‹ Histoire de l'Asie centrale, publ., tr. et annotéChapitre 10 sur 29 · CHAH MAHMOUD, FILS DE TIMOUR CHAH · texte numérisé non relu

CHAH MAHMOUD, FILS DE TIMOUR CHAH

Légende de son sceau : « Mahmoud est le successeur du roi du monde. »

Légende de ses monnaies: « Mahmoud Chah, maître delà terre, semblable à Darius, a frappé le coin de sa monnaie sur l'argent et Tor, depuis la région du poisson (qui supporte la terre) jusqu'à celle de la lune. »

Lorsque Zéman Chah eut enlevé Hérât à Mahmoud Chah, ce dernier, au moment de la prière de la nuit, partit pour la Perse par la route de l'Iraq, avec son frère le prince Firouz oud Din, le fils de celui-ci le prince Qâssem, son propre fils le prince Kâmrân et ses conseillers privés. Leur suite se composait d'une centaine de cavaliers. Ils se rendirent par Terchiz et Yezd, à Kâchân, auprès de Feth Aly Chah, roi de Perse qui accueillit le prince avec les honneurs qui lui étaient dus ; un mihmândâr fut désigné pour veiller à son entretien et le chah lui témoigna toutes ses sympathies. Le prince Mahmoud séjourna quelque temps dans cette ville (1).

(1) Riza Qouly Khan dans le FihHs oui Tewarikfi donne un résumé de la leltre que Mahmoud écrivit à Feth Aly Gbâh pour solliciter un bon accueil. Le chAh envoya à la rencontre de Mahmoud et do Firouz, Ismayl Aga Mekry l'un de ses chambellans. Les princes fugitifs arrivèrent à Téhéran, le 28 ramazan de Tannée 1212 de l'hégyro (1797). Tchiragh Aly Khan Nevay fut attaché

Le chah de Perse ayant envoyé une armée àMechhed(l), dans le Khorassan, pour soutenir la cause de Mahmoud, Zéman Chah partit de Kaboul pour Hérât dans le dessein de repousser cette attaque ; Chah Mourad, vâli de Boukhara, par dévouement à la vraie foi et par conformité d'opinions religieuses, se rendit également de Boukhara à Merv. Feth Aly Chah, voyant en face de lui deux ennemis puissants, s'aperçut qu'il était tombé dans le piège du malheur. Il se repentit de sa démarche et chercha à faire la paix. Tout à coup, le vézir de Zéman Chah envoya des présents, et demanda à conclure un arrangement. Le chah de Perse le désirait et on tomba bientôt d'accord. Feth Aly Chah dit au prince Mahmoud : « On ne peut, à cause de vous, combattre deux souverains à la fois ; Dieu seul sait ce qui arrivera de bien ou de mal. D'ailleurs, Timour Chah a laissé trente-six fils ; quel est celui dont on doit soutenir les droits? Soyez le bienvenu; vous êtes notre hôte. » Il lui assigna une pension annuelle de trente mille toumans (2), et il retourna de Mechhed à Téhéran; le prince Mahmoud établit sa résidence à Kâchân.

Quelque temps après, Feth Aly Chah envoya de nouveau dans le Qouhistan l'ordre de soutenir le prince qui se rendit dans cette province : il rassembla une armée

à leur personne : au bout d'un mois de séjour à Téhéran, ils reçurent Tordre de se rendre à Kâchân et le gouverneur de la ville Essed oullah Khan fut désigné pour être leur mihmândâr. Mirza Abd our Rezzaq donne les mômes détails dans son histoire de Feth Aly Chah [Meadri Sulthaniéh, édit. de Tauriz, 1241 (1825), page 31.

