Cf. Kozak, ouvr. cité, pp
3. bid., p. 185, note 5. — Description du couvent par Romstorfer, dans les « Mitteilungen der k, k. Central-Commission », XXI, année 1805, p. 25 et suiv,
48 LA MOLDAVIE AVANT LA CRÉATION DE L'ART ROUMAIN SOUS ÉTIENNE-LE-GRAND
Une bâtisse infiniment plus importante, en pur style gothique, fut celle de Notre- Dame de Baia, que des architectes occidentaux, sans doute, bâtirent pour la nouvelle princesse moldave Ryngalla ou Élisabeth, fille du chef lithuanien Keystout et sœur du grandprince Vitold, qui voulait devenir roi de Lithuanie. Elle avait épousé, avec un traité formel qui garantissait l’exercice de sa religion catholique, Alexandre-le-Bon, après la mort de son premier mari, Henri de Mazovie (1). De son église bâtie vers 1410, qui avait cinq autels (2), il ne reste que les pans de murs en pierre portant encore les consoles sur lesquelles s'appuvaient ses nervures gothiques; vers 1840 encore les murs étaient entiers, d’un aspect imposant. |
Un évêché avait été fondé pour les Dominicains à la même époque et dans le même but; l’évêque résidait près d’une seconde église, dédiée à Saints Pierre et Paul et à Sainte Catherine. Comme le mariage polonais d'Alexandre fut dissout en 1421 et comme cet évêché créé spécialement en vue de cette alliance matrimoniale ne tarda pas à déchoir, on laissa s’accomplir l’œuvre de la ruine sur toutes ces fondations catholiques (3).
L’architecte du prince moldave était un Galicien, et feu Jean Bogdan nous a plusieurs fois parlé d’un privilège d'Alexandre à cet auxiliaire artistique appelé pour ses fondations.
Il y avait déjà une Cour moldave, assez nombreuse et’ riche. Sur le cercueil en métal du saint, qui a dû être un travail de l’époque d’Étienne-le-Grand, mais ayant emprunté ses scènes à une œuvre antérieure, on voit Alexandre à la tête de ses boïars, conduisant le corps du saint dans sa nouvelle demeure de Suceava (4). Du reste, cette châsse, de grandes dimensions, d’un très beau travail én repoussé, n’a pas encore été soumise à une étude sous le rapport de l’art. Et on conserve encore dans le trésor du monastère de Putna le cercueil en bois, avéc de délicates sculptures, qui contenait, au XV° siècle, ces reliques vénérées.
De cette époque préliminaire on a, en fait d’ornements d'église, aussi un reste intéressant dans l’épitrachile d'Alexandre, qui, provenant du couvent russe de l’Ancienñe Ladoga, est consérvé aujourd'hui au Musée de Saint-Alexandre Nevski, à Petrograd (5). Il présente le prince vêtu en empereur byzantin, le chapeau des Paléologues sur sa tête; en face, sa femme, Marina, apparentée sans doute à ces derniers, porte un diadème et un large manteau recouvrant une robe de brocart ou de fil d’or; les deux apparaissent comme « autocrates de toute la Moldoviachie et du rivage de la mer » (cette rapabahacsta Correspondant au « primorié », rivage de la mer, et au « podounavié », rivage du Danube, dans le titre des princes serbes). Les portraits sont traités avec une grande science des détails, avec un beau sens des mouvements ct surtout avec le soin des réalités: Alexandre, avec sa figure maigre, de grands yeux surmontés
de longs sourcils, avec ses moustaches tombantes et sa barbe de Christ, tranche nettement