LES ACADÉMIES
L'essor d'une autre Académie romaine, l'Académie de Saint-Luc, ne date que de la fin du xviL' siècle. Ce fut en 1077 que le pape Grégoire XIII lui octroya une constitution nouvelle, sur les instances du peintre Muziano, dont l'œuvre fut brillamment achevée par Fred. Zuccheri '. Hélas! ces mesures venaient bien tard; c'en était fait depuis longtemps de toute originalité et de toute inspiration.
Bien autrement énergique que l'action de la Congrégation des Virtuoses fut celle de l'Académie des Artistes (« Professori del Disegno ») de Florence. Quelques mots sur l'histoire de cette institution célèbre ne seront pas hors de propos ici. Le sculpteur Montorsoli avait élevé dans l'église de l'Annonciation un magnifique tombeau, qui devait servir à lui-même et à ceux de ses confrères qui n'auraient pas de sépulture particulière. La Compagnie des Peintres en prit solennellement possession et y fit inhumer, en premier lieu, Pontormo. Ce lut là le point de départ de l'Académie florentine (i56i). L'institution nouvelle, après avoir demandé l'hospitalité à différents couvents, obtint de Cosme l'autorisation de tenir ses séances dans la chapelle des Médicis. Quelles espérances on fondait sur elle, Vasari le proclame en termes enthousiastes dans sa lettre à Michel-Ange (t. VIII, p. 366-368) : à l'entendre, cette fondation de Cosme éclipsa les services rendus à l'art par Cosme l'Ancien, Laurent le Magnifique, Léon X et Clément VIL
Officiellement constituée en 1 563, l'Académie florentine, différente de ses aînées, prit en considération, non plus les intérêts purement professionnels, mais le talent ; institution essentiellement honorifique, elle n'admit que des sculpteurs, des peintres ou des amateurs s' occupant des sciences relatives à l'architecture, aux arts du dessin ou à l'un d'entre ces arts5. Les candidats devaient présenter un ouvrage — un chef-d'œuvre — qui devenait la propriété de l'Académie. La cotisation était fixée à deux livres par an pour les académiciens, et à une livre pour les membres de la Compagnie. La protection accordée à l'Académie par le grand-duc Cosme et l'organisation des splendides funérailles célébrées en l'honneur de Michel-Ange lui valurent rapidement une réputation européenne. En Ô71, un décret rompit définitivement les liens qui rattachaient l'Académie à la Corporation des Médecins et des Epiciers pour ceux de ses membres qui étaient peintres, et à 1' « Arte dei Fabbricanti » pour ceux de ses membres qui étaient sculpteurs et architectes. Les soins donnés à l'enseignement achevèrent de faire de l'Académie florentine le modèle de toutes les institutions similaires.
Ces carrières si brillantes, cette longue suite de triomphes avaient pour cou-
1. Missirini, Memorie per servire alla Storia clella Romaua Accademia ai S. Luca, p. 18 et suiv.
2. « Gli scultori e pittori e coloro ancora quali essendo gentiluomini, corne persone nobili sono ornati délie scienze appartenenti ail' architettura, e arte del disegno o ail' una di queste. »
ronnement des funérailles qui prenaient les proportions d'imposantes cérémonies publiques. De grands honneurs furent rendus à la dépouille mortelle de Pontormo, de Palladio, du Tintoret, et de bien d'autres de leurs confrères; quant à l'apothéose dont Michel -Ange fut le héros, elle dépassa tout ce que l'on avait vu auparavant, tout ce que l'on a vu depuis. Jamais artiste, ni avant ni après, n'a reçu d'un peuple un hommage aussi éclatant.
Les exemples qui viennent d'être rapportés étaient nécessaires pour montrer par combien de liens l'art se rattachait alors à la vie de tous les jours, par combien de racines il plongeait dans l'imagination et le cœur d'un chacun; ils expliquent cette floraison sans rivale.
La Vierge et l'Enfant, par Michel-Ange.
(Musée national de Florence.)