Voy. Courrier franco-roumain (Paris), septembre
maître. Wallenstein ne pensa jamais à décorer une église, mais on a des fresques de Leca à l’église de la Vieille Cour de Bucarest (1). Jean Negulici, Georges Tätärescu s'étaient déjà formés sous linfluence de l’ancien art. Bientôt, du reste, la peinture d’église subit un profond changement dans son caractère et ses procédés : les petites scènes multipliées, les milliers de saints dans leur médaillons étaient remplacés par de grandes peintures occidentales, P P g avec un mépris absolu de la tradition et sans avoir pu Jamais lui opposer quelque chose de sérieux. On a cependant de Leca quelques beaux tableaux de ce genre. Jadis, on représentait sur une icêne même des scènes guerrières de 1821, ainsi qu'on peut le voir dans le catalogue de la collection de la Caisse des Écoles, par Virgile Dräghiceanu, où on trouvera aussi d’au-
tres icônes en couleurs. Maintenant on commémorait par la peinture des cérémonies officielles.
III. Sous le règne du prince Stirbey, les premiers boursiers de peinture valaques — car la Moldavie en eut, à Paris, dès avant 1821 — furent envoyés en Occident pour compléter la première génération des peintres laïcs. Il y en avait un à Vienne, Pierre Mateescu, qui avait donné un tableau religieux en 1855, « La fuite en Égypte », et devait se rendre à Florence. Pierre Alexandrescu, qui passa de Rome à Paris, s'essayait à peindre « Les Trois Grâces » et « Atala ». Mais le seul qui devait laisser des traces dans l’histoire de l’art roumain fut Théodore Aman, qui se rendit directement à Paris, d’où il envoyait, en cette année 1855, le premier tableau historique roumain, inspiré par une poésie de Bolintineanu, « La dernière nuit de Michel-le-Brave » (2). (Un Michel-le-Brave à cheval, d’un bel élan, dû au peintre roumain Lapati, établi à Paris, eut les honneurs d’une reproduction dans l’//lustration pendant la guerre de Crimée.)
Déjà, en 1843, ce Georges Tätärescu, neveu d’un peintre d'icônes, avait quitté le pays pour étudier, à Rome, à l’Académie de Saint-Luc; 1l alla plus tard en Russie pour y connaître la nouvelle peinture orientale, qu’il imita dans le sens indiqué plus haut (à la Métropolie de Jassy), tout en donnant des tableaux profanes (« Némésis », « la Madeleine ») et des allégories sur le renouveau, sous l'influence de l'Occident, et surtout de l'Occident français, de la Roumanie. Waïllenstein ou Wahlstein était si enchanté de la reconnaissance de Stirbey par les troupes autrichiennes, en 1854, qu'il fit un tableau sur ce sujet.
Fils d’un marchand de Craiova, d’origine macédonienne, Aman était né à Campulung, en 1828 ou en 1832. Elève de Wallenstein, puis de Leca, qui fonctionnait, vers 1850, à Craiova, il travailla à Paris dans l'atelier de Draling et de Picot (3). Au bout de quelques années, Aman était au courant des procédés techniques dans la peinture à l’huile, dans l’aquarelle, aussi bien que dans l’eau-forte. Pendant de longues années, il fut pour la peinture roumaine ce qu'a été Alecsandri pour la poésie : tout aussi fécond, tout aussi multiple comme inspiration, tout aussi zélé et ayant, par-dessus même du souci de son art, des préoccupations nationales dominantes. Ses quelques portraits, traités d’une manière sobre, resteront; les scènes contemporaines, comme la fête de nuit du Vendredi-Saint autour de la chapelle Stauropoléos, de Bucarest, garderont un intérêt historique permanent; des tableaux, comme celui repré-
sentant le supplice du vieux Brâncoveanu et de ses fils, gravé à Paris par Goupil, ont puis-