Gave, Carkggio, t. II, p
Portraits de la duchesse Eléonore de Tolède et de son fils Ferdinand. Par Bronzino. (Musée des Offices.)
2o8 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
appel à l'opinion publique; c'est ainsi qu'il donna l'ordre à Cellini de découvrir partiellement le Persée pendant deux journées, pour entendre ce que le peuple en dirait.
Parmi t:.::t d'entreprises grandioses, dont une seule aurait suffi pour illustrer tout autre règne, la transformation de la ville de Florence figure au premier rang. Non content de faire reconstruire les fortifications et de les relever, de distance en distance, par des portes monumentales, Cosme éleva la Loge du « Mercato nuovo » (i5qo), acquit et agrandit le palais Pitti, à côté duquel'il créa les merveilleux jardins de Boboli, réédifia le pont de la Trinité et le pont « alla Carraja », jeta les fondements du palais des Offices (i56i et années suivantes), établit le corridor entre ce palais et celui des Pitti, embellit la cour et les appartements du Palais Vieux.
Depuis les temps de Cosme, Père de la Patrie, les Médicis avaient constaté que, vis-à-vis d'une race aussi artiste que les Italiens, nulle propagande ne valait celle qui se fait au moyen d'œuvres d'art. Le pape Clément VII avait fait commencer, dans l'abbaye du Mont-Cassin, l'érection d'un mausolée en l'honneur du malheureux Pierre de Médicis : Cosme tint à honneur de faire achever ce témoignage de la magnificence des siens et de leur attachement aux souvenirs de famille.
Dans le domaine de la sculpture, Florence doit à Cosme le Persée de Cellini, la fontaine monumentale de Neptune, par Ammanati, des groupes, des statues, des bas-reliefs sans nombre, signés des noms de Tribolo, de Jean Bologne, pour ne point parler des malencontreuses productions de son favori Bandinelli.
Vis-à-vis de la peinture, Cosme manqua d'inspirations généreuses. Au lieu d'appeler de Venise un des coryphées de cette Ecole, la seule qui eût conservé de la vitalité, il se contenta de recourir aux médiocrités qui pullulaient autour de lui, les Salviati, les Bronzino (je ne parle que des peintures d'histoire de ce maître, non de ses portraits), les Vasari.
Le souverain de la Toscane fit preuve d'une plus grande sûreté de diagnostic à l'égard des petits arts. Il employa le célèbre miniaturiste Giulio Clovio, l'habile graveur en pierres dures Giovani Antonio de'Rossi de Milan. Il mérita surtout bien des arts décoratifs par la fondation de la' manufacture de tapisseries qui, dirigée au début par les Flamands Jean Rost et Nicolas Karcher, porta au loin, pendant près de deux siècles, la réputation des tapissiers, des « arazzieri », florentins. L'atelier de faïences de Caffagiuolo ne cessa, de son côté, de mettre au jour ses belles majoliques, dans lesquelles dominent les fonds bleu-lapis.
Une série de fêtes splendides, depuis celles de son mariage avec Eléonore de Tolède (i539) ou du mariage de son fils François avec Jeanne d'Autriche (i565) jusqu'aux funérailles de Michel-Ange (i56q), ajoutèrent encore à l'éclat de ce règne.
FLORENCE ET LES MÉDICIS
Ce qui achève de prouver combien en Cosme l'organisateur ' était supérieur à l'homme de goût, ce sont ses efforts pour fonder à Florence des collections d'antiques, de tableaux de maîtres, de portraits, etc. Embarrassé lorsqu'il s'agissait de distinguer entre les artistes vivants, dont le temps n'avait pas encore sanctionné le talent, il déployait en toute liberté ses rares capacités lorsqu'il s'agissait de réunir des œuvres d'art anciennes, consacrées par le suffrage de la postérité. Dans ce domaine, il rendit des services véritablement signalés et mérita d'être proclamé le créateur des musées florentins 2.
Même chez les plus ambitieux et les plus énergiques de ces potentats de la Renaissance, tout sentiment généreux n'était pas éteint. Prenant exemple sur Charles- Quint, Cosme de Médicis, à peine
1. Rappelons entre autres la fondation de l'ordre des chevaliers de Saint-Etienne, chargés de combattre les corsaires levantins; la codification des lois; les grandes fondations littéraires et scientifiques (l'Académie des arts du dessin); la réorganisation des universités de Pise et de Sienne ; l'établissement de l'imprimerie médicéenne, à la tête de laquelle Cosme plaça le célèbre imprimeur Torrentino (f l563), originaire, affirmet-on, de Zwoll en Hollande.
Torrentino rétablit un instant,
au profit de Florence, la suprématie qu'une famille florentine émigrée, les Aide, avait assurée à Venise : 224 ouvrages, remarquables par leur exécution typographique, sortirent de ses presses. La « Fonderia » des Médicis, c'est-à-dire le laboratoire où l'on préparait les médicaments les plus énergiques, les parfums les plus voluptueux, en même temps que les poisons les plus subtils, s'enorgueillit également d'une réputation européenne. (Voy. l'Osservatore fiorentino, t. VI.)
2. Sur cette partie de l'œuvre de Cosme, voy. Pelli, Saggio istorico délia Real Galleria Ji 1-ïreii-e (t. I, p. 68 et suiv. Florence, 1770), Gotti, h Gallerie di Firen^e (Florence, 1872), ainsi que le mémoire que j'ai communiqué à l'Académie des Inscriptions dans les séances des 2 juin et 12 juillet 1893.
Pilier en stuc.
Exécuté en i565 à l'occasion du mariage de François de Médicis.
(Cour du Palais Vieux de Florence.)
E. Muntz. — m. Italie. La Fin de la Renaissance.