L'ARETIN
garder de toute exagération. Quant aux Dosso, portés aux nues par l'Arioste, il n'hésita pas à les traiter avec la dernière rigueur, et en cela il ne fut pas moins bien inspiré.
La collection d'œuvres d'art réunie par le fameux pamphlétaire était aussi précieuse que variée. Elle contenait entre autres une tête de cire modelée par Michel-Ange, des peintures du Titien, de Sebastiano del Piombo, du Parmesan (Vénus avec Capidon, portrait du Parmesan donné à l'Arétin par Clément VII et entré plus tard dans les collections de Valerio Vicentino et d'Al. Vittoria), etc., etc.
Aussi libéral que cupide, l'Arétin n'hésitait pas, à l'occasion, à faire cadeau à ses amis ou à ses protecteurs de toiles de la main du Titien; témoin ce petit Saint Jean-Baptiste qu'il envoya au comte Stampa, gouverneur du château de Milan, en l'accompagnant de cette jolie lettre : « Regardez la souplesse des cheveux annelés et la charmante jeunesse de saint Jean; regardez ses chairs si bien peintes qui, dans leur fraîcheur, ressemblent à la neige teintée de vermeil, mais émue
par les battements et réchauffée par les haleines de la vie. Du cramoisi du vêtement et du pelage de la fourrure, je n'en parle pas, parce qu'en comparaison le vrai cramoisi et le vrai pelage paraissent peints et ceux-là sont vivants. Et l'agneau qu'il a dans les bras a fait bêler une brebis, tant il est naturel! A Venise, le 8 d'octobre M D XXXI1 ».
Personne n'a mieux compris que l'Arétin le génie du Titien. On en jugera par cet extrait : « Je tourne mes yeux au ciel. Jamais, depuis que Dieu l'a fait, ce ciel n'a été embelli d'une si charmante peinture d'ombres et de lumières! L'air était tel que le voudraient faire ceux qui portent envie à Titien, parce qu'ils ne peuvent être Titien...; d'abord les bâtisses, qui, étant en vraie pierre, semblent pourtant une matière transfigurée par artifice, puis le jour, qui, en certains endroits, est pur et vif, et en d'autres troublé et amorti. Considérez encore une autre merveille, les nues épaisses et humides, qui, sur le principal plan, descendaient jusqu'aux toits des édifices, et sur Y avant-dernier s'enfonçaient derrière eux jusqu'au milieu de leur niasse. Toute la droite était d'une
Type humain rapproché d'une tête d'animal. D'après le Traité de Porta (i586).