‹ Histoire de l'Asie centrale, publ., tr. et annotéChapitre 18 sur 29 · IV. CHAH MURAD BI · texte numérisé non relu

IV. CHAH MURAD BI

Chah Murad Bi (1), fils de Danial Bi Alaliq eut pour fils :

Emir Seyid Hayder Tourèh^ qui fui son héritier présomptif et gouverneur de Boukhara;

Din Nacir Bek, qui, du vivant de son père, était gouverneur de Merv. La crainte que lui inspirait son frère Hayder le détermina à se réfugier à la cour de Perse ; il se rendit ensuite à Constantinople ; il est aujourd'hui en Russie (1246-1830).

Mehemmed Housseïn Bek : après la mort de son père, il s'enfuit à Cheheri Sebz ; il s'y trouve actuellement.

Lorsque Chah Murad eut succédé à son père, tous ses efiorts tendirent à donner plus de force à l'islamisme et à en faire exécuter les prescriptions. Il honora particulièrement les ulémas. Il abolit tout ce qui était contraire à la loi religieuse. Toute sa conduite fut basée sur la justice et l'équité ; il exécuta les dernières volontés de son père, et il confia le

(1) Nous avons» sur le règne et le caractère de Chah Murad, outre les mémoires de Mir Aly Youssouf et de Mehemmed Aly Guendjèvy, analysés par Malcolm» les anecdotes rapportées par le lieutenant Arthur Conolly et dont quelques-unes ont été racontées par l'ancien gouverneur de Merv, Mehemmed Kerim Khun Qadjar. Lieutenant Arthur Conolly, Joumey to the Norih of India, etc. Loiidon, 1834, tome I, pp. 157 et suiv.

gouvernement de Kerminèh à Sullan Murad Bi. Ses autres frères restèrent à Boukhara.

Au bout d'une année, Toukhtoumich Bi, qui, de tous les enfants de Danial Bi, était celui qui avait le caractère le plus violent et le plus despotique, ne pouvant donner libre cours à sa prépotence et à sa tyrannie, laissa la haine et Tenvie prendre possession de son cœur. Il résolut de faire tuer Chah Murad Bi. Il confia ce projet à quelques-uns de ses officiers, et ces gens pervers l'encouragèrent dans son dessein en lui disant : « Si le Chah vient à disparaître, le pouvoir vous appartiendra de droit. »

Toukhtoumich avait un esclave nommé Féridoun : une nuit, à minuit, il se rendit au palais, suivi d'une troupe d'hommes armés. Il se tint en dehors et Féridoun, suivi de trois personnes, entra dans la chambre à coucher de Chah Murad. L'Émir était plongé dans le sommeil. Féridoun tira son couteau et se dirigea vers Chah Murad; l'obscurité ne lui permit pas de porter un coup assuré et, en frappant l'Émir, il lui fendit la figure depuis la bouche jusqu'à l'oreille. Féridoun pensa l'avoir tué. Chah Murad, en proie à la terreur, saisit sa barbe et l'appuya fortement sur sa poitrine pour protéger son cou. Féridoun n'eut point le courage de rester plus longtemps : il se précipita hors de la chambre. Les hommes de garde, doht l'attention avait été éveillée, arrivèrent avec des flambeaux et virent que, grâce à Dieu, la vie du prince ne courait aucun risque. Un chirurgien, appelé immmédiatement, recousit la partie blessée.

Féridoun, qui avait été reconnu par Chah Murad, revint auprès de Toukhtoumich : « Qu'as-tu fait? » lui demanda

celui-ci. « Je l'ai tué^ » répondit Féridoun. « Si lu Tas lue, répliqua Toukhloumich, où est sa tête ? » « Je n'ai point eu le temps de la couper, » répliqua Féridoun.- Les conjurés restèrent dans l'attente jusqu'au matin pour voir quelle nouvelle se répandrait hors du palais. Il ne s'y produisit aucun mouvement extraordinaire et Toukhtoumich comprit que Chah Murad n'avait point été tué. Il retourna chez lui et y resta paisiblement, s'imaginant que personne ne porterait ses soupçons sur lui.

A la pointe du jour, les émirs et les ministres arrivèrent au palais pour le Sélam. Le malheureux Chah Murad, pour IranquiUiser les esprits, se rendit à la salle d'audience, la figure et la tête entourées de bandages. Féridoun et ses complices, ainsi que Toukhtoumich, furent immédiatement arrêtés. Le premier fut pendu. Toukhtoumich et ses serviteurs furent exilés et conduits sous bonne escorte à Tchardjou, sur la route de Merv. « Sans la recommandation de mon père, dit Chah Murad, son crime eut été puni de mort. » Aujourd'hui, Toukhtoumich s'est rendu à la Mecque.