(2) Au commencement du siècle le touman valait douze francs de notre monnaie.

d'environ quatre mille hommes, et il marcha sur Hérât. C'était l'époque de la foire ; il assiégea la ville. Le gouverneur Zéman Khan la défendit vigoureusement et la conserva. Le siège durait depuis deux mois, lorsque Abd oui Djebbâr l'un des émirs du prince Mahmoud déserta et entra dans la ville ; cette défection accrut le courage des assiégés et porta le trouble dans l'armée du prince ; la crainte s'empara de l'esprit de ses soldats. Un matin, la garnison, sous les ordres de Qilidj Khan et de Zéman Khan fit une sortie ; elle attaqua l'ennemi et combattit victorieusement ; l'armée du prince Mahmoud fut mise en déroute et le plus grand nombre de ses soldats fait prisonnier ou tué. Le prince prit la fuite et s'égara pendant la nuit; au matin, il se trouva sur la route de Boukhara : n'osant revenir en Perse, il se dirigea vers cette ville et entra à Merv dont le gouverneur, nommé par Chah Mourad, le traita avec considération et fit parvenir à ioukhara la nouvelle de son arrivée. L'émir Chah Mourad envoya un officier pour le recevoir, et lui fit faire à Boukhara une entrée solennelle.

Celui qui a tracé ces lignes, Abd oui Kérim, accompagnait le prince qui fut logé dans le quartier de Aq Mesdjed, sur la chaussée de Boukhara. Quarante hommes avaient suivi Mahmoud ; il lui fut alloué une indemnité de quatre tillâs par jour. (Quatre tillâs valent quatre-vingts piastres de Constantinople.) Quelque temps après son arrivée, le prince Mahmoud se rendit la nuit chez Chah Mourad Beg, et eut une entrevue avec lui ; Chah Mourad lui prodigua des consolations et le rassura; le prince séjourna huit mois à Boukhara.

Lorsque Mahmoud s'était rendu dans le Qouhistan avec

l'intention de s'emparer de Hérât, il avait laissé son frère le prince F'irouz oud Din à Yezd près de Kâchân, avec le prince Kamran ; Firouz , désirant visiter le sanctuaire de la Mecque, se rendit à Ispahan et de là à Bagdad auprès de Suléïman Pacha. Celui-ci lui témoigna beaucoup de considération, et le fit conduire avec les plus grands honneurs à Damas, dont le gouverneur le traita selon toutes les règles de l'hospitalité ; de là il se rendit à la Mecque la vénérée, et h son retour, il se fixa à Yezd.

Au bout de huit mois de séjour à Boukhara, Mahmoud s'aperçut qu'il n'y avait à attendre de la part de Chah Mourad ni secours ni commisération ; Chah Mourad le remettant de jour en jour, il se convainquit qu'il ne fallait espérer aucune aide ; le prince demanda donc à la fin la permission ■ de partir : « J ai renoncé, dit-il, à toute prétention à la souveraineté ; j'ai l'intention de faire le pèlerinage de la Mecque ; je désire qu'il me soit pejpiis d'aller en Russie par la route du Kharezm, et de là à Constantînople et à la Mecque. » Après de nombreuses sollicitations, comme il était impossible de rejeter sa demande, la permission lui en fut accordée. Le prince sollicita de Chah Mourad, pour les frais de son voyage, mille tillâs ; celui-ci se borna à lui accorder quelques chevaux de charge et cent tillâs.

On prétend que le prince Mahmoud, après la mort de son père et lorsque Zéman Chah s'empara de la couronne, avait envoyé une "fois à Chah Mourad Beg, dans l'espoir d'en être secouru et d'obtenir sa protection, un éléphant et cent châles de Kachmir ; une seconde fois seize mille lingots de plomb ; une autre fois, il lui envoya des châles, des tapis et deux sabres ; mais lorsque enfin la fortune du

prince périclita, Chah Mourad ne lui donna aucun secours, et cessa de le traiter avec amitié et considération. Quoi qu'il en soit, le châhzadeh Mahmoud se hâta de sortir de Boukhara; il gagna sans s'arrêter nulle part Khiva, capitale du Kharezm, et il se rendit auprès de Yvaz Beg Inâq (1) ; celui-ci vint à sa rencontre jusqu'en dehors de la ville ; il fit préparer une habitation digne d'un tel hôte, le traita" d'une façon flatteuse et bienveillante ; il considéra la venue du prince comme un sujet d'honneur pour lui. Il lui assigna une pension de cent vingt piastres, outre les rations de fourrages, d'orge et de fruits qu'il lui fournissait ; tous les jours il se rendait à la demeure du prince, et s'entretenait avec lui.

