V. aussi Vambéry, Voyages, page
. (3) Beyath est le nom d'une tribu turque établie en Turquie et dans TAzerbaïdjan : on en trouve des fractions aux environs de Téhéran, dans le Fars et à Nichâpour.
(4) Djindaoul, mot turc oriental, désigne l'officier qui commande Tarrièregarde.
persanes entrèrent à Boukhara, Ibad oullah effrayé battit en retraite vers Tachkend, et Tarmée se mit à sa poursuite.
Nadir Chah autorisa, en outre, Mehemmed Rehim Khan, Manguit, à se diriger sur Boukhara avec ses troupes pour venir en aide à Tarmée persane. Mehemmed Rehim Khan nourrissait depuis longtemps, sans pouvoir l'accomplir, le désir de retourner à Boukhara ; il pouvait aujourd'hui le réaliser sans chercher un prétexte et il marcha sur cette ville avec ses troupes, en prenant la route de Merv.
Après son départ, les tribus de Gouz, de Tchinaran, et de Kouhmich du Khorassan se mirent en état de rébellion. Acette nouvelle. Nadir Chah fut transporté de fureur : il partit de Mechhed pour se rendre à Tchinaran et y châtier ces tribus kurdes (1). 11 faisait mettre à mort les habitants de toutes les localités où il s'arrêtait, qu'ils fussent coupables ou innocents. Arrivé à Khabouçhan, il y établit son camp. Là il acquit la conviction que les Persans avaient le dessein arrêté de se mutiner et de se révolter. Il cessa de leur accorder confiance , et il se mil à témoigner une bien-
(1) Les villes de Tchinaran, de Khabouçhan, de Derèh-Gouz, situées dans les vallées de ce nom, sont occupées par des colonies kurdes établies sur les frontières du Khorassan par les rois séfévis pour résister aux incursions des Turkomans.
La ville de Khabouçhan est la plus importante, et le chef qui y résidait portait le titre de Ilkhan. Â la fin du règne de Nadir, Mehemmed Housseïn Khan gouvernait Khabouçhan, et Memich Khan Za'feranlou résidait à Tchinaran. ' Memich Khan résista pendant sept mois aux attaques d'Ahmed Chah Abdàli, qui voulait le forcer à reconnaître Tautorité de Chah Roukh Mirza.
La ville principale du district de Kouhmich, célèbre par ses mines de borax, est Sebzevar. Khanikoff, Mémoire sur la partie méridionale de VAsie centrale, Paris, 1862, pages 88 et 110.
La ville de Derèh Gouz est située à douze fersakhs au nord-est de Khabouçhan. Fraser, Travels in Khorassan, pages 249, 572, et appendice, p. 44-46 et suivantes.
veillance et des égards marqués aux Afghans et aux Uzbeks. Il avait même formé le projet de faire massacrerun matin tous les Persans qui Tentouraient. Ceux-ci, informés de ce projet, dirent : « Il faut porter remède à l'événement avant qu'il ne se produise. >:
Bref, quatre-vingts conjurés se mirent d'accord et, pendant une nuit obscure, ils se présentèrent devant la tente du harem royal. Soixante-dix, saisis de crainte, restèrent en arrière. Salih Mehemmed Khan Kirikhly Efchar, membre de la tribu du roi et son premier chambellan, se précipita dans la tente le sabre à la main (1). Nadir Chah, en le voyant, lui demanda grâce. Salih Mehemmed Khan ne lui donna pas le temps de se reconnaître et lui abattit la tête d'un coup de sabre. Cette tête qui s'élevait jusqu'aux cieux, roula dans la poussière de l'avilissement.
Vers. « C'était une tête qui, le soir, avait le désir de tout détruire : le matin, le corps n'avait plus de tête, la tête n'avait plus de couronne. Une seule révolution de la roue du firmament azuré a suffi pour faire tomber dans le néant et Nadir et ses partisans. »
Les Afghans d'Ahmed Chah, après la mort du roi, pillèrent le camp et se retirèrent à Qandahâr; les Uzbeks regagnèrent Boukhara, Balkh et le Kharezm.