Au bout de quelque temps. Sultan Murad Bi se révolta. Chah Murad Bi envoya contre lui des troupes qui le battirent et le firent prisonnier ; il fut conduit à Boukhara.

Chah Murad songea à s'emparer de Mervi Chahidjan et à se débarrasser de Beïram Aly Khan (1). Cette expédition était l'objet de ses constantes préoccupations.

Lorsque Beïram Aly Khan avait appris la mort de Danial

(1) Beïram Aly Khan appartenait à la tribu des Qadjars et à la famille de Yzz oud Dinlou : cette famille possédait le gouvernement de Merv depuis lo

Bi, il avail envoyé à Boukhara quelques-uns de ses principaux officiers avec de riches présents et une lettre de condoléance . A Merv, il avait fait réciter le Qoran et faire des distributions d'eau et de vivres pour le repos de 1 ame de Danial Bi. « C'était mon père, » disait-il, et il cherchait à vivre en paix et en sécurité. Mais Chah Murad Bi ne cessait de poursuivre son dessein. A la fin, il fit partir une expédition composée des Turkomans des bords du Djihoun et de deux mille cavaliers Uzbeks, pour piller et saccager Merv. Cette expédition donna le signal des hostiHtés. 11 y avait trois ans que Beiram Aly Khan gouvernait Merv. Le nombre de ses cavaliers s'élevait à mille cinq cents ; celui des Turkomans qui pillaient et ravageaient étaient de trois ou quatre mille. Beïram Aly, semblable à un loup qui tombe sur un troupeau de moutons, tuait et faisait prisonniers tous ceux qu'il attaquait.

La mère de Beïram Aly était une femme turkomane de la tribu de Salor et son père était Qadjar.

Beïram Aly avait inspiré une terreur profonde aux Turkomans. Jamais un pareil héros n'était né au milieu des Persans. A la fin, l'Émir Chah Murad Bi se décida à employer la ruse. Il alla camper à Tchardjou pour attaquer Merv avec six mille cavaliers Uzbeks.

Un Turkoman, espion de Beïram Aly, se rendit à Merv

règne de Thahmasp P*", de la dynastie des Séfévis. Dans la lettre qu'il écrivit de Mechlied à Chah Murad, Aga Mehemmed Khan reproche à ce prince les incursions des Turkomans sujets de Boukhara sur le territoire de Merv et la mort de Beïram Aly Khan, membre de la tribu royale des Qadjars. Beïram Aly Khan fut tué en 1785.

aiza Qouly Khan, Fihris out Tewankh, tome Vlll.

pour lui donner la nouvelle que Chah Murad était venu à Tchardjou, sur le bord du fleuve Amou. Chah Murad Bi ne resta qu'une nuit à Tchardjou : il y laissa son armée, et accompagné seulement de quelques officiers, il retourna à Boukhara. Un autre espion, qui accompagnait Chah Murad, le voyant rentrer dans son palais, courut à Merv et y fit savoir que Chah Murad n'avait pas eu le courage de se porter en avant, qu'il était retourné sur ses pas et rentré à Boukhara. Cet espion était un personnage digne de confiance : Beïram Aly ajouta foi à ses ptaroles et fut délivré de toute préoccupation. Chah Murad rentré dans son palais, y fit en public la prière du soir, puis il retourna à Tchardjou en doublant les étapes. 11 arriva, après une marche forcée de nuit, dans les environs de Merv. il fit cacher quatre mille cavaliers dans un pli de terrain profond et il envoya mille cavaliers fourrager en avant,

La nouvelle de cette excursion parvint à minuit à Beïram Aly. 11 partit immédiatement. Sa mère essaya de l'arrêter en lui disant qu'elle avait fait un rêve de mauvais augure pour lui et qu'elle le priait de ne pas se mettre en marche avant le lever du jour. Beïram Aly, sans écouter sa prière, fit sonner les trompettes et, à la tête de cent cinquante cavaliers très-lestes, il se mit en marche pour couper la route de Boukhara. Le reste de ses soldats prit un autre chemin.

