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Gave, Carteggio, t. III, p

Le Type de Femme chez Bernardine» Luini 0 Monastère» Maggiore » de Milan.)

L'ESTHETIQUE.

ardoise. Cette composition orne aujourd'hui, comme on sait, le Musée du Louvre.

Aux traités d'esthétique font pendant les ouvrages sur la théorie ou la pratique des différents arts.

Les travaux de Léonard de Vinci étaient restés inconnus à ses contemporains (le Traité de Peinture ne vit le jour qu'en i65i). D'autre part, ceux de Vasari (i55o-i568) et de Cellini ne parurent qu'après que la dégénérescence des Écoles florentine, romaine et lombarde fut consommée. Les artistes de la période dont nous avons à nous occuper se virent donc réduits, sauf les architectes, à quelques publications absolument secondaires.

De la Perspective et de I'Anatomie il a été question dans le chapitre précédent, consacré au réalisme (p. 144-148). Il nous reste ici à passer en revue les autres sciences auxiliaires : les Proportions et la Physionomie.

Eu égard au canon de la figure humaine (t. II, p. 180), chaque école procéda empiriquement plutôt que d'après des règles nettement définies. Nous voyons les unes s'attacher aux proportions élancées, tels que le

Parmesan et Primatice, d'autres aux proportions trapues, d'autres encore, tels que les Vénitiens, aux proportions amples et robustes1.

Parmi les essais sur la Physionomie, le plus curieux est celui du Napolitain G.-B. Porta : de Hum. Physiognomonia (i586). Deux siècles avant Grandville, cet auteur a rapproché les types humains les plus saillants des types d'animaux correspondants, quadrupèdes ou volatiles. Mais il ne s'est pas borné à consulter la nature : il a également mis à contribution les chefs-d'œuvre classiques, les

1 . Les principaux ouvrages consacrés aux proportions sont : VEdifi^io del Corpo umano de Fr. Sansovino (Venise, i55o); le De Cognitione hominis per aspechtm de M. A. Biondo (Rome, 1.544) et la Fisionomia naturelle de Pintio (Rome, 1 555) ; Il primo Lïbro del Trattato délie perfel le Proportion i de le cose che iniilare e ritrarre si possono cou Varie del disegno de Vinc. Danti (Florence, 1067). Quant au Traité des Proportions de Lomazzo, il n'est connu que par la traduction française de Pader, publiée à Cologne en 1649.

Le Type de Femme chez Paul Véronèse.

Fragment d'une Sainte Famille. (Musée du Louvre.)

bustes et les médailles. Le résultat de ses recherches, c'est la constatation de l'influence réciproque de l'âme et du corps!

On trouvera plus loin, dans chacune des sections spéciales, l'analyse des traités consacrés aux différentes branches de l'art.

Type humain rapproché d'une tête d'animal. D'après le Traité de Porta (i586).

En même temps que l'esthétique, prend naissance la Critique d'art. Le véritable créateur du genre, il n'est pas permis d'en douter, est cette personnalitéodieuse et ce talent éclatant qui s'appelle Pietro Aretino (1492-1557)'. C'était

un juge souverainement clairvoyant, délicat, éloquent. Plus que tout autre il avait le droit d'affirmer « qu'il n'est pas nécessaire d'être un homme du métier pour parler des choses de l'art »\ Quand, vers le milieu du siècle, les admirateurs de Michel- Ange commencèrent à l'emporter sur ceux de Raphaël, ce fut un acte de courage de la part de PArétin que de prendre en main la défense du mort contre le vivant. Il jugea avec tout autant d'impartialité le talent de Sebastiano del Piombo, dans l'appréciation duquel il sut se

1 . Dans le portrait, fort dégradé, que le Titien nous a laissé de l'Arétin (galerie Pitti), nous voyons une sorte d'usurier vénitien, quelque chose comme le Shylok de Shakespeare. J'ai peine, pour ma part, à y reconnaître cette âme si perverse et cet esprit si raffiné, le pamphlétaire ignoble et le poète inspiré, qui écrivait sous son portrait : « Voici mon effigie au naturel, afin que vous voyiez avec combien de courage je sais parler bien du bien et mal du mal », et auquel ses ennemis composèrent cette sanglante épitaphe : « Ci-gît l'Arétin, dont la langue a blessé les vivants et les morts : de Dieu seul il n'a pas dit de mal, s'exeusant en disant qu'il ne le connaissait pas. » A mon avis, la gravure de Marc Antoine (voy. t. II, p. 61) rend seule cette physionomie, belle comme celle du Satan de Milton, ce front large et puissant, ces yeux éclatants et cette bouche à la fois si sensuelle et si amère. — Les traits de l'Arétin ont été en outre reproduits en peinture par Sebastiano del Piombo (Pinacothèque d'Arezzo), par Al. Moretto et par Salviati; en gravure par Caraglio et Enea Vico; en sculpture par J. Sansovino. Un portrait gravé sur bois figure dans / Ma nui de Doni (Venise, i552) et dans le Promptuaire (édit. de 1.577, P- 2-5°)- Sur les médailles de l'Arétin, voy. les Médailleurs de Heiss (Venise, p. 1.3c, pi. IX). — Nous savons aujourd'hui que l'Arétin cultiva la peinture avant de manier la plume. Voy. Luzio, Pietro Aretino nei primi suoi aiiui a Venc~ia e la corte dei Goniaga. Turin, 1888. — ArcMvio storico delV Arte, 1889, p. 3u. — Schultheiss : Zeitschrift fur lild. Kunst, 1891, p. 10, 5i.

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