La nouvelle de l'arrivée de Mahmoud à Boukhara étant parvenue à Kaboul, le vézir Rahmet oullah Khan désigna aussitôt un ambassadeur qu'il dépêcha auprès de Chah Mourad Beg ; la lettre dont il était chargé, du moins à ce que nous avons appris, était rédigée en ces termes : « Quand la première fois la fortune fut défavorable au châhzadeh Mahmoud, il se réfugia auprès du roi de Perse, qui lui donna une armée. Par un effet de la destinée, nous nous trouvions à cette époque, le roi et moi, à Lahore : le sort des armes nous était favorable et nous avions l'intention de nous rendre à Djihan Abâd, lorsque tout à coup nous fumes informés que le châhzadeh Mahmoud était venu attaquer Hérât, avec l'aide des Persans ; l'union et une amitié sincère étant la base des relations entre le gouvernement de Zéman Chah et le vôtre, les deux Etats n'en font qu'un.

(1) Yvaz Beg Inâq était le père de Iltouzer Khan dont il sera question dans le chapitre qui a trait à l'histoire de Khiva.

Envoyez donc le chàhzadeh Mahmoud à Kaboul, et pendant le règne de Zéman Chah, il vous sera payé par an soixante bourses fournies par le trésor ; si vous ne l'envoyez pas à Kaboul, mais, si vous le gardez en prison à Boukhara, vous recevrez néanmoins la même somme. »

Le prince Mahmoud avait été instruit de ces propositions avant liarrivée de l'ambassadeur à Boukhara ; il avait donc insisté nuit et jour jusqu'à ce qu'il eût obtenu la permission de s'éloigner et il s'était dirigé vers leKharezm. Deux jours après son départ, arriva l'envoyé de Kaboul : Chah Mourad Beg, après avoir lu le message qui lui était adressé, se repentit d'avoir laissé partir Mahmoud. Il envoya en toute hâte sur ses traces cinquante cavaliers qui ne purent l'atteindre, et qui ayant appris qu'il était en sûreté, revinrent sur leurs pas. Chah Mourad en fut désolé, mais ce fut inutilement. Il envoya un ambassadeur à Yvaz Inâq du Kharezm pour lui dire en substance : « Benvoyez le prince à Boukhara, sinon, préparez-vous à la guerre, car je marcherai contre vous à la tête d'une puissante armée. » Cette exigenec troubla Yvaz Beg Inàq ; il assembla en conseil les principaux personnages de l'Etat et leur dit : « Quelle résolution me conseillerez-vous de prendre? De quelle façon répondriez-vous à Chah Mourad? » Un des ak-sakals (Barbe blanche, notable) du Kharezm, nommé Seyid Qouly Bay, prit la parole : « Le prince, dit-il, après avoir été quelque temps l'hôte de Chah Mourad, a reçu la permission de partir ; il reçoit maintenant notre hospitalité ; dût notre pays être dévasté de fond en comble, nous ne le livrerons pas. Chah Mourad se croit un homme pieux et religieux ; quel est donc le précepte religieux et quelle est la loi divine qui

permettent d'user de violence envers un hôte et d'être sans respect pour lui? La décision appartient à Dieu. Telle est ma réponse. » Tous les conseillers d'Yvaz approuvèrent ce langage, et ils rédigèrent dans ce sens la lettre qui fut expédiée à Chah MouradBeg. Celui-ci, lorsqu'il eut connaissance de la réponse rapportée par son envoyé, se tut et se tint coi.

11 rédigea en ces termes sa réponse à l'ambassadeur de Kaboul : « Avant la réception de votre lettre, le châhzadeh Mahmoud avait sollicité la permission de partir : il accompht maintenant le pèlerinage de la Mecque ; s'il n'en avait pas été ainsi, assurément j'eusse agi conformément à ce que vous m'avez mandé ; c'est-à-dire, je l'eusse gardé à Boukhara : mais, à présent, il s'est échappé de mes griffes. »

Le prince Mahmoud, après avoir passé quatre mois entiers à Khiva, demanda son congé ; Yvaz le fit conduire à Ester-Abâd, auprès du roi de Perse et accompagner par cent cavaliers Turkomans, Yomouts, Goukians, Orsendjis et Tekehs et par quelques-uns de ses officiers les plus considérés ; il lui avait donné en outre des provisions et de l'argent pour ses frais de route. Il fat reçu à Téhéran par le chah de Perse ; Feth Aly Chah l'accueillit encore avec bienveillance et avec considération, il le confia aux soins d'un mihmândâr et il lui assigna comme séjour une habitation délicieuse, à Màçoum Qadem.