(1) Le texle persan porte « Ser Guezmèh », expression composée d'un mot persan et d'un mot turc et qui signifie « chef des gardes qui font la patrouille » autour de la tente royale. Les mots qui suivent « Kichikdji bachi » veulent dire grand chambellan.
Nadir Chah fut assassiné le 14 Djoumazi oui akhir 1160 (23 juin 1747).
Riza Qouly Khan dans le Fihris otU Tewarikh donne les noms des principaux conjurés. Le chef du complot était Mehemmed Khan Qadjar Erivany.
Mehemmed Rehim Khan arrivé à Tchardjou, y apprit la morl de Nadir Chah et la révolte des Persans; il tint cette nouvelle secrète et arriva à Boukhara après deux journées de marche. Il se rendit, encore couvert de la poussière de la route, au palais d'Aboul Feïz Chah, et lui demanda une entrevue. Ses troupes entrèrent dans le palais en même temps que lui. Aboul Feïz se rendit à la salle d'audience, Mehemmed donna immédiatement Tordre de l'arrêter et de le conduire hors du palais. Mehemmed Rehim Khan s'empara du trône et fît battre le tambour en signe de souveraineté. Il confisqua le trésor d' Aboul Feïz. Celui-ci, accompagné seulement de quelques personnes, dépourvu de toute ressource et sans provisions de route, se réfugia dans le quartier des khodjas du Djouibar pour se réunira ses parents et conférer avec eux; mais ceux-ci, par crainte de Rehim Khan, ne voulurent pas lui accorder l'hospitalité même pendant une seule nuit.
Aboul Feïz, privé de tout, sortit de la ville par la porte deNamazgâh (i), se retira au couvent de Qalender khânèh. Il pria Rehim Khan de vouloir bien lui accorder la somme nécessaire pour entreprendre le pèlerinage de la Mecque. Il s'arrêta quelques jours à Qalender khânèh.
Dans cet intervalle, la nouvelle arriva de Samarqand que
(1) Cette porte s'ouvre au sud-ouest de la ville : elle doit son nom au Namazgâh, mosquée précédée d'une vaste plate-forme plantée d'arbres où se font les prières des deux fêtes du Baïram.
Consulter le plan de la ville de Boukhara, dans c Beise von Orenburg nach Buchara von Eduard Eversmann, Berlin, 1853. Khanikoff, Boukhara, page 120, et Vambéry, Voyages dans l'Asie centrale, page 327.
M. de Meyendorff a donné une description du Namazgàh dans son Voyage à Boukhara, pages 180.181.
Hassan Khan et Behboud Khan avaient défait et taillé en pièces Tarmée d'ibad oullah, tué ce chef, et qu'ils revenaient couverts de gloire et ignorant l'assassinat de Nadir Chah.
Rehim Khan avait l'esprit assiégé de préoccupations : « Je suis, se disait-il, un simple Uzbek, devenu possesseur de ce royaume dont Aboul Feïz Chah était le souverain ; je l'en ai dépouillé et il est aujourd'hui hors de sa capitale, abandonné à lui-même. Plaise à Dieu que l'armée persane, à son arrivée, ne le prenne point sous sa protection. » Il donna donc l'ordre d'enlever Aboul Feïz du Qalender khànèh et de l'emprisonner dans une cellule du Médressèh de Mir Arab à Paï Menar (1).
Au bout de quelques jours, l'armée persane chargée de butin et apportant la télé d'ibad oullah, déboucha aux environs de Boukhara : elle apprit que Rehim Khan s'était emparé du pouvoir et qu'il avait emprisonné Aboul Feïz Khan. La conduite de Mehemmed Rehim Khan excita l'indignation et la colère des Persans. « Nadir Chah est vivant, disaient-ils, pourquoi Mehemmed Rehim Khan at-il emprisonné le père de la femme du roi? Il faut qu'il
(1) Le Médressèh ou collège de Mir Arab tient pour Timportance le premier rang après celui de Keukel Tach.
Il fut fondé en 1526 et contient quatre-vingts cellules pour les étudiants qui reçoivent, chaque année, trois tillas et demi (56 fr.) prélevés sur les revenus des fondations pieuses.
