Andriesescu, publ. cit., p
5. Sur la différence entre ces tapis et ceux de Perse voy. Corneli@ Gurlitt, Xonstantinopel, nouvelle édition, Leipzig, Kurt Wolff, pp. 89-90.
6 Sur les fouilles de Cucuteni (les objets trouvés ont été portés, en partie, à Berlin), voy. le même Pulletin, III, p. 195; IV, p. 106.
3) L'art hellénique a été sans doute cultivé sur les rivages de la Mer Noire, où florissaient Histria aux bouches du Danube, Kallatis la dorienne, Tomis l’ionienne, sur l’emplacement des villes actuelles de Constantza et de Mangalia. Il a influencé sur l’art — dû probablement aux mêmes mains — des Scythes établis dans cette Scythie Mineure, qui est la Dobrogea actuelle. On en a conservé des monnaies aux têtes barbues et probablement, malgré une inscription germanique venant des Goths du XIV° siècle (1), il faut attribuer la même provenance à ces vases d’or, assez discrètement ouvragés, qui ont été trouvés à Pietroasa, dans le district de Buzäu ; des pierres précieuses y sont incrustées d’une manière originale. On a de plus de belles inscriptions sur marbre, des colonnes, des restes d’édifices, des monnaies portant l'effigie des dioscures (Tomis) ou l’aigle marine tenant dans
son bec un dauphin (Histria).
4) Mais l’art qui présente des restes plus nombreux et plus importants, est l’art romain, transplanté dans ces régions d'Orient surtout par la conquête de Trajan, au commencement du 11° siècle et qui s’est maintenu au moins jusqu’à la moitié du 11!°, pour être, du reste, après l'établissement des Goths comme fédérés, restauré sur toute la rive gauche et dans la Dobrogea entière à chaque reconquête romano-byzantine, sous Constantin-le-Grand et ses fils, sous Maurice, sous Justinien et, dans une forme modifiée, sous les Comnènes du XI° et du xII° siècles.
Les ruines de Tierna, à l'endroit où on passait le Danube, du côté de l'actuel Banat, ont presque disparu. Du grand port de Trajan, bâti par l'architecte grec d'Asie, Apollodore le Damascène, il subsiste aujourd’hui seulement les deux puissants murs de base, sur la rive serbe et sur la rive roumaine; lorsque les eaux sont très basses, on distingue cependant des restes d’autres piliers. Dans le voisinage immédiat de la tête de pont romaine, le camp de Drubetis, premier point d'appui de la domination romaine en Dacie, présente encore, visiblement, un peu des éléments qui devaient le composer (2). Puis, bien que l’on eût limité la Dacie de Trajan au territoire sis à l’ouest de l’Olt, des briques romaines ont été trouvées sur la rive roumaine en plusieurs endroits, en face de l’embouchure de l’Yantra et à Giurgiu.
La conquête a avancé par la vallée de l'Olt, mais, jusqu'aux Alpes de Transylvanie, malgré la présence de l’ancienne voie partant d’Islaz et de Celeiu, les deux branches se réunissant à Resca-Antina (Romula), rien ne vient rappeler aujourd’hui le souvenir des légions romaines à l’exception de ces ruines de Romula, dans le district actuel de Romanati.
Plus loin, avec Durostorum (Silistrie) sur la rive droite, on a des ruines antiques à Axiopolis, la celtique, à Carsum, dont le nom s’est peut-être conservé dans la Hârsova ou Häârsova actuelle, à Troesmis (Iglita), à Dinogetia, à Arrubium (en facé de Mäcin), localités détruites par les barbares du VI° siècle, qui n’ont pas encore été explorées. Plus loin, le Noviodunum des mêmes Celtes danubiens (sur l'emplacement d’Isaccea) commandait le point
où se séparent les trois bras du fleuve. Celui de Saint-Georges, qui est probablement l’Hiéron
1. Voy. Odobescu, Trésor de Pietroasa (Paris, 1885), et l’étude de M. Soutzo sur les « Trésors » de Turnu-Mägurele et du Maramuräs (Marmaros), dans la Xevista pentru istorie, archeologie si filologie, I, p. 1 et suiv., 282 et suiv.
2. Voy. le Bulletin cité, IT, p. 85 et suiv.;p. 114; III, p. 29 et suiv.; V, p. 87; 9. 139 et suiv.
Stoma, présentait les cités d'Halmyris (près du lac Raselm), de Salsovia, d’Aegissos (près de Tulcea), les trois principales, et les citadelles de Salmoruda et de Platypegae. Histria, dans la région des lacs orientaux, à Cara-Nassouf, élevait ses quais de pierre au-dessus des ondes de la mer, au point où cette branche danubienne se versait dans le Pont-Euxin. Des châteaux étaient disséminés le long de toutes les petites vallées étroites de cette Scythia Minor, occupée officiellement bien avant l’expédition de Trajan, qui fut commémorée sur cette terre scytho-hellénique, à Tropaion, par un monument d’un caractère tout particulier,
dont 1l sera question plus loin.
Cette région de plus ancienne colonisation se rattachait à lartère principale de la Dacie par une voie qui, partant du Danube inférieur, passait sur la rive gauche près de Galatz, remontait le Séreth jusqu’au castrum de Poiana, pour se diriger vers le défilé de l'Oituz, dans les Carpathes, et prendre la direction de l'Ouest jusqu'à Apulum. Sur toute cette ligne, la Moldavie méridionale offre des restes de l’art provincial, assez rude, qui était
cultivé jusqu’à l’époque byzantine dans la Scythie Mineure (1).
