Annuaire des Musées de Vienne
E. Aliïntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance
excessive des peintures de la Sixtine : un pan de mur représente une ville, un arbre un paysage.
Du vivant même du maître, chez ses élèves, la faculté de concentration faiblit rapidement : ils ont besoin de toutes sortes de figures accessoires, inconnues, ou peu s'en fout, aux Primitits, et d'un luxe d'attributs véritablement trop profane. Leur imagination flotte entre les symboles, l'histoire et les sujets contemporains, sans trop réussir à se fixer et sans nous imposer une conviction.
Prenons le sculpteur Leone Leoni : sa statue de Charles-Quint, tenant sous son talon la Fureur renversée et chargée de chaînes, est déclamatoire plus que grandiose. On en peut dire autant de sa statue de Fer. Gonzague sur la place de Guastalla (gravée p. 26) : le héros foule aux pieds une sorte de satyre ayant un visage humain et des pieds de bouc; l'hydre de l'Envie, dont il a coupé la tête, est étendue derrière lui.
Particulièrement alambiqué est le bas-relief de la Trinité des Monts, dans lequel Daniel de Volterra a représenté des Satyres qui pèsent des jambes, des bras et divers morceaux de figures, puis, séparant ceux qui sont d'un bon poids, envoient les mauvais à Michel-Ange et à Fra Sebastiano, pour qu'ils les jugent. — Sans le secours de Vasari, qui pourrait trouver aujourd'hui le sens de cette énigme !
Cellini eut du moins le bon esprit, en ciselant sa laineuse salière, de se contenter d'allégories faciles à saisir : il l'orna des figurines de la Nuit, du Jour, du Crépuscule et de l'Aurore, dans des attitudes différentes de celles des statues de Michel-Ange.
L'allégorie tenta les peintres plus encore que les sculpteurs. Les Ecoles florentine et romaine, dès lors épuisées, se rejetaient sur les symboles les plus rebattus, alors toutefois qu'elles ne s'égaraient pas dans des essais véritablement baroques1. Ce n'est pas à dire que même un Vasari ne fût capable d'élaborer un programme ingénieux ou savamment raisonné; mais le fait seul que ce programme devait être interprété par un peintre aussi médiocre suffisait pour lui enlever toute valeur2.
1 . Pour représenter, dans une Pietà, les ténèbres qui couvrirent la terre lors de la mort du Christ, Bugiardini figura, sur un des volets, une Nuit (d'après celle de la sacristie de Saint- Laurent, sculptée par Michel-Ange), à laquelle il donna comme attributs un fanal, un lampion, des bonnets de nuit, des cornettes, des oreillers et des chauves-souris! Pour célébrer les talents de François Ier, Niccolô dell' Abbate le représenta costumé en Minerve avec les attributs de Mercure !
2. On jugera des capacités de Vasari en pareille matière par le programme qu'il composa pour la décoration de la façade du palais Montalvo (i55-4) : Quatrième rangée : la Bienveillance de la cour, le Contentement et l'Allégresse, la Réputation1 et l'Autorité, la Richesse et l'Abondance, le Repos et la Tranquillité, la Renommée et la Notoriété. Troisième rangée : la Gloire et l'Honneur, les Armoiries des Médicis, la Magnanimité et la Libéralité. Deuxième rangée : la Félicité, la Discrétion, l'Obéissance et la Persévérance, la Sollicitude et la Vigilance, l'Effort. Première rangée : l'Assiduité, la Modestie et la Tempérance, la Prudence, la Persévérance, la Constance, la Fidélité, le Dévouement, la Vigueur. Les figures devaient être disposées de façon à montrer comment un avantage ou une vertu dérivait l'un de l'autre. Les commentaires dont