Quelque temps après, Zéman Chah revint à Hérât, et il fut convenu avec Feth Aly Chah que ce prince ne prendrait pas parti pour Mahmoud; les esprits s'apaisèrent. Zéman Khan, gouverneur d'Héràt fut destitué et Zéman Chah retourna à Qandahâr. Puis, trompé par son vézir aux conseils diaboliques, il fit mettre à mort les quatorze émirs respectés ;

cette exécution ébranla sa fortune ; il partit pour Kaboul et se rendit à Pichaver pour y passer Thiver.

Fethy Khan fils de Payendèh Khan, lors de l'arrestation de son père à Qandahar, s'était enfui avec ses frères et une troupe d'Afghans ; ils passèrent tous ensemble en Perse et rejoignirent Mahmoud. Ils l'entraînèrent avec eux et ils passèrent dans le Séïstan; ils réunirent une troupe de quatre cents cavaliers, et marchèrent sur Qandahâr. Mir Aly Khan, grand écuyer, se porta à leur rencontre à la tête de deux mille hommes de cavalerie; le châhzadeh Mahmoud, Fethy Khan et Kamran chargèrent à la tête de leurs quatre cents cavaliers et culbutèrent l'armée ennemie. Mir Aly Khan prit la fuite et ses troupes passèrent toutes du côté du châhzadeh Mahmoud ; son trésor et ses bagages furent pillés.

Mir Aly Khan se retrancha dans Qandahâr et fit savoir ce qui s'était passé au vézir et à Zéman Chah, à Pichaver ; Mahmoud investit Qandahâr; dix mille soldats Ledjarehs se joignirent à lui. Au bout de deux mois; il se rendit maître de la ville. Mir Aly Khan et le prince Hayder, ne se voyant pas secourus, s'enfuirent et allèrent rejoindre Zéman Chah à Pichaver. Le roi, arrivé à Seri-Meïdan, apprit que le général Ahmed Khan, envoyé en reconnaissance, avait passé à Mahmoud avec les troupes persanes. Zéman Chah s'enfuit ; arrivé dans un château près de Khéïber, il fut fait prisonnier ; il fut aveuglé en route et enfermé dans le Balâ Hiçar de Kaboul.

Mahmoud resté à Qandahâr avait envoyé son fils le prince Kamran pour combattre en éclaireur. Lorsqu'il sut que le général Ahmed Khan s'était joint au prince Kamran, il se rendit à Kaboul sans tarder et monta sur le

trône de la domination universelle. Il envoya dans chaque province un gouverneur en son nom ; il donna la lieutenance de Kaboul à Chir Mehemmed Khan fils de Tancien vézir et celle de Qandahâr au prince Kamran.

Firouz oud Din frère de Mahmoud réfugié en Perse apprenant la chute de Zéman Chah et Télévation de son frère au trône de Kaboul, se dirigea en toute hâte sur Hérât. Le prince Qaïsser, fils de Zéman Chah et Qilidj Khan Ouïmaq, informés de sa marche, abandonnèrent Hérat et se réfugièrent à Mechhed la sainte : Firouz oud Din put alors entrer dans la ville sans opposition et s'emparer du gouvernement, tandis que Mahmoud s'établissait à Kaboul.

Mahmoud envoya une armée contre Pichâver pour combattre le prince Choudja qui, ne pouvant résister, prit la fuite et se réfugia dans la tribu des Yousouf Zey Ghildjaï, dans les montagnes de Pichâver; cette ville fit sa soumission. Kachmir fut donné à AbdouUah Khan Alikou Zey, et le Moultan jusqu'aux limites du Sind, Chikarpour et Balkh furent entièrement soumis.

