Voy. aussi D' C. I. Istrati, 7'*eodor Aman, Bucarest
samment influencé les esprits à son époque par la mise en scène romantique; telle scène de la bataille d’Oltenita, entre Russes et Turcs, a été appréciée à Paris pendant la guerre de Crimée; de petites pièces de genre, ses Tziganes, ses paysans, méritent peut-être plus que les grandes toiles de retenir l’attention. Un précurseur, un maître respecté à l’École des Beaux- Arts, qu’il s’évertua à fonder, un modèle pour les Jeunes qui se formaient vers 1860-1870, il reste, dans son domaine, en première ligne des promoteurs de la nouvelle civilisation roumaine au XIX° siècle.
Mais, si ses sujets sont « nationaux », il n’a pas réussi — parce qu’il ne l’a pas même cherché — à fixer, d’après les principes, plus nouveaux que sa formation artistique, du plein air moderne, la lumière, la couleur, le milieu ambiant de son pays. Il est resté citadin Jjusqu’au bout, le paysan étant pour ce fils de riche marchand annobli plutôt un objet de curiosité pittoresque, un sujet d’étude intéressante. Les anciennes bâtisses elles-mêmes, avec leurs surfaces polychrômes, avec leur patine archaïque se détachant sur le ciel bleu des étés danubiens ou sur les nuages des lourds automnes, ne l’ont pas trop attiré, pas plus que les costumes pailletés d’or de la campagne (1), et, si on a aujourd’hui, dans un domaine ou dans l’autre, des visions lumineuses de choses trop souvent disparues, on le doit à un peintre au nom hongrois, qui était très probablement le descendant d’une famille de nobles Roumains du côté de la Tisa (Theiss), Satmari. On lui doit la reproduction de monuments historiques, comme la Métropolie de Tärgoviste et l’église de Cantacuzène Mägureanu, à Bucarest, qui, malheureusement, n’existent plus dans leur ancienne forme. I] a fixé aussi sur la toile mainte scène de la vie du roi Carol, dont il fut pendant quelque temps le peintre de Cour. Une grande partie de ses belles aquarelles est encore inédite.
À ce moment, un militaire, archéologue passionné, le commandant, puis colonel Papazoglu entreprenait de donner aux nouvelles maisons en style européen toute une riche collection de hthographies historiques, qui eut un très grand succès. Personne n’a pensé plus tard à les remplacer par des compositions plus artistiques, et elles restent inférieures aux travaux du Moldave Balthazar Panaiteanu.
Un fils de paysan transylvain, Hentia (né en 1848), se forma sous les conseils d’Aman: élève de Cabanel à Paris, 1l revint en 1874 à Bucarest pour y donner un tableau de « Psyché », qui fut très remarqué; on lui doit aussi des illustrations concernant la guerre de 1877-1878, mieux connue par le crayon des dessinateurs étrangers qui traversèrent la Rouma-
nie pendant la crise de l’Indépendance.
IV. Mais déjà le pays avait un très grand peintre dans Nicolas Grigorescu.
Celui-ci, qui remplit un demi-siècle de son nom et arracha la consécration de l’étran-. ger, est bien un continuateur de cette tradition locale sans laquelle on ne peut faire dans aucun domaine des œuvres robustes et durables; il est bien un fils de son pays, qu'il a connu dans ses recoins les plus cachés, des, vallées de la Prahova, où il avait fixé sa maison (détruite par les Allemands pendant la guerre), jusque dans les montagnes de Bacäu, où 1l a saisi le type du Juif galicien établi en Moldavie. Si le sens historique lui manque — dans son Escalier de Cäldarusani c'est le pittoresque seul qui l’a séduit —, si la pein-
ture des symboles et des propagandes lui reste étrangère, si l’idéalisme, dans sa forme
I. Voy. cependant sa belle Z'zigane, au Musée Simu, de Bucarest.
saine, aussi bien que dans sa caricature maniérée, est resté loin de lui, humble et splendide interprète des seules choses vues, il les a rendues celles-ci : collines valaques, forêts perdues dans le lointain, sentiers à travers les blés, chars défilant à la sarmate, lentement, comme dans un rêve, à travers un paysage de charme presque irréel, tant 1l est délicat, corolles épanouies, branches d’arbres fleuris qui paraissent avoir à peine été détachées, pour l'éternité, de l'arbre qui les a portées, et surtout ces perpétuels jeux, presque insaisissables, de la lumière roumaine filtrant parmi les rameaux, glissant ses rayons à travers les vagues nuages blancs de la région des collines, jamais foudroyant de sa puissance créatrice la campagne assoupie, car ce serait lui arracher son charme. Et il est, lui, avant tout, le peintre du charme mystérieux.
Il l’est dans les choses, et 1l l’est dans les hommes. Ses caricatures juives de jeunesse à part, ainsi qu'un nombre très réduit de portraits, 1l s’est attaché à rendre le pastourel de la Prahova, le jouvenceau frêle aux vêtements blancs, appuyé sur la houlette, ou bien la pure jeune fille, rose et blanche, dont la chemise flottante et le sarrau qui lui enserre les jambes rehausse la silhouette d’une angélique élégance, lorsque, la main levée, elle file, comme dans l’//zade. Elle rêve à la fontaine, la main appuyée sur l’amphore, comme au temps de Théocnite; elle tient sur l’épaule, d’un geste archaïque, le seau d’eau fraiche puisé à la source, ou bien, assise sur le gazon, elle orne de fils d’or et de soie ses mouchoirs légers. On la voit, dans ces toiles, enlacer avec grâce ses genoux de ses bras en recueillement, s'étendre dans la fraicheur parfumée des fleurs qui lui ressemblent, et surtout regarder, avec des yeux grands, clairs et doux, comme ceux des animaux qu’elle garde d’une parole, d’un geste, d’un sourire.
Il y a de l’Alecsandri, du romantisme enlumineur de la première moitié du siècle; il y a, chez lui aussi, la piété, la religion des ruraux, gardiens des trésors de l’art aussi bien que laboureurs de la glèbe et défenseurs de la liberté de la race. Si l’autre paysan existe aussi, celui des redevances, des comptes éternisés pour l'usure, de l’arbitraire administratif et de l’exploitation par l'étranger, le paysan morne, le paysan alcoolique, le paysan désespéré, le peintre-poète laissera à d’autres, à tel peintre moldave de notre époque, le triste soin de le représenter (1).
Le grand artiste, neveu d’un imagier, né en 1838 à Piuaru (Väcäresti-de-Rästoaca), avait débuté dans l'atelier d’un peintre de Bucarest, ce Tchèque, Chladek, où 1il avait la société d’un frère qui ne s’est pas élevé au-dessus de la technique du métier. Il travailla lui-même à des églises, à Cäldärusani de Mathieu Basarab, à l’Agapia des Läpusneanu, Telle de ses images, qui représente la Fuite en Égypte, avec, à travers les joncs, le bateau d'une forme pareille à ceux qui traversent le lac roumain de Snagov, est un vrai et grand tableau, avec le batelier fellah, Joseph triste, appuyé sur sa gourde, et la douce Vierge allaitant, simple paysanne, malgré l’ange qui, les ailes éployées, les mains étendues, la protèce. Partout le maître travaille d’après la vie : il recueille pour un Saint Jean, beau comme dans la statue de Donatello, ce que la beauté roumaine peut avoir de plus exquis dans la figure d’un adolescent. Un concert des anges, d’un idéalisme supérieur, présente la Vierge
trônant sous les traits d’une des religieuses de ce couvent même d’Agapia; le Pantocrator