CI. M. H. R
Château de Cetatea-Albä (2).
terre moldave, aux aptitudes de la race, amoureuse de la couleur, mais capable d'orienter son
penchant d’après les règles d’un goût discret, et enfin au caractère géographique d’une région
qui attirait en même temps les influences de l'Orient (1) et de l'Occident (2). Le prince dont
les bâtisses s’étendaient de la Chalcidique aux forêts des Carpathes galiciens et des vallées
de la Transylvanie centrale aux rochers du Dmiester et aux rivages de la Mer Noire méritait
sous ce rapport aussi le surnom de Grand qui lui fut donné par ses contemporains eux- À
mêmes.
1. Les églises arméniennes de Jassy, Suceava, Botosani, Roman sont anciennes, mais elles ne représentent pas un type différent : celle de Roman possède un manuscrit religieux du XIV® siècle.
2. Des signes d’artisans polonais sur les pierres de Päpäuti, Bulletin, VIII, p. 93. — Une cloche de 1496-1407, de provenance occidentale, dans nos Z#scriptii, I, p. 201.
I. Cet art moldave, qui s’étendait aussi loin que la piété généreuse du héros moldave, ne conquit pas cependant d’un coup la Valachie.
Dans cette seconde principauté roumaine, plus ancienne, tombée déjà profondément dans la dépendance des Turcs, il y eut, aussitôt qu’un ordre dynastique s’y fut rétabli sous lPancien moine Vlad, une émulation bien naturelle. On y faisait venir, sous Basarab-le- Jeune, des artisans saxons pour « bâtir un monastère » (1), mais on ne s’arrêtait pas à un seul type, glanant tour à tour, d’après le hasard des contacts accidentels, des éléments empruntés à cet Occident transylvain, arrêté dans son développement par la faiblesse des moyens matériels, à l'Orient serbe et byzantin et en même temps à Raguse aussi, mais plutôt à Venise, où les ambassadeurs valaques, moins fréquents que ceux de la Moldavie, apparaissent de temps en temps dès les premières années de ce XVI° siècle qui vient de s'ouvrir (2).
Radu, fils de Vlad, se distingua par une piété qui surpassa celle de son père, et il mérita d’être pour les moines « le Grand ». Comme Étienne avait bâti dans les Balcans, il voulut rivaliser avec lui sur ce terrain. Au Mont-Athos, il rebâtit le couvent de Coutloumous, qu'on appelait à cette époque « le Coutloumous de Chariton, qui est le couvent roumain ». Ce travail fut fait « dès les fondements », et Radu figure, à côté de Mircea l’Ancien, parmi les grands bienfaiteurs du monastère (3).
En Serbie, en Bulgarie même, on a retrouvé de ses traces. Dans la Craina, à Lapouchnia, se conservent encore les restes d’une église à absides latérales, ayant au fond, des deux côtés du sanctuaire, deux niches saillantes pour la prothèse et le diakonikon ; la tour est lourde et basse, de caractère byzantin; quelques ornements en brique, des disques en pierre portant des étoiles, des lignes entrelacées, comme l’art serbe les connaissait déjà depuis longtemps. Radu y est représenté couronné: un Jeune prince à barbe courte; et l'inscription, qui n’est pas sculptée, mais simplement « écrite » par le peintre, témoigne que l'édifice est dû, en 1500-1501, au Voévode valaque et à son burgrave d’Arges, Gherghina; la peinture fut ajoutée une dizaine d'années plus tard, par un cnèze serbe, Bozoïé, et sa famille (4). On signale aussi à l’intérieur de la Serbie une autre église de Radu, datant de 1510, qui porte de belles ornementations (5).
Dans le monastère de Krémikovski, en Bulgarie, monastère détruit, à ce qu'il paraït, il y avait des fresques, transportées aujourd’hui au Musée de Soña, qui représentent Drägana et Todor, fils de Radu Voévode, morts en août 1492; à ce moment, Radu n’était pas encore
prince et on ignore par quel accident il se trouvait avec sa famille au-delà du Danube (6).
1. J. Bogdan, Documente privitoare la relafiile Tärii-Romäânesti cu Brasovul, I, Bucarest 1905, P. 177:
2. Schafarik, Acta archivii veneti, pp. 619-620; Hurmuzaki, VIII, p. 45, n° LV; Archiva soc. stiintifice si Literare din Iasi, IX, p. 66 et suiv. — Ambassades moldaves en 1501, 1502 et 1506. Ambassades valaques en 1517.
Bulletin de la section historique de l’Académie Roumaine, XI, pp. 176-177. G. Bals, dans le Bulletin, IV, p. 194 et suiv.