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LES SUJETS ANTIQUES

pour rappeler que son héros, le duc Alexandre de Médias, était monté au ciel par la grâce de Dieu, ajouta à la scène principale l'Enlèvement de Ganymèdel

Dans une autre composition, exécutée pour la cour pontificale, Franco révéla plus d'esprit :

ayant à illustrer l'entrevue de Paul III et de Charles-Quint, il fit intervenir Romulus, qui plaçait une tiare sur les armoiries du pape et un diadème sur celles de l'empereur.

Les réminiscences antiques durent d'ailleurs se régler, dans l'entourage des Papes, sur les fluctuations mêmes de la ferveur religieuse. Prenons les médailles de Clément VII, de Paul III, de Jules III et de Pie IV : les souvenirs de la mythologie y abondent encore; nous y voyons Minerve, la Paix brûlant des armes devant le temple de Janus, la Prudence, la Justice, la Fortune, la Vérité, la Victoire, l'Abondance, Atlas soutenant le globe du monde. A partir de Paul IV, ces emblèmes sont remplacés par la Foi, la Religion, le Christ remettant les clefs à saint Pierre, le

Christ en croix, saint Paul prêchant à Athènes, David jouant de la harpe, la Pêche miraculeuse, saint François soutenant la basilique de Latran, le Pape foulant aux pieds l'hydre de l'hérésie. Les figures allégoriques, telles que la Paix, la Victoire, la Justice, l'Abondance ou encore un Fleuve, repré-

Le Bacchus de Jacopo Sansovino.

(Musée national de Florence.)

sente sous la forme d'un vieillard couché, reparaissent à peine de loin en loin. Mais le plus souvent la fantaisie, soit celle du mécène, soit celle de l'artiste, dicte seule les choix1. Dans le principe (voy. t. I, p. 248-249), on s'était attaché aux réminiscences classiques en raison des leçons morales qu'elles contenaient : bientôt on ne prit plus même la peine d'invoquer un prétexte quelconque pour justifier le dévergondage de l'imagination. La théorie de l'art pour l'art finit par régner sans partage. Si les compositions antiques de Michel-Ange ont la plupart encore un sens profond, devant celles du Rosso, de Jules Romain, et des Vénitiens, il faut se borner à admirer la fierté des lignes ou la puissance du coloris, de beaux corps dont l'âme est trop souvent absente.

Plusieurs écoles de graveurs vécurent presque exclusivement sur la copie des modèles antiques ou sur l'interprétation des sujets antiques : tels furent les Ghisi, Enea Vico, Bonasone (les Amours des dieux, en vingt pièces, l'Histoire de Junon, en vingt-deux pièces), Caraglio (les Amours des dieux, en quinze pièces, les Divinités de la Fable, en vingt pièces, les Travaux d'Hercule, en six pièces), le Maître au dé (l'Histoire de Psyché, en trente-deux pièces), et bien d'autres.

Le plus souvent ces artistes se contentaient de reproduire les compositions des peintres à la mode, mais il arrivait aussi qu'ils se mêlaient d'inventer. Particulièrement belles sont certaines compositions imaginées par Giulio Bonasone : le Triomphe de l'Amour dans les deux, sur la terre, sur les eaux et dans les Champs Élysées (i5q5); ou encore l'Amour surpris dans les Champs Elysées par les âmes des amants qu'il a torturés durant leur vie, et fouetté par eux avec des bouquets de roses et d'autres fleurs (i563). Bonasone a en outre gravé sur ses propres dessins le Lever du soleil (le dieu assis sur son char, en compagnie du Temps et des Heures).

Ainsi qu'il arrive toutes les fois que la vigueur de l'esprit fléchit chez une école, les réminiscences venaient à tout instant nuire à la spontanéité de l'impression, à la sincérité de l'interprétation. Mais si les échos du style gothique ne détonnaient que taiblement, vu la communauté des croyances, dans les compositions des premiers représentants de la Renaissance, ceux de l'antiquité devaient forcément produire un contraste choquant. Plus d'un fidèle se détournait indigné devant ces Pères éternels travestis en Jupiters, devant ces saints vêtus à la façon des héros antiques, devant ces saintes plus semblables à des Vénus qu'à des martyres. On verra plus loin (p. 126-128) quelles protestations souleva l'abus du nu. Je me bornerai ici à rapporter un trait des plus édifiants :

1 . Michelet n'a-t-il pas fait preuve de plus d'imagination que de critique en affirmant « que la Léda était le sujet propre de la Renaissance, que Vinci, Michel-Ange et Corrège, qui y ont lutté, ont élevé ce sujet à la sublime idée de l'absorption de la nature » (Histoire de France, t. VII, p. 355)?

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