Voy. Die byzantinisch-moldauische Kunst, p. 12 et suiv
lange de pierre taillée ou de moellons; parfois cette brique émaillée est de couleurs différentes : à Saint-Élie, près de Suceava, on voit des assises vertes, bleues, jaunes. Des contreforts soutiennent les murs. De longues arcatures s'étendent sur les bas-côtés de l’église; en haut, une autre série d’arcatures, plus courtes, porte au point de rencontre des demi-cercles de ces flacons émaillés que nous avons rencontrés dans les églises de la Grèce, de la Macédoine. On les voit aussi le long du toit, et sur la tour aussi ils mêlent la variété de leurs tons gais au rouge de la brique (1).
Ils forment une partie très importante de l’ornementation. D'abord par leur couleur rouge, bleue, jaune, brune, verte. Ensuite par les figures qu'ils portent en fort relief : l’emblème du pays (2), le bison, l'étoile entre les cornes, flanqué du soleil et du croissant de la lune, comme dans l'inscription de Cetatea-Albä, parfois accompagnée de figures, se mêle à un animal fantastique, à des sirènes, à un lion aïlé ayant figure humaine couronnée, à des soldats dans l'attitude des archers. Il y a une dizaine de variantes, et, si on regarde les fragments de plaques émaillées qui servaient à orner le château de Suceava, probablement à la même époque, on découvrira aussi d’autres types : des lions, des sangliers, des
aigles d’une belle allure, des arbres en groupe,
des fragments de façade, avec fenêtres gothi-
Cl. M. H.R. ques et fleurons du même style, même de très Type d'église moldave du xXv° siècle (Neamt), ee : db nat belles figures agenouillées devant la croix double,
des femmes portant des fleurs, des guerriers, des rois couronnés, des saintes auréolées, des chevaliers, des aigles.
Une de ces plaques porte même une date: 1555, à ce qu'il paraît. Elles se rattachent aux vases de l’art populaire, qui portent, dans des formules schématiques très délicates, les différents aspects de la nature environnante (3).
On sait par une lettre du prince que la terre de Baia était surtout préférée pour les ouvrages d’émail, et, dans la même région, on travaillait, au XIX° siècle encore, de ces vases d’une belle allure.
Certains des dessins ornant cette poterie, des lignes blanches en pointillé, se retrouvent aussi sur les ornements des œufs de Pâques, qui reproduisent d’une manière schématisée les feuilles de différents arbres, les « œ1ls-de-bœuf », etc., qui se conservent encore. Dans les tissus aussi, la figure schématique joue un très grand rôle.
Entre cet art d’Étienne-le-Grand et l’art populaire, 1l y a sans doute des points communs, même sans compter ces disques multicolores dont les sujets se rattachent peut-être aussi
au cycle des contes venues de l’Orient et acclimatés chez les Roumains. La base de pierre, dépas-
1. Voyez les dessins dans l’étude de M. Bals. 2. Romstorfer-Läpôdatu, Cetatea Sucevei, planches. 3. bia.
sant en avant la ligne des murs, correspond à la prispa, au remblai qui entoure la maison du paysan, sur lequel il s’assied pour les longues conversations du soir pendant l’été à la clarté de la lune et des étoiles et qui lui sert aussi de lit pendant la saison chaude. Le toit de bardeaux, duquel surgit la tour comme une fleur au milieu des feuilles qui la protègent, se
modèle d’après les lignes de la construction comme dans la maison traditionnelle.
Les pierres tombales sont d’une grande beauté, dans le style roman de la première Renaissance: au milieu, des feuilles d’acanthe se déroulent, ou bien des reproductions fantastiques de feuillages bizarres, d’un pittoresque délicat. Tout autour, l'inscription cyrilienne, en lettres de caractère gothique, est toujours particulièrement soignée. Le bord est ourlé d’une série de menus ornements schématiques (1).
Sur la pierre qui recouvre les corps de Bogdan et de Pierre, fils d'Étienne, le registre est partagé en trois, avec un compartiment plus petit au milieu. Celui de droite porte, au milieu, des feuilles terminées par des fleurs, le bœuf moldave au long cou comme à Cetatea-AIbä, une couronne fermée (ou bien un bouclier?) au-dessus et, paraît-il, un papillon comme symbole de limmortalité. Sur le tombeau de Marie, fille du « beau » Radu, le prince vaincu de Valachie, les lignes sévères de l’acanthe sont aussi remplacées par des traits plus fins, et des fleurs apparaissent au milieu de ce fouillis à la mode orientale. Un autre, celui de Marie, femme d'Étienne, descendante des Comnènes de Crimée, établis à Mangoup, porte, à la place des roses et des tulipes qu’on voit dans la première, de petites fleurs quadrilobées.
Comme un fait curieux ajoutons qu’une de ces pierres a été transformée pour couvrir les restes du Métropolite Jacob, qui, à la moitié du XVII* siècle, s’occupa de réparer le monastère depuis longtemps négligé par les princes phanariotes: l'inscription a été remplacée par une autre, qui commémore ce nouveau fondateur, et on a introduit les insignes de la Métropolie audessus des belles feuilles d’acanthe du XV° siècle (2).
Tous ces tombeaux se trouvent à Putna. À Rädäuti, où Étienne transforma l’ancienne église-nécropole, toute une série de pierres, s'appuyant sur un support de mur bas ou sur les dalles elles-mêmes, commémorent ces ancêtres.
Les caractères de la sculpture, généralement contemporaine à ceux des tombeaux de Putna, qui datent du XV° siècle, sont les mêmes que dans ceux-ci, à l'exception des pierres recouvrant les restes des deux Marie. Mais on voit aussi, sur le tombeau d’Étienne I*, de grandes rosettes d’un style plus libre, et sur celui d’Anastasie, fille de Latcu, un ornement fait de courtes lignes brisées autour de deux grands fleurons.
Sur le tombeau de Bogdan, le premier de la série, l’artiste a mis son nom: « Ce tombeau a été fait par westr Ian ». Aussi bien la forme de l’épithète que celle du nom désignent sans aucun doute un Tchèque. M. Kozak, dont nous adoptons l'opinion, rappelle les colonies de Hussites qui, vers la fin du règne d’Alexandre-le-Bon, s'établirent en Moldavie, allant jusqu’au Dniester, mais c'étaient des Hussites hongrois, qui rédigèrent dans le pays, à Trotus, leurs traduction des livres saints (3).