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LA POLITIQUE INTÉRIEURE

pas un mot de pitié pour ces milliers d'innocents enchaînés sur les bancs des galères et condamnés à la plus cruelle destinée, uniquement parce qu'ils professaient une autre religion ou appartenaient à une nation ennemie. A peine, dans cette production effrénée, une ou deux tentatives en faveur du droit des gens, de la tolérance : vox clamantis in deserto.

Même en dehors du cercle des humanistes, les esprits indépendants qui rêvaient des réformes sociales se confinèrent, par une sorte de paresse intellectuelle, dans les régions de la science pure : s'interdisant toute propagande et toute application pratique, ils se montrèrent des hommes de cabinet là où il aurait fallu des hommes d'action.

Je ne cesserai de le répéter : c'est parce que l'esprit italien inclinait dès lors au conservatisme qu'il abdiqua si complètement devant les souvenirs de l'antiquité. Ces souvenirs, qui taisaient partie de l'histoire nationale de l'Italie, n'étaient d'ailleurs nullement inconciliables avec l'esprit d'initiative ou avec les revendications de la liberté. Nous en avons pour preuve l'attitude des révolutionnaires du moyen âge aussi bien que de la Renaissance. Ce fut l'antiquité qu'avaient invoquée Nie. Crescentius au xf siècle, Arnaud de Brescia au xn1', l'empereur Frédéric II au xmp, Cola di Rienzi au xiv1', Stefano Porcari au xvel. Le xvf siècle, quoique nourri de la lecture des classiques, ne se souvint plus que rarement de tant de hautes leçons de civisme rapportées par les Tite-Live ou les Tacite. Mais ici encore elles intervinrent régulièrement dans toutes les entreprises dirigées contre la tyrannie. Les contemporains de Lorenzino de Médicis ne manquèrent pas de

constater qu'il s'inspira du premier Brutus en feignant la folie et du second en frappant le tyran son bienfaiteur". Et de même, Fil. Strozzi, au moment de mettre fin à ses jours, s'autorisa de l'exemple de Caton d'Utique.

Mais, encore une fois, ces retours d'énergie furent aussi rares qu'éphémères, et les réminiscences classiques servirent surtout à rehausser le prestige des

Armes italiennes imitées de l'antique.

D'après la gravure

publiée par Lafreri en i55o.

1, Voy. t. I, p. 214.

2. « L'opéra gloriosa, che ha fatto Lorenzo de' Medici, Bruto seconde», il nobile pensiero di ammazzare il tiranno per liberar la patria sua », lit-on dans une lettre de i53j (Letlere di Piincipi, t. III, ff. I63-IÔÔ V°).

E. Miintz. — III. Italie. La fin de la Renaissance.

oppresseurs, à embellir des existences de plus en plus placides, ou à masquer l'invincible courant d'optimisme et d'indolence. Rien en effet ne saurait donner une idée du degré de contentement, de sécurité, de quiétude, propre à l'Italie

du xvf siècle : elle est persuadée qu'abstraction faite de la domination étrangère, tout est pour le mieux des mieux dans le meilleur des mondes; elle ignore les revendications et jusqu'aux desiderata. Cette placidité se reflète, non sans naïveté, dans le Courtisan de Castiglione et dans cent autres

ouvrages; il ne vient même pas à l'idée de leurs auteurs que l'on puisse toucher à l'ordre établi.

Différents en cela d'une autre société, non moins policée, non moins épicurienne, les Italiens de la Renaissance ne furent pas brusquement arrachés à leur sécurité par une révolution ébranlant jusque dans ses bases un édifice séculaire : ils s'éteignirent doucement, au milieu de toutes sortes de distractions inoffensives.

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Statue de Ferd. de Gonzague, par Leone Leoni, à Guastalla.

La Renaissance, telle que l'avait conçue l'Italie, avait dit son dernier mot : mais d'autres nations plus jeunes s'emparèrent du même principe, le transformèrent et le fécondèrent à nouveau; recueilli par leurs mains, le flambeau que l'Italie avait laissé tomber contribua plus que tout autre à éclairer la conscience du monde moderne. Quelle part les leçons de la Grèce et de Rome ont eue au mouvement de rénovation morale et sociale du siècle dernier, quel enthousiasme elles ont excité chez les hommes de la Révolution, l'histoire est là pour le proclamer.

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