En Transylvanie, la cité de Décébale, le roi dace vaincu, cité pour la construction et la fortifñication de laquelle avaient été employés, certainement, des architectes romains, était devenue l’Ulpia Trajana du conquérant, le nom des « Sarmizagethusienses » restant accouplé au nouveau titre romain. On voit encore dans le cirque de montagne de Hateg des pans de murs, des monceaux de pierre, qui en montrent l'emplacement. On a retiré de terre une assez belle mosaique et quelques fragments de statues; dans les maisons du village de Grädiste, sont encastrées des pierres ornées; dans le voisinage, l’église du village de Dänsus est faite en entier des matériaux empruntés à l’ancienne capitale des « trois Dacies ». Mais c'est tout ce qui reste d’une? ville florissante, ayant ses basiliques, ses théâtres, des bains,
ainsi que de riches maisons de colons.
On n’a pas retiré davantage des ruines des autres villes romaines dont la série s’élevait Jusqu'au cours du Somes (Szamos) : Ampelum près d’Alba-lulia (Gyula-Fehérvär), Napoca (Cluj), Turda (Torda), Porolissum, sur l'emplacement de laquelle s’éleva ensuite le château slave de Moïgrade, de même qu'un Belgrade transylvain se trouve là où avait
existé Ampelum.
Dans la Dobrogea, on a fait plus récemment, sous la domination roumaine, par les soins de Grégoire G. Tocilescu et de M. B. Pârvan, des fouilles plus soignées : à Tomi, à Tropaeum, où s'élevait le « trophée de Trajan », une lourd bâtisse destinée à commémorer, sur ce territoire de la Scythie Mineure, la victoire sur les Daces (2), à Ulmetum, à Histria. On a découvert des enceintes de murs, souvent refaites contre les barbares qui se succédaient, des basiliques, des viae principales, des portiques. Kallatis et Tomi elle-même, ainsi que les villes sises
sur la rive droite du Danube, attendent leur heure.
Cet art est en grande partie d'importation. Mais sur le « trophée » déjà les figures exactes,
1. Pârvan, dans le Pulletin de la commission des monuments historiques de Roumanie, NV, p. 122 (nous citerons désormais simplement : « Bulletin »).
2. Pour la controverse voy. notre Geschichte des rumänischen Volkes, 1, p. 0. Cf. le Bulletin, IV, pp. 192-193.
mais rudes, des barbares, appartenant visiblement à une autre race que celle des Daco-Gètes, les vêtements et les armes scrupuleusement rendus, les ornements esquissés d’une main malhabile montrent un art provincial dont cette Scythie Mineure était le siège. Certaines statues sont sans doute de fabrication locale. Dans la céramique commerciale, des joujoux naïfs (1) viennent des mains de ces mêmes ouvriers, et Dumont croyait pouvoir admettre même une
céramique spéciale qui se serait développée sur les bords de la Mer Noire (2).
Avec l'invasion de la Scythie Mineure par les barbares du 1° siècle, l’école d’art provincial disparut. Les empereurs byzantins qui, à cette époque et plus tard, s’occupèrent à restituer l’autorité romaine dans cette région et sur toute la rive gauche du Danube, employèrent sans doute des ouvriers appartenant à d’autres provinces. Ce qu'on pourrait leur attribuer à Troesmis, Ulmetum, Tropaeum, avec les grosses murailles de 2 m. 60 à 4 mètres d’épaisseur et les tours rapprochées, a un caractère lourd et monotone (3). On a recueilli cependant à lropaeum, qui avait une large basilique en marbre et trois autres, d’une construction com-
mune, d'assez solides chapiteaux à feuilles d'acanthe (4).
Ces châteaux de frontière ont été totalement détruits pour la plupart, et des fouilles n'ont pas encore été entreprises pour faire surgir les restes des édifices que mentionne d’une manière si précise l’ouvrage de Procope sur les bâtisses de l’empereur Justinien. On peut considérer cependant, malgré tout ce qui a été ajouté plus tard par les Génois et même par les Moldaves, la puissante forteresse bâtie sur l'emplacement de l’ancienne Tyras: Maurokastron, devenu Maokastro, Moncastro pour ses nouveaux maîtres italiens (en roumain Cetatea-Albä, en slave Bialograd, en turc Akkerman), comme représentant le type plus puissant et d’un plus bel aspect de ces constructions. Entourée de fossés profonds, elle présente une haute muraille en pierre — pas en brique — flanquée de tours rondes; malheureusement, l’intérieur est trop dégradé pour qu'on puisse parler de l’ornementation, surtout de la plus ancienne (5). Une description technique plus détaillée n’a jamais été donnée. Un pareil château devait exister aussi sur la bouche de Soulina, près de la place où elle se verse dans la mer, car Constantin le Porphyrogénète le mentionne à côté de la « citadelle blanche », l’Aspron des premiers informa-
teurs byzantins, sis sur le liman du Dniester, ce futur Moncastro des Italiens (6).
Les édifices en pierre disparaissent de ces régions dès le VHI° siècle. Les constructeurs et les artistes byzantins travaillent désormais seulement pour les palais et les églises — de Pliska, puis de Preslav — des princes bulgares, qui, dominant une population de Slaves mêlés à l’ancien fond ethnique traco-romain, devaient s’arroger bientôt le titre impérial, avec la tendance vers Constantinople, le seul siège légitime de l'Empire en Orient romain. Cependant, au xI° siècle, les Comnènes, restaurateurs de la puissance byzantine presque ruinée,
combattaient à Silistrie contre un prince indigène, Tatul, qui avait des voisins dans d’autres