‹ Histoire de l'art roumain ancienChapitre 10 sur 207 · CI. Dräghiceanu · texte numérisé non relu

CI. Dräghiceanu

Agrafe d’or trouvée dans les tombeaux de l’Église Princière d’Arges.

C’est sans doute — Alexandre étant enterré à Câämpulung — le corps de son père Basarab, dont la mort, dans cette ville de Câämpulung cependant, est consignée dans une inscription slavone sur l’enduit frais: 1352.

Puis, tout à côté, les restes d’une femme, d’un enfant, ayant gardé quelques boutons en or aux lettres gothiques. Six autres tombeaux se rangent en face du jubé, portant des restes d'inscriptions slavones sur pierre, des fragments d’aigrettes en argent, de diadèmes en fil d’or, des boutons encore, une bague, une agrafe, des écailles de cuirasse, des débris d’étoffe à la fleur de lis tissue de perles. Plus au fond, sous la coupole, dans deux grands tombeaux, une bague à deux lions et à l'inscription allemande et slavone, une troisième agrafe, représentant un chevalier, un bracelet portant deux ons, une boucle d'oreille en or et en perles. Une dernière tombe contient seulement les restes d’un diadème.

On a discuté sur le caractère artistique de ces bijoux et surtout au sujet de la grande

agrafe en or. M. Camille Enlart a cru tout d’abord y reconnaître le système de travail et la

distinction de lignes des orfèvres français travaillant au XIV* siècle pour Charles V, roi de

France. Comme, à cette époque, les Angevins portaient la couronne de Hongrie, exerçant une

influence puissante sur tous les domaines de la vie publique dans les pays roumains voisins,

ceci cadrerait avec le premier caractère cultural de cette Valachie, consolidée sous Basarab

et ses successeurs. Un examen plus attentif a fait mettre en doute, par M. Enlart lui-même,

cette hypothèse. M. G. Brätianu, tenant compte de l’école d’orfèvrerie saxonne en Transyl-

Monastère de Nicopolis.

vanie, qui travaillait aussi

pour l'étranger — nous par-

lerons bientôt des cloches.

fondues à Hermannstadt- Sibiu — croit plutôt qu'il s'agit d’un travail allemand, d'une qualité inférieure.

L'inscription slavone sur une seule de ces bagues montre qu'il y avait une influence, bien que peu 1importante, de l’orfèvrerie balcanique, plutôt dalmate,dans cette ville déjà luxueuse, des premiers princes de « tout le pays roumain » (1).

On sait que, vers 1370, Vladislav ou Vlaicu, fils d'Alexandre et probablement d’une princesse bosniaque, arriva à s'installer

pour quelques années à Ni-

copolis sur la rive droite du

Danube. On y voit encore

une église à une seule nef,

sans embranchements laté-

raux et sans les deux com-

partiments qui flanquent

autel; une belle petite tour

surmonte le cube central de

la bâtisse, et jadis 1l y avait

encore deux petites tours

au-dessus d’un narthex à deux étages. Il y a un élément d'originalité dans la manière dont

la tour s'appuie sur des arcs légèrement brisés. L'édifice est en briques mêlées de moellons en

gangue de ciment ou en pierre nette; le tout d’un assez beau travail. Les lignes en arcatures

1. Voy. G. J: Brätianu, dans la Revista Istorica, VI, n°% 7 et 0; Revue archéologique, année 10921; Aurel Savela, Descoperirile istorice' de la Curtea-de-Arges, Bucarest 1921.

sur les côtés ne manquent pas plus que les lignes en dents de scie; enfin on y distingue ces flacons vernissés, d’origine arabe, qui, existant à Véria, à Mésembrie, à Trnovo, à Nagoritschina, à Koukovitché, à Smédérévo et à Gratschanitza, auront un grand avenir en Moldavie (1). M. Bals a relevé des rapports avec les églises de Mésembrie et de Trnovo (2).

À cette influence grecque appartient aussi l'icône de Saint Athanase, non encore repro-

Page 1