richard Wallace), Lucrèce (dessin du musée du Louvre), les portraits en buste des Dou^c Césars (aujourd'hui perdus; Vasari, t. VII, p. 442), etc.

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