‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 62 sur 304 · Lettere ai Principi, t. III, fol. 166 v · texte numérisé non relu

Lettere ai Principi, t. III, fol. 166 v

2. Stendhal, Histoire de la Peinture eu Italie, p. 897. — Cette gravure est reproduite dans le Titien de M. Lafenestre, p. 287.

DEVISES ET EMBLEMES.

d'hui conservé au Musée de Naples, ou encore de la femme filant, de la poule et des poussins, auxquels il donna place dans sa Sainte Conversai ion, destinée à la chapelle de Santa Maria delT Anima. Mais, encore une fois, ce ne sont plus là que des exceptions sans conséquence.

Dans la décoration et l'ornementation, le rôle de ce que j'appellerai l'élément personnel va diminuant d'âge en âge : les devises deviennent de plus en plus abstraites; plus de portraits de bâtisseurs; à peine encore de loin en loin des armoiries1. Il tant de la bonne volonté pour découvrir quelque allusion véritablement ressentie et vivante : tel le lion adopté par le sculpteur et médailleur Leone Leoni, en souvenir de son nom. Le même artiste, pour rappeler le service qu'il avait reçu d'Andréa Doria et de Giovanettino Doria, se représenta, sur le revers de leur médaille, entouré de sa chaîne de galérien.

Le Grotesque au xvi" siècle.

Le Vieillard entre la Mort et la Volupté.

D'après la gavure de Reverdino.

A ne s'attacher qu'au choix des sujets, la Fin de la Renaissance — on l'a vu. — paraît plus réaliste que ses aînées; mais si nous considérons l'interprétation de ces sujets et le rendu, le spectacle ne tarde pas à changer.

Ce sont ces modifications que je me propose d'étudier dans la seconde section du présent chapitre.

Emportés par la poursuite de l'élégance, de la noblesse, de l'éclat, par le besoin d'éblouir en déployant toute la fécondité de leur imagination, les derniers représentants de la Renaissance sacrifièrent trop souvent la vraisemblance de l'action ; on commence à compter les maîtres qui réussissent à saisir sur le vif un trait révélant les mouvements de l'âme : geste involontaire causé par l'émoi, explosion de colère, effort suprême dans un combat, etc. Dans les fresques d'Andréa del Sarto, l'Histoire de saint Philippe, les connaisseurs admiraient entre autres une femme éperdue qui se sauve avec tant de naturel qu'elle

i. Voy. t. I, p. 324-826; t. II, p. 145.

E. Mùntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance.

iS

paraît vivante, et un cheval brisant son frein et montrant sa terreur par la violence de ses soubresauts.

Aux yeux de Michel-Ange, ces mouvements de l'âme méritent seuls, abstraction faite des différences de temps et de lieu, d'occuper l'artiste digne

de ce nom. Il veut que l'on représente l'homme type, l'homme idéal, celui qui est de tous les siècles, sans se soucier ni de la ressemblance historique ni de la couleur locale.

Dans les scènes de l'histoire contemporaine, qui conquirent de jour en jour plus de faveur (p. 21, 1 36), la poursuite du style et la préoccupation de l'allégorie nuisirent singulièrement à la sincérité du récit : combien en est-il, parmi ces batailles, ces entrées, ces cérémonies, qui aient le caractère de documents ? A Venise aussi bien qu'à Florence, sculpteurs et peintres se montrent incapables de prendre pied, d'exposer simplement, sans ithos et pathos ; l'abus de la fantaisie et l'excès de la facilité ne choquent pas moins que la rareté des détails véritablement topiques.

La Bataille de Gadore (i5o°), peinte par le Titien en i53", dans la grande salle du Palais Ducal, détruite lors de l'incendie de 1077, forme à cet égard une exception honorable. Le motif principal représentait un combat autour d'un pont. Les nuages qui s'amoncellent, les maisons en feu, donnaient à l'action quelque chose de dramatique, sans rien lui ôter de sa clarté1. L'artiste n'avait pas reculé devant les indications topographiques et même stratégiques;

Le Portrait au xvi° siècle.

Cosme 1" de Médicis, par Cellini.

(Musée national de Florence.)

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