Au point du jour, Beïram Aly tomba sur les maraudeurs ennemis : il tailla en pièces tous ceux qu'il rencontra. Dans cet engagement ; on fit prisonnier Qara Khodja, gendre de Chah Murad. Qara Khodja demanda à être conduit devant le Khan, et lorsqu'il fut en sa présence : « Je suis, lui dit-il, un des grands personnages de Boukhara, je suis le gendre

de Chah Murad, ajoutez foi à mes paroles. » « Qu'as-tu à dire, » lui demanda Beïram Aly ? « Ne vous portez pas en avant, lui répondit le khodja; Chah Murad est posté en embuscade devant vous avec six mille cavaliers déterminés, vos soldats sont peu nombreux ; plaise à Dieu que vous ne soyez point la victime d'une catastrophe. Je suis maintenant prisonnier entre vos mains et je vous donne une preuve de mes bonnes dispositions. »

Les prières et les supplications du pauvre khodja ne furent point écoutées par ce maudit et cet infidèle. « Tu mens, lui répondit-il. Chah Murad n'est point arrivé, » et, d'un coup de sabre, il abattit la tête du khodja qui fut admis au nombre des martyrs.

Beïram Aly se mit à poursuivre les fuyards : tout à coup, on vit apparaître six thoughs (1) de six côtés, et la troupe de Beïram Aly fut complètement enveloppée ; lui-même tomba frappé d'une balle. Un pançad bachi afghan lui coupa la tête. Les cent cinquante hommes de Beïram Aly demandèrent quartier et furent faits prisonniers. Sa tête fut envoyée à Boukhara, où elle resta exposée pendant une semaine sur le lieu des exécutions. Un poète a dit à ce sujet :

Vers. — « La tête de Beïram Aly est devenue la boucle d'oreille de la potence. »

Les environs de Merv furent complètement ravagés, et les têtes des cavaliers tués furent mises au pied de la po-

(1] Le mot lurc thoug désigne une queue de yak ou de cheval qui remplace le drapeau chez la plupart des peuples de l'Asie centrale. L'usage s'en est conservé chez les Ottomans jusqu'au règne du sultan Mahmoud. A Boukhara, on donne aussi le nom de though à une troupe de mille hommes, et l'ofûcier qui les commande a le titre do Though-Sahibi, vulgairement Thoughsabaï.

Vambéry, Voyages dans l'Asie centrale, page 336,

tence. Le cadavre de Beïram Aly fut rendu à sa mère (I). La prise de Mervi Chahidjan eut lieu en 1200 (1785). Danîal Bi mourut en H 48 (1735) (2). Une paix illusoire eut lieu et Chah Murad retourna à Boukhara.

Beïram Aly Khan eut trois fils : l'aîné Hadji Mèhemmed Housseïn était le Platon du siècle , c'était un homme plein de sagesse et de connaissances ; il demeurait à Mechhed. Son second fils Mèhemmed Kerim Khan, et le troisième, Mehdy Khan, résidaient à Merv. Mèhemmed Kerim Khan succéda à son père.

Sept habitants notables de Merv avaient été faits prisonniers et conduits à Boukhara où Chah Murad leur avait proposé de se convertir à l'islamisme tel qu'il est pratiqué selon le rite sunnite. Ils avaient accepté cette proposition, et demandé ensuite avec instance à retourner à Merv pour conseiller à Mèhemmed Kerim Khan de remettre la ville à Chah Murad : « Et, ajoutaient-ils, nous vous obéirons et nous serons considérés comme vos autres sujets. » Chah Murad fît donner à ces sept notables, qui étaient chefs de tribu, des vêtements d'honneur, et il les fit partir pour Merv. Lorsqu'ils y furent arrivés, ils convoquèrent leurs parents et les membres de leurs tribus : « Nous n'avons pas le pouvoir, leur dirent-ils, de résister aux soldats

(1) Le souvenir des exploits de Beïram Aly Khan s*est conservé à Merv. a J'écoutai, dit Burnes, le récit que ces gens me firent des prouesses d'un cer- « tain Bdïram Aly Khan et d'un corps de sept cents hommes d'élite qui résis- « tarent longtemps aux armes des Ouzbeks de la boukharie Jusqu'à ce qu'enfin « Chah Mourad les vainquit par un stratagème de guerre, et transporta par a force toute la population de sa capitale. »

• Alex. Burnes, Voyage en Boukharie, tome IIÎ, page 4.

