‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 56 sur 304 · I. Passavant, le Peintre graveur, t. VI, p · texte numérisé non relu

I. Passavant, le Peintre graveur, t. VI, p

A Venise, l'allégorie ne compte qu'un champion, mais il brille au premier rang. Tandis que le Titien échoue si complètement dans sa tentative pour distinguer l'un de l'autre Y Amour sacré et Y Amour profane, tandis que certaines allégories de Bordone, telles que le Jeune chevalier et la Jeune femme (deux pendants au Musée de Vienne), ou encore celles d'Andréa Schiavone, conservées dans la même collection, ont également échappé jusqu'ici à toute explication1, Paul Véronèse déploie dans ce domaine une fécondité de ressources et une netteté de caractéristique inconnues à ses compatriotes. Si ses compositions avaient plus de profondeur, je n'hésiterais pas à les égaler à celles de Raphaël. Véronèse a personnifié Venise et le Commerce, la Paix, la Justice, la Prudence, l'Espérance, la Science, l'Éloquence, la Foi et la Religion, le Courage et la Tempérance, et il l'a fait avec une puissance d'évocation ou un luxe d'attributs qui n'ont été égalés que par Rubens au siècle suivant. Prenons quelques-unes des peintures du Palais des Doges : la Mansuétude est représentée caressant un agneau, la Vigilance ayant à côté d'elle un ibis, la Modération tient un aigle par une aile et se prépare à le frapper avec une verge, la Félicité, la main gauche appuyée sur une corne d'abondance, tient de la droite le caducée, à ses pieds est posé un panier de fruits; la Fidélité a pour compagnon un chien. Il était impossible de renouveler plus brillamment ce monde de la fiction, tout en tenant compte des traditions iconographiques sans lesquelles les allégories risquent de demeurer inintelligibles.

Il nous reste à étudier l'action de l'antiquité sur le style même.

Dans la sculpture, à première vue, il semble que les derniers représentants de la Renaissance ne doivent rien à l'antiquité et qu'ils relèvent uniquement de Michel-Ange. N'a-t-on pas affirmé « que l'antique altère la nature en diminuant la saillie des muscles et Michel-Ange en l'augmentant 2 » ! Mais en regardant de près on découvre que, si rien ne diffère plus des modèles de la belle époque grecque que le Moïse, les Esclaves du Louvre, les Mcdicis, le Jour et la Nuit, pour peu que l'on s'attache aux productions postérieures, notamment à celles de l'École de Pergame ou encore au Laocoon, on en trouve de tout point l'équivalent chez Michel-Ange. Si celui-ci n'ouvrit pas cette voie, il s'y engagea infiniment plus loin que ne l'avaient fait ses prédécesseurs et, à cet égard du moins, se révéla comme novateur. On sait d'ailleurs à quel point l'étude

1 . Le sculpteur Danese n'a pas été plus heureux dans sa personnification du Soleil (puits de l'hôtel de la Monnaie, à Venise) : il l'a représenté nu, la tête ceinte de rayons, tenant d'une main une verge d'or, de l'autre un sceptre, avec un œil au bout. Le globe terrestre, entouré d'un serpent qui se mord la queue, et parsemé de quelques monticules dorés, par allusion au métal que l'astre du jour engendre, complète cette allégorie.

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