‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 61 sur 304 · Passavant, h Peintre graveur, t. VI, p · texte numérisé non relu

Passavant, h Peintre graveur, t. VI, p

4. Tel est Y Ane instruisant les animaux, du graveur Reverdino, t. VI.

i36 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

la Folie, le Diable. Alors que les littérateurs au service de l'Église déversent un torrent de pamphlets ou de satires sur les réformateurs, aucun peintre ou dessinateur italien, que je sache, n'a pris le pinceau ou le crayon pour combattre Luther ou Calvin.

L'usage des effigies ignominieuses (t. II, p. 42) reste quelque temps encore en honneur. En 1 53^, les Florentins, non contents d'avoir pillé et démoli le palais de Lorenzino de Médicis, font peindre le tyrannicide sur la forteresse comme traître : « dipintolo in la fortezza tanquam proditor »'.

Citons aussi les bustes grotesques (« visacci ») de quinze Florentins célèbres (parmi lesquels Dante, Pétrarque, Boccace, etc.), que le sénateur Valori fit exécuter en 1670 et qui se trouvent encore aujourd'hui à Florence, au palais Altoviti, dans la « via degli Albizzi ».

Quelques artistes célèbres ne dédaignent pas de recourir à l'arme du ridicule pour flétrir un vice ou punir un présomptueux. On affirme que le célèbre dessin du Titien, gravé sur bois par Giuseppe Boldrini ou Vicentini, Laocoon et ses fils transformés en singes, était une satire à l'adresse de Baccio Bandinelli, qui s'était persuadé qu'il avait fait oublier par sa copie l'original de ce marbre célèbre2.

Un contemporain du Titien, Fed. Zucchero, pour se venger de ses détracteurs bolonais, composa un tableau qu'il intitula la Porte de la Vertu (i58i) et dans lequel il introduisit différentes Vertus : l'une, sous les traits de Pallas, foulait aux pieds un vice représenté sous forme de monstre; au-dessous de celui-ci, se tenaient l'Envie, le front ceint de vipères; l'Ignorance louée par l'Adulation et la Présomption; la Médisance entourée de satyres. Des inscriptions latines et italiennes expliquaient le sujet. Mal en prit à Zucchero et à son collaborateur : ils furent tous deux exilés de Rome.

Quant à Michel-Ange, si caustique en paroles, il n'a que rarement donné place au comique ou au grotesque, voire à l'ironie, une fois qu'il avait pris en main le crayon ou le pinceau. Son principal exploit en ce genre est le Minos du Jugement dernier, représenté sous les traits de Biagio da Cesena, le maître de cérémonies de Paul III, avec une paire d'oreilles qui n'ont rien à envier à celles de Midas (voy. p. i32). Dans ses démons, à peine, de loin en loin, quelque trait grotesque.

Je rattache au même ordre d'idées l'abus de motits trop familiers (t. II, p. 1 58). Dans les fresques de la salle de Constantin, Jules Romain sacrifie encore à ces errements en représentant un pauvre qui demande l'aumône, un enfant qui joue avec un chien, puis les hallebardiers de la garde papale, pour ne point parler du chat qu'il introduisit dans le tableau de la Madone, aujour-

Page 1