(2) Je crois qu'il faut substituer à la date de U48 celle de 1184 (1770).

uzbeks, il vaut mieux que nous nous soumettions et que nous détournions de nos familles, de nos enfants et de notre pays, les calamités qui les affligent : nous sommes sans force ; nous n'avons aucun secours à attendre, nous n'avons point d'argent, nous ne pouvons compter sur rien. »

Les habitants de la ville se montrèrent disposés à accueillir ces paroles; ils firent entendre les mêmes conseils à Mehemmed Kerim Khan. L'hésitation et le désir de la paix dominaient tous les esprits. Kerim Khan tint conseil avec son vézir Mehemmed Qouly Khan. (( Ces sept notables, dit ce dernier, ont été en captivité à Boukhara; la crainte de perdre la vie leur a fait embrasser le rite sunnite ; ils ont épousé les intérêts de^Châh Murad Bi, et maintenant ils engagent la population dans une mauvaise voie. Il vaut mieux, dès aujourd'hui, se débarrasser d'eux pour écarter toute cause de trouble et de discorde. » Kerim Khan agréa l'avis de Mehemmed Qouly Khan. On fit, un jour, appeler ces notables pour donner une conclusion à tous ces pourparlers. Ces vrais musulmans, ne soupçonnant aucune mauvaise intention à leur égard, se rendirent à la salle d'audience de Kerim Khan. On discuta sur tous les points. Puis, Mehemmed Kerim Khan, invoquant un prétexte, sortit de la salle. Aussitôt une troupe d'individus armés de poignards et de sabres se précipitèrent hors d'une chambre où ils étaient cachés, et massacrèrent en un instant ces sept personnages, dont les maisons furent livrées au pillage.

Au bout de quelque temps, la population de Merv fatiguée de Mehemmed Kerim Khan, appela son frère Hadji Mehemmed Housseïn, qui était à Mechhed. Celui-ci accou-

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rul en toute hâte à Merv. Kerim Khan de son côté se retira à Mechhed. Hadji Mehemmed Housseïn Khan se montra fort peiné du meurtre de ces gens de bien : il fît périr sous le bâton Mehemmed Qouly Khan, à l'instigation duquel ce crime avait été commis. Hadji Mehemmed Housseïn envoya un ambassadeur auprès de Timour Chah (pour solliciter son appui).

ChâhMurad leva une seconde fois une armée et vint attaquer Merv. La ville est bien fortifiée et entourée d'un fossé profond ; il est difficile de s'en emparer en peu de temps. 11 y a aussi, sur la rivière, un barrage construit anciennement en pierres reliées par du bitume et de la chaux hydraulique. Ce barrage est rœu\re du sultan Sendjar: il est protégé par une forte citadelle, ce qui ne permet pas de s'en rendre maître facilement (1).

(1) Les anciens géographes et les historiens arabes et persans donnent les plus grands détails sur la ville de Merv Chahidjan. Yacout lui a consacre un article détaillé dans son Mou'djem (V. Dictionnaire géographique, historique et littéraire de la Perse, etc., par C. Barbier de Meynard, pages 526 et suivantes).

Aujourd'hui la ville est en ruines et les expéditions de Chah Murad inspirées par un fanatisme aveugle ont changé Toasis de Merv en un désert stérile. La plaine était fertilisée pdr des canaux dérivés du iMourghâb. « Autrefois, ditBurnes, il était barré par une digue au-dessus de Merv, ce qui donnait la facilité de dériver la plus grande partie de ses eaux pour arroser ce canton, et éleva celte ville à l'état de richesse et d'opulence dont elle jouit jadis. La digue fut détruite, il y a quarante-cinq ans environ, par Chah Murad roi de Boukharie; aujourd'hui la rivière ne départ plus le bienfait de ses eaux qu'aux terressituées dans son voisinage immédiat; elles sont couvertes par les obas dos Turcomans, car il n'y a pas de villages permanents. »

Les Turkomans de Mery appartiennent à la tribu de Tekeh. Abdoul Kerim et les voyageurs modernes ont adopté la locution corrompue de Cliâhdjihan pour Chahidjan.

Burnes, Voyage en BoukhaHe, tome Ilf, page

Merv est aujourd'hui en ruines ; il ne reste plus debout qu'une grande mos-

Chah Murad, après avoir ravagé les environs de la ville, allait retourner à Boukhara, quand le gouverneur du château qui commandait le barrage eût à se plaindre de Mehemmed Housseïn Khan. En voici la cause :

Il y avait à Merv une courtisane célèbre et d'une beauté remarquable, dont le gouverneur devint éperdument amoureux : il la fit sortir de la ville et conduire au château où il se livra à tous les plaisirs. Ce fait parvint aux oreilles de Hadji Mehemmed Housseïn Khan qui fit partir des agents de police déterminés, avec Tordre d'enlever de force cette beauté au corps de rose. Ces agents remplirent leur mission, traitèrent le gouverneur avec grossièreté et brutalité, et ramenèrent à Merv cette beauté semblable à la lune.

