II. REHIM KHAN
Aboul Féïz avait laissé un fils nommé Abdoul Moumin ; Rehîm Khan lui jSt épouser sa fille. Il était âgé de douze ans. Un jour Abdoul Moumin se présenta devant elle portant un melon dans. son mouchoir. « Qu'as-tu dans ton mouchoir? » lui demanda-t-elle. «La tête de ton père que je viens de mettre à mort, répondit-il, car il a tué le mien et il s'est emparé de ses Etats. » La jeune femme raconta ce qui venait de se passer à son père qui en garda rancune à Abdoul Moumin et se dit :
Distique. « Le louveteau finira par devenir loup, bien qu'il ait grandi au milieu des hommes. »
Au- bout de quelques jours, Rehim Khan fît conduire Abdoul Moumin en partie de plaisir auprès d'un puits nommé Tcherkh Ab. Abdoul Moumin, penché sur le bord du puits, en regardait le fond, lorsque les personnes qui l'accompagnaient l'y précipitèrent comme Joseph. Quand on l'en retira, il avait cessé de vivre (1).
(1) M. W.-W. Grigoriew a réuni, dans une note intéressante, les différentes yersioiis du meurtre d'Abdoul Moumin Khan telles qu'elles sont rapportées par Mir Izzet Oullah, Eversmann, Youssouf Aly et les voyageurs russes. Le récit de Mir Abdoul Rerîm me parait le plus véridique. Histoire de Bouhhara, de
Rehim Khan confia le gouvernement du Miankal à son oncle DanialBi. Il s'empara deCheherîSebz, deHîssar(l), deKoulab(2), de Khodjend, de Tachkend, de Turkestan(3) et d'autres villes. Il épousa la fille d'Aboul Feïz Khan. Il avait des relations amicales avec Ahmed Chah souverain de l'Afghanistan. Il accorda aux gens de la tribu de Ghildjai qui avaient déserté le camp persan et qui étaient entrés à Boukhara, des propriétés, des pensions et des emplois. Aujourd'hui (1233-1818) leurs fils et leurs petitsfils existent encore; les uns ont des emplois civils, les autres des emplois militaires. Ils sont Pançad bachi (commandant cinq cents hommes), Yuz bachi (commandant cent hommes), Pendjab bachi (commandant cinquante hommes) et Deh bachi (commandant dix hommes).
Rehim Khan ne laissa point d'enfants. Étant allé avec son harem à la ville fortifiée de Ghoudjevân (4) visiter le tom-
Khoqand et de Kachgar, par Mirza Choms do Boukhara, traduit et annoté par M. Grigoriew. Kasan, 1861, note 8, pages 54 et suivantes.
(1) La ville de Hissari Cbâdmân, capitale du Khanat de Hissar, contiei>t à peu près trois mille maisons relie est siluée dans une vallée bien cultivée et abondante en pâturages/ non loin des rives du Kafir Nihan.
Les habitants de ce pays sont presque tous Uzbeks et on ne trouve parmi eux qu'un petit nombre de Tadjiks.
Les principales villes du Khanat sont : Dehinau, Saridjoui, Toupalak, Rigar, Qara Tagh, Decht Abâd, Tchokmezar et Khodja Taman.
Voyage à BoMA/iara,parM.deMojondor(r, pages 130-131.A gîance attheresults of the expédition to Hissar, hy H, P. Lerch, article du colonel H. Yule dans le Geographical Magazine, novembre 1875, p. 334 et suiv.
[2] Koulab, ville indépendante à l'est de Hissar, sur la route deBadakhchan à K'ioqand, renferme environ trois mille maisons. La population est uzbek.
(3; La ville de Turkestan doit sa grande célébrité à Khodja Ahmed Yessevi ui y est enterré.
(41 Ghoudjevân, l'ancienne Kouhmichkend, est une ville fortifiée à six fersakhs au nord de Boiikhara.
beau de Khodja Abdoul Khalîq, il revenait la nuil précédé par des mâchais (torches) et rentrait dans la ville en grande pompe, lorsque tout à coup son oreille fut frappée par la voix d'un derviche qui chantait ce distique :
Vers. « La fumée des mâchais s'élève devant toi, et derrière toi les opprimés exhalent leurs soupirs. L'existence des habitants de ce monde ne dure pas plus de cinq jours. »
Malgré toutes les recherches, on ne put retrouver ce derviche.
Rehim Khan devint triste, mélancolique, et il tomba malade. N'ayant pas d'enfants mâles, il désigna pour son successeur son oncle Danial Bi. Il fut enterré dans la rue de la porte de 5lezâr (1).
Elle renferme le tombeau de Khodja Âbdoul Khaliq, ua des saints les plus vénérés de Tordre des Naqchbendis.