Mahmoud régnait depuis deux ans à Kaboul, quand les sunnites de cette ville, poussés par un zèle religieux, s'émurent de sa passion pour l'opium et du penchant qu'il manifestait pour la doctrine des chiites. Ils s'entendirent avec Mir Vaïz, seyid respecté et prédicateur des sunnites de Kaboul ; ils mirent aussi dans leur parti Chir- Mehemmed Khan gouverneur de la ville. Ils écrivirent, sans en faire part aux chiites, une requête à Chah Choudja pour le prier de revenir. Les Persans qui en furent informés écrivirent aussi, de leur côté, une supplique pour le rappeler. Puis, sunnites et chiites, d'un commun accord,

arrêtèrent xMahmoud, qu'ils enfermèrent dans le Bâla Hiçar. Ils firent sortir de prison l'aveugle Zéman Chah, pour gouverner jusqu'à l'arrivée de Chah Choudja, et ils battirent le tambour et la timbale de la souveraineté au nom de ce dernier.

Cinq jours après, Chah Choudja fit son entrée dans Kaboul ; le peuple célébra son arrivée par des réjouissances. On conduisit Mahmoud devant Zéman Chah : « Qu'ordonnezvous? lui demanda-t-on. 11 vous a privé de la vue, vous pouvez vous venger, décidez ! » Zéman Chah eut compassion de Mahmoud : « J'ai fait, dit-il, crever les yeux de mon frère, le prince Houmayoun ; Dieu (qu'il soit exalté !), m'en ajustement puni. Un autre ne dpit pas souffrir le châtiment que j'ai supporté ; et, pour que cette coutume barbare ne s'établisse pas, je lui pardonne ses fautes. »

Mahmoud fut ensuite enfermé dans le Bâla Hiçar et on lui attribua un revenu journalier ; le reste de ses aventures, sa fuite et son retour au pouvoir seront racontés plus tard, s'il plaît à Dieu.

On prétend que, lorsque Mahmoud fut conduit devant Zéman Chah, il pria qu'on lui permit de présenter une requête. On fit part de cette demande à Zéman Chah, qui répondit : « Qu'on le fasse venir et qu'il parle. » Mahmoud, en le voyant, se mit à pleurer et à gémir : « lumière de mes yeux ! s'écria-t-il, ne me faites pas ce que je voUs ai fait ; pardonnez-moi mon crime !» « Je te pardonne, répondit Zéman Chah, » puis on conduisit Mahmoud au Bâla Hiçar.

Mahmoud ne tarda pas à s'apercevoir bientôt de la négligence de la garnison du château, il se concerta avec les

princes enfermés comme lui ; ils se saisirent des gardiens et s'échappèrent, s'enfuyant chacun d'un côté différent. Le prince Alemguir sortit par la porte de Djelal Abâd et gagna le Kachmir sans être reconnu ; il arriva au milieu des Lohànis et de là il se rendit chez les Yousouf Zey, puis il se réfugia à Kachmir auprès d'un seyid dont il était Tami; il se dkigea ensuite vers le Djemou ; depuis, on n'a pas su où il était allé. Le prince Dârâb, fils d'Ahmed Chah, s'était échappé de sa prison en même temps que Mahmoud ; la nuit même de sa délivrance il sortit de Kaboul sous un déguisement et se dirigea du côté de Badakhchan. Quelque temps après, il alla à Boukhara; il se rendit de là à Héràt sans être reconnu, puis à Mechhed où il se retira auprès de Vély Mehemmed Mirza, fils de Feth Aly Chah, qui le traita avec beaucoup de considération et le fit conduire à Téhéran avec les plus grands honneurs. Feth Aly Chah le reçut comme il convenait et le fit asseoir à une place supérieure à celle de ses propres enfants. Après avoir séjourné quelque temps auprès de ce prince, il manifesta l'intention de se rendre à la Mecque ; on lui accorda des frais de voyage et il partit pour Bagdad, de là il gagna Damas et la Mecque. Depuis, on n'a pas su où il était allé ni ce qu'il était véritablement devenu (1233, 1818). Cependant nous avons ouï dire qu'il était revenu à Kaboul et qu'il y était mort.

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