‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 51 sur 304 · Yriarte, Paul Véronèse, p · texte numérisé non relu

Yriarte, Paul Véronèse, p

n8 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

Que l'on considère soit le choix, soit l'interprétation des sujets, l'antiquité, à partir du pontificat de Léon X, a pesé d'un poids également lourd sur la sculpture, la peinture, la gravure italiennes. Qui pourrait énumérer les Jupiter et les Vénus, les Apollon et les Mars, les Mercure et les Bacchus, les Silène et les Satyres peints ou sculptés en tous lieux? ils se chiffrent par milliers'. A peine, de loin en loin, un maître qui se montre réfractaire à ces tendances : tel Garofalo, dont on ne connaît guère que trois ou quatre compositions mythologiques (Neptune et Minerve, le Mariage d'Ariadne, d'après Raphaël, tous deux au musée de Dresde). Une conception ingénieuse ou délicate, il n'en fallait pas davantage pour renouveler les motifs les plus rebattus ; les moindres épisodes de l'histoire grecque et de l'histoire romaine furent mis à contribution avec non moins d'ardeur. UHistoire de Psyché, à elle seule, a compté pour interprètes, outre Raphaël, Jules Romain, le Maître au dé, Bernardino l'India, Salviati, Fr. da Forli, le Rosso, Tad. Zuccheri, etc.

Souvent, il faut le reconnaître (voy. t. II, p. 102), le choix de ces motifs se justifiait par des analogies intimes entre la cité ou le héros à glorifier, et les allégories ou les souvenirs de l'antiquité. Qui saurait reprocher aux républiques de Venise et de Gênes d'avoir prodigué les statues de Neptune (à Bologne et à Florence, l'apothéose du dieu des mers avait infiniment moins de raison d'être) ! Le Tintoret, en donnant place à Venise parmi les déesses dans la salle du grand conseil, Palma Giovane, en représentant, dans la « sala dei Pregadi » ou du Sénat, l'île de Candie sous les traits d'une jeune femme, tenant à la main des grappes de raisin, dans le voisinage d'un labyrinthe, ne sortaient pas davantage des limites de la vraisemblance.

Il était d'autres circonstances encore, par exemple la similitude des noms, qui motivaient l'adoption de certains emblèmes, la mise en œuvre de certaines scènes. C'est ainsi que le cardinal Hippolyte d'Esté, deuxième du nom, pouvait, avec une ombre de raison, faire représenter en tapisserie, d'après les cartons de Pirro Ligorio, l'histoire de son homonyme, pour ne pas dire de son patron, Hippolyte, fils de Thésée.

Tout au plus l'un ou l'autre de ces traits pouvait-il manquer de goût : de ce nombre est la Bataille de Montemurîo (i537), peinte par Bat. Franco; cet artiste,

I . Rien qu'à Mantoue et à Ferrare, les seuls cartons de tapisseries consacrés à l'antiquité représentent certainement un ensemble de plusieurs centaines de pièces et de plusieurs milliers de mètres carrés : Jules Romain y illustra le Triomphe de Venus et le Triomphe de l'Amour, le Triomphe de Bacchus, les Combats des Titans et des Dieux, VHistoire d'Orphée, l'Histoire de Roniulus et de Remus, l'Enlèvement des Sabines, l'Histoire de Lucrèce, l'Histoire de Scipion (en douze tentures gigantesques), l'Histoire de Jules César, etc., etc. Pordenone y mit en œuvre des scènes de l'Odyssée; les Dosso, le Parnasse, Apollon et Minerve, les Métamorphoses d'Ovide, l'Histoire d'Hercule, etc.

Page 1