Khodja Abdoul Khaliq, d'après ce que racontent ses biographes, avait été adopté dans son enfance par le prophète Khizr (Elle), Tun des patrons de Tordre. Il avait reçu les leçons spirituelles de Khodja Youssoufllemdany dont il fut Tun des quatre khalifèhs ou successeurs.
Son tombeau reçoit la visite d'un grand nombre de pèlerins. Ghoudjevân a donné naissance à un autre saint personnage de l'islamisme, le cheikh Séédy Ghoudjevâny, qui fut aussi un des chefs spirituels de Tordre des Naqchbendis. 11 était le disciple et devint le second successeur de Khodja Souleiman Kerminy.
La ville de Ghoudjevân est mentionnée dans les voyages de Sidy Aly Reïs Miraat oui Memalik (manusc de mon cabinet), pages 138 et 139. M. Dietz et M. Moris, dans la traduction qu'il ont donnée de cet ouvrage, appellent par erreur, Abdoul Khaliq, Abdoul Hakk. Relation des voyages de Sidi-Aly^ etc. Paris, 1827, page 103.
Djami a consacré quelques pages bien peu intéressantes à Abdoul Khaliq, dans ses vies des saints personnages. Calcutta, 1858, p. 231 et suiv. On trouve plus de détails dans le Silsilèh Naméhi Khodjegani Naqchbendiéh de Mewlana Nour oud Din Mohammed (manuscrit de mon cabinet).
(1) La porte du Mezar ou du tombeau de Khodja Beha oud Din est située à Test de la ville et se trouve entre la porte de Qnrchy et la porto do Samarqand. (V. le plan de Boukhara dans Eversmann, Rvhc nach Duchara.)
Son ministre était Daoulet Bi, esclave d'origine persane, homme de ressources et plein de bonnes qualités. Seyid Nizam oud Din était un personnage ignorant qui s'était attaché au service de Rehim Khan lorsque celui-ci était allé en Perse; c'était un homme d'un caractère agréable et plein de finesse qui ne quittait jamais Rehim Khan. Lorsque celui-ci fut maître de Boukhara, il fît de Nizam oud Din le qazhi oui qouzhat de la ville (1). Il se rendait toujours en grande pompe à l'audience royale. Au moment de mourir, Rehim Khan recommanda particulièrement à Danial, Daoulet Bi et le qazhi oui qouzhat.
Rehim Khan laissa deux filles qui eurent deux fils ; il avait régné douze ans. Sa manière de vivle rappelait, par son luxe, celle des Persans.
Rehim Khan, grâce aux soins de Daoulet Bi, Qouch Begui, régit Boukhara, Samarqand, le Miankal jusqu'à Qarchy, Khazar^ Kerki, Tchardjou et autres villes (2) ; mais Cheheri
(1) Le qazhi oui qouzhat ou qazhi kelan est le quatrième personnage de Tordre religieux et judiciaire. Il prend rang après le cheikh oui Islam, le naqib oui Echraf ou chef des descendants du Prophète et le qazhi Asker qui juge les contestations entre militaires. Le qazhi kelan décide de tous les procès civils et inflige la peine de Temprisonnement sans en référer à Témir.
KhanikofF, Boukhara, page 217.
Mirza Chems, Histoire de Boukhara, texte persan, page 4, et la note de M. Grigoriow, page 59. On trouve aussi quelques renseignements dans Mir Izzet Oullah, page 73.
(2) Qarchy, la ville la plus^considérable du khanat après Boukhara, est l'ancienne Nakhcheb dont les Arabes ont corrompu le nom en celui de Nassef. Elle est située à dix-sept fersakhs au sud do Boukhara : on s'y rend de cette ville et de Samarqand en trois journées de marche, il y en a deux de Qarchy à Cheheri Sebz. Qarchy doit son nom au palais qu'y construisit KoTouk Khan, fils d'Oktay Qaân. (Qarchy, en turc oriental, signifie : palais, kiosque.)
La ville est entourée d'une muraille percée de sept portes : elle a trois grands bains publics, sept médressèhs et une grande mosquéd.
SebZ) Hissar et Tachkend échappèrent à sa domination. Ses affaires privées et Tadministration de l'Etat étaient toutes entre les mains de Daoulet Bi.
J'emprunte ces détails à la relation de l'ambassade de Riza Qouly Khan au Rharezm, page 103. On trouve des détails sur Qarcby dans le « Voyage à Bou» khara, o de MeyendorfiT, page 161, dans Moorcroft, Travels^ tome 11, pages 502 et suivantes ; bûmes. Voyages, tome II, pages 245 et suivantes; Mohan Lai, Travels ta Balkh, Bokhara andJJerat, pages 121 et suivantes.
Khazar est une ville bien peuplée : elle est fortifiée et renferme plusieurs médressèbs et des bains. Relation de Vambassade au Kharezm, page 104.
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