Le Médressèh de Mir Arab est situé dans le voisinage de la grande mosquée ou Mesdjedi Kelan. La haute tour qui a donné son nom au quartier (Paï Menar, le pied de la tour), s'élève entre la grande mosquée et le Médressèh et a été construite par Qizil Arslan, selon les uns, par Timour Long, selon les autres. Elle a été dessinée par M. de MeyendorflF, Voyage à Boukhara, page 180.
Khanikoff, Boukhara, Us Emir and Us people, page 106.
Vambôry» Voyages dans VAsie centrale, page 328.
fasse sortir de prison Aboul Feïz Chah et qu'il manifeste son repentir des mauvaises actions qu'il a commises; sinon, nous emporterons la ville de vive force et nous massacrerons Mehemmed Rehim Khan et tous les habitants. » Celui-ci expédia une lettre pour leur faire savoir que Nadir Chah avait été tué. « Rentrez en vous-mêmes, disait-il, et retournez sains et saufs dans votre patrie. Ne commettez point d'actes insensés; si vous venez à dire que Mehemmed Rehim Khan est Uzbek, et que, à ce titre, il n'est point digne de la royauté, réfléchissez à ce qu'était Nadir Chah qui a dépouillé et fait prisonniers tant de rois. »
Toutes les démarches de conciliation et tous les conseils de Rehim Khan furent repoussés par les Persans qui investirent la place. Rehim Khan se décida alors à envoyer secrètement un émissaire aux Afghans Ghildjaïs, qui se trouvaient au nombre de quinze cents dans le camp persan. « Nadir Chah est mort, leur fît-il dire, sa puissance s'est écroulée. Votre patrie est Qandahâr, mais Nadir Chah en a donné les terres aux Afghans Abdâlis; vous êtes maintenant des exilés. Grâce à Dieu, Boukhara est la mine de la science et de l'islamisme ; je vous donnerai des propriétés, des biens, des femmes et une solde. Établissez-vous à Boukhara. » Les Ghildjaïs réfléchirent sur ces offres qui étaient sincères. Ils acceptèrent dans la même nuit ces propositions et, d'après les ordres de Rehim Khan, ils entrèrent à Boukhara par la porte de Qiblèh Gâtch (1),
(1) Je ne trouve le nom de la porle de Qiblèh gâtch ni dans l'ouvrage de M, de Meyendorff ni dans ceux de MM. de Khanikoff et Vambéry. Elle ne figure pas non plus sur le plan de M. Eversmanu.
Mir Izzet Oullah la mentionne sous le nom de Kubul ghacb.
SOUS la conduite de Abdoul Hay Khodja. Cette même nuit Rehim Khan fit mettre à mort Aboul Féïz.
Le lendemain matin , les troupes persanes apprenant la défection des Afghans et le meurtre d' Aboul Féïz, furent convaincues de la mort de Nadir Chah. Les chefs persans conclurent la paix avec Rehim Khan; ils lui abandonnèrent leur parc d'artillerie, leurs belles tentes, leurs gros bagages. Rehim Khan, de son côté, les combla de cadeaux et de présents. Les Persans prirent la route du Pendjab (1) de Balkh et se dirigèrent sur Endkhou, Mechhed et Nichâpour. Hassan Khan Beyath s'empara de Nichâpour; ses enfants y sont restés indépendants jusqu'à ces derniers temps; aujourd'hui Felh Aly Chah a affaibli leur puissance. La tente que Hassan Khan avait donnée à Rehim Khan existe encore aujourd'hui (1232-1816).
Rehim Khan devint donc le maître absolu du Turkestan.
Elle doit être placée dans la direction de la Mekke et se trouver, par conséquent, entre la porte de l'Arsenal (Dervazehi Silah Khanèh) et la porte de Namazgâh. Travels in Central Asia, by Meer Itzut OoUah, translated bycaptain Henderson. Calcutta, 1872, page 62.
(l) Je crois qu'il faut entendre par ce mot de Pendjab, le territoire de Balkh arrosé par cinq rivières ou cinq grands. canaux dérivés de la rivière de Balkh.
Mir Izzet OuUah donne les noms de tous les canaux qui existent encore aujourd'hui. Meer ïzzut Oollah, Travels, page 85.