Le gouverneur, dans son désespoir, se débattait comme un oiseau à moitié égorgé, sans pouvoir trouver de remède à sa situation. Plein de colère et de haine, il fit tenir une lettre à Chah Murad Bi, par laquelle il lui offrait de se soumettre et de lui livrer le château qui protégeait le barrage. Cette lettre confiée à des marchands fut remise à Chah Murad Bi.

quée et u i médressèh bâtis par Timour, et le tombeau du sultan Sendjar qui y mourut au mois de Rebi oui ewwel de Tannée 552 de l'Hégire il 157). Il s'était fait construire un tombeau surmonté d'une coupole et lui avait donné le nom de Dar oui Akbirèh (la demeure de l'éternité).

(V. Kamil fit Tarikh d*Ibn el Athir, tome XI, p. 146.)

On y trouve aussi les ruines d'un beau bazar voûié et le monument funéraire d'un pehlivan ou lutteur célèbre pour sa vigueur. Fraser, Travels in KhorcLssaHj appendice, pages 55, "56.

M. de Khanikofifa donné des détails intéressants sur Merv dans. son Mémoire sur la partie méridionale de l'Asie centrale, pages 53, 57, 113 et 128. M. Abbott a consacré quelques lignes à la vallée du Mourghâb et à la ville de Merv. Ifarrutive of ajoamey from Héraut to Khiva^ tome I, pges 26, 34, 50.

Cette nouvelle lui causa la plus grande satisfaction et la joie la plus vive. Accompagné par quatre mille cavaliers jeunes et alertes, dont chacun était semblable à Rustem fils de Destan et à Sohrab, il parvint, après* une marche de quatre nuits, au barrage de Merv. Le gouverneur se porta à sa rencontre et lui livra le château. L'Emir ordonna de couper les digues : en peu d'heures le barrage fut détruit et Merv se trouva privé d'eau. L'Émir fit évacuer le château par ceux qui l'habitaient, et le rasa après en avoir transporté la population à Boukhara. Ce barrage est à la distance de douze fersakhs de Merv. Le manque d'eau ne permit aux habitants de Merv, ni de cultiver ni d'ensemencer leur terres. Ils furent en proie à la détresse, et la famine ne tarda pas à se faire sentir parmi eux.

Timour Chah envoya cinq mille cavahers pour défendre Merv, sous les ordres de Lechkery Khan Berdourany. On envoya aussi de Hérât des approvisionnements de grains. Ces mesures prolongèrent la résistance ; mais les malheureux habitants de la ville étaient dans une situation précaire et misérable.

Tant que le général afghan fut à Merv, Chah Murad s'abstint de toute incursion, mais il arriva un moment où la brouille éclata entre le général Lechkery Khan et Mehemmed Housseïn Khan. Voici la cause qui la fit naître:

Lechkery Khan avait un fils nommé Khandjer Khan ; celui-ci devint amoureux d'une sœur de Hadji Housseïn Khan, qui était veuve. Ils donnaient l'un et l'autre cours à leur passion, sans se préoccuper des envieux. Mais Hadji Mehemmed Khan ne tarda pas à tout apprendre, il les épia et, ayant trouvé la porte sans être fermée à clef, il les

surprit au milieu de leurs ébats. Aveuglé parle ressentiment, il frappa ce jeune homme, dont la beauté égalait celle de Joseph, avec une telle violence qu'il expira en revenant chez son père. Hadji Mehemmed Housseïn Khan fut tellement troublé en apprenant la mort de Khandjer Khan, qu'il ordonna aussitôt de faire mourir sa sœur.

L'atrocité de la conduite de Hadji Mehemmed Housseïn Khan excita l'indignation de Lechkery Khan : il fit une proclamation à ses soldats pour leur ordonner de se préparer au départ, et il offrit aux habitants de la ville qui voudraient le suivre avec leurs familles de les conduire à Hérât. Il repoussa toutes les prières qui lui furent adressées pour le faire revenir sur sa détermination. Bref, il se dirigea sur Hérât avec ses troupes et plus de deux mille familles qui abandonnèrent Merv.

La situation des habitants de cette dernière ville ne fit ensuite que s'aggraver et devenir plus pénible. Hadji Mehemmed Housseïn Khan ayant appris que son frère Mehemmed Kerim Khan, qui était à Mechhed, avait le dessein de se rendre à Boukhara pour y faire sa soumission, il résolut de prendre les devants. Il s'empressa d'envoyer à Boukhara quelques personnages de distinction pour demander grâce et faire acte d'obéissance. Emir Chah Murad éprouva un grande joie de cette démarche; il accueillit les envoyés avec bienveillance et leur prodigua les présents et les cadeaux.

Ces envoyés revinrent à Merv, et Hadji Mehemmed Housseïn Khan se rendit à Boukhara porteur de présents considérables et accompagné par les notables de la ville. Chah Murad, pour leur faire honneur, envoya à leur ren-

contre, à la distance de deux journées de marche, quelquesuns de ses officiers, et ils firent à Boukhara une entrée solennelle.

On assigna à Mehemmed Housseïn Khan, au Tcheharbagh, une résidence digne de lui, 11 s'imaginait qu'on lui rendrait le gouvernement de Merv, Quelques jours se passèrent, puis Murad Chah lui proposa de faire venir sa famille à Boukhara ainsi que quelques notables de Merv, pour que les deux partis fussent en toute sécurité. Hadji Mehemmed Housseïn, voyant qu'il fallait se soumettre, consentit à ce qui lui était demandé.

A la même époque, Mehemmed Kerim Khan arriva de Mechhed; il fut reçu avec honneur.

Hadji Mehemmed Housseïn Khan écrivit à Merv pour donner ordre à sa famille de venir le rejoindre sans que personne pût soupçonner son départ.

Chah Murad Bi fit alors partir secrètement cinq mille cavaliers, auxquels il donna Tordre d'entrer dans la ville après le départ de la famille de Hadji Housseïn Khan, mille hommes par mille hommes; il leur prescrivit en outre, de faire partir cinq mille faipilles ainsi que les gens de Mehemmed Housseïn Khan, de Kerim Khan et les notables de la ville. Ces troupes devaient tenir garnison à Merv et expédier, au bout de quelques jours, encore deux mille familles, afin qu'il n'en restât que deux ou trois mille dans la ville.

Lorsque les envoyés, porteurs de la lettre de Hadji Mehemmed Housseïn Khan, arrivèrent à Merv, on fit partir pour Boukhara la famille de Beïram Aly Khan, et celles de Hadji Housseïn Khan, de Mehemmed Kerim Khan et de

Mehdy Khan, Les troupes entrèrent dans la ville par détachements de mille hommessaiis éprouver de résistance. Les habitants de Merv furent transportés à Boukhara, selon la résolution qui avait été prise, et il ne resta dans cette ville que trois mille familles sunnites et deux mille familles chiites.

Chah Murad nomma ses frères Omer Bi et Fazil Bi, gouverneurs de Merv.

Le nombre des familles transportées à Boukhara s'élève approximativement à dix-sept mille. Chah Murad devint ainsi le maître de la province de Merv qui perdit son ancienne prospérité. Le barrage qui fournissait Teau fut rétabli.

Omer Bi et Fazil Bi gouvernèrent Merv pendant deux ans. Au bout de ce temps, cédant aux suggestions des Turkomans, ils se mirent en état de rébellion. Chah Murad fit alors partir des troupes de Boukhara. Mais il ne put se rendre maître de la ville ; il s'empara de vive force du barrage, il rompit les digues et il retourna à Boukhara.

Les causes qui ont amené la prise de Merv, l'attaque faite par les habitants de cette ville et la fuite d'Omer Bi seront expliquées plus loin.

Timour Chah, pour venger les habitants de Merv et s'emparer de la province, fît marcher une armée sur Balkh. Emir Chah Murad leva aussi des troupes, mais on ouvrit des pourparlers et on finit par conclure la paix. L'origine de cette guerre a été racontée dans la vie de Timour Chah. Il n'est pas nécessaire d'y revenir (1).

(1) Voy. page 22.

Omer Bi, depuis quelque temps en état de révolte, voulut rançonner les habitants de Merv et prendre les Turkomans à sa solde. Les habitants de Merv eurent vent de son dessein : ils se rassemblèrent au nombre de mille hommes de pied et ils attaquèrent le château où résidaient Omer Bi et Fazil Bi. Après avoir fermé les portes de la ville pour empêcher lés Turkomans d'y entrer, ils investirent le château dont ils firent sauter la porte avec de la poudre. Omer Bi ne put résister. Les habitants de Merv avaient arrêté, dès le premier jour, trois cents Boukhariotes, soldats et civils, ainsi que le qazhi et le lieutenant de police. Ils attaquèrent ensuite le château. Omer Bi demanda quartier et la permission de se retirer sans être inquiété avec ses enfants et Fazil Bi, par la porte du château qui s'ouvrait en dehors de la ville. Les habitants de Merv accédèrent à sa prière. Omer Bi et Fazil Bi avec leurs familles sortirent de la ville et se rendirent à Cheheri Sebz par la route du désert.

Après leur départ, les habitants de Merv expédièrent à Boukhara un courrier porteur d'une lettre dans laquelle ils protestaient de leur dévouement et faisaient connaître la fuite d'Omer Bi et de Fazil Bi.

Lorsque J'on ouvrit les portes de la maison où Ton avait enfermé les Boukhariotes, on n'en trouva qu'un seul vivant ; tous les autres avaient été suffoqués par l'excès de la chaleur ou étaient morts de soif.

Lorsque la lettre des habitants de Merv parvint à Chah Murad Bi, il approuva hautement leur conduite ; il fît partir Mehemmed Emin Sipèhsalar avec cinq mille cavaliers et Bedel Mirza qu'il avait nommé gouverneur de la ville.

Merv fut de nouveau occupée au nom de Chah Murad Bi.

Les enfants des Boukhariotes qui avaient péri obtinrent un fetva établissant que leurs pères avaient été emprisonnés par les habitants de Merv, avec l'intention de leur donner la mort. Mais Chah Murad Bi répondit qu'ils étaient tous en état de rébellion et qu'on ne pouvait réclamer le prix de leur sang. Cependant on fît partir de Merv mille autres familles, que Ton établit àBoukhara.

L'année suivante, Chah Murad Bi confia le gouvernement de Merv à son fils Din Nacir Bek, dont la mère est Qalmaq. II lui donna comme Qouch Begui son vézir Abd our Ressoul Bek, fils de Outkour Soufy. Le barrage de Merv fut rétabli.

La conduite de son frère Sultan Murad Bi ayant fail concevoir des soupçons à rÉmir, celui-ci Texila deBoukhara. Sultan Murad se rendit à Qandahâr en passant par Hérât, . puis il se réfugia à Kaboul, auprès de Timour Chah.

La suite de ces événements sera racontée plus loin.

Emir Chah Murad eut trois fils : l'aîné était Emir Hayder Tourèh, dont la mère, fille d'Aboul Feïz Khan, avait épousé en premières noces Mehemmed Rehim Khan; après la mort de ce prince, elle était devenue la femme de Chah Murad Bi. Quand Emir Hayder fut arrivé à l'âge de. raison, son père lui confia le gouvernement de Qarchy. Son second fils, Din Nacir, fut envoyé à Merv; son troisième fils était Mehemmed Houssein Bek.

Chah Murad faisait tous les ans une expédition en Perse d'où il ^apportait beaucoup de butin. Pendant son règne, la loi religieuse était strictement observée ; Boukhara était prospère, les savants y florissaient, les routes étaient

sûres et les populations tranquilles et heureuses. Il recherchait continuellement la société des ulémas et des gens lettrés.

Hadji Mehemmed Housseïn Khan, de Merv, craignant pour sa vie, vendit en secret toutes les propriétés que Chah Murad Bi lui avaient données et, ayant trouvé une occasion propice, il s'enfuit à Cheheri Sebz. De là, il se rendit à Khoqand, à Kachgar, au Tibet, à Kachmir, et il arriva à Kaboul lorsque Zéman Chah y régnait. 11 passa ensuite à Qandahâr et de là dans le Seïstan et le Qouhistan, provinces dépendant du royaume de Feth Aly Chah Qadjar. Son intelligence et sa perspicacité lui firent accorder un rang élevé. Il est aujourd'hui à Téhéran (1233-1818). Tous ses enfants sont restés à Boukhara.

Mehemmed Kerim Khan s'enfuit aussi de Boukhara pour se réfugier à la cour de Perse. Ses enfants et ses petitsenfants sont demeurés à Boukhara.

L'Emir Chah Murad Bi montra beaucoup de bonté et témoigna beaucoup de considération aux habitants de Merv et à la famille deBeïram Aly Khan. Ceux-ci, satisfaits de leur condition, se convertirent au rite sunnite. L'arrivée des habitants de Merv à Boukhara fit adopter de nouveaux usages.

L'Emir Chah Murad Bi commit une action qui fut désapprouvée et sévèrement blâmée par les habitants de Boukhara et par les ulémas. Voici ce qui provoqua ce mécontentement.

Enl'année 12H (1796), l'eunuque AgaMehemmed Khan Qadjar fit une expédition dans le Khorassan, et s'empara de Mechhed. Chah Boukh l'aveugle, fils de Biza Qouly Mirza, fils de Nadir Chah, résidait dans cette ville qui lui avait été

concédée par le souverain afghan Ahmed Chah ; il y vivait sans ambition. L'eunuque Mehemmed Khan s'empara de sa personne. 11 avait seize fils ; le plus grand nombre d'entre eux se retira à Hérât, les autres prirent la fuite dans des directions différentes. Chah Roukh, qui n'avait point voulu quitter la ville, se porta à la rencontre de Mehemmed Khan : celui-ci, à peine entré à Mechhed, le fit saisir et appliquer à la torture et il s'empara de tous les trésors provenant de l'héritage de Nadir Chah. Chah Roukh mourut à la suite des tourments qui lui furent infligés (1).

Mehemmed Khan exila dans le Mazanderan tous les serviteurs de Chah Roukh.

L'aîné des fils de Chah Roukh, nommé Nadir Chah, accompagné de ses frères Abbas Mirza, Qahraman Mirza, Imam Qouly Mirza, Riza Qouly Mirza et autres, arriva à Hérât, gouverné alors par le chahzadèh Mahmoud, fils de Timour Chah. Ce prince leur témoigna la plus grande bienveillance et les plus grands égards. Nadir Mirza désira se rendre à Kaboul auprès de Zéman Chah, avec ses frères et ses enfants.

Imam Qouly Mirza et Hayder Mirza avec vingt de leurs serviteurs se réfugièrent à Boukhara auprès de Chah Murad Bi. Ils écrivirent à ce souverain une lettre dont voici le sens : « Il est notoire pour tout le monde que notre aïeul a Nadir Chah n'a jamais fait le moindre mal à Boukhara ; (( il a comblé de bienfaits et de marques d'honneur les « ulémas et les religieux de cette ville. Il avait épousé

(1) Riza Qouly Khan dans le Fihris out Tewarikk, et Mirza Sipehr dans Fon Histoire de la dynastie des Qadjars donnent les plus grands détails sur les tortures qui furent infligée? à Chûh Roukh pour le forcer à livrera Aga Mehemmed Khau les trésors de Nadir Chah.

« légalement une fille d'Aboul Feïz Khan : vous-même « vous avez épousé une fille de cette famille, et elle vous a « donné Emir Hayder Tourèh. Il y a donc entre nous « des liens de parenté. Mehenuned Rehim Khan, qui est « votre oncle, est devenu le souverain de Boukhara par « suite de la haute position qu'il avait auprès de Nadir « Chah, et, grâce à Dieu, la souveraineté est arrivée jus- « qu'à vous par droit héréditaire. Les personnes instruites « savent aussi pertinemment, que notre aïeul Nadir Chah « après avoir reconnu la vérité de la religion, faisait pros- « pérer le rite sunnite et qu'il répudiait et qu'il voulait « faire disparaître les doctrines chiites. Cette conduite ex- « cita les chiites à saisir une occasion favorable pour le a tuer : ils assassinèrent à Khabouchan, localité du Kur- « distan, ce souverain rempli de droiture. Nous aussi, nous « avons toujours témoigné de la considération aux sun- « nites. Aujourd'hui, le misérable Mehemmed Khan Qad- « jar s'est, par la force et par la violence, emparé de nos « biens, il amis notre père aveugle au nombre des martyrs. « Quant à nous, nous avons abandonné nos demeures et « notre patrie ; nous nous sommes enfuis pour chercher un « refuge chez un peuple musulman. Le serviteur qui vous « écrit s'est dirigé vers Kaboul avec ses frères, mais nous « avons envoyé en qualité d'hôtes, auprès de vous, Imam a Qouly Mirza et Hayder Mirza, qui sont la prunelle do « nos yeux et la force visuelle de la souveraineté. Nous « espérons que vous voudrez bien accueillir des étrangers « avec bienveillance et avec bonté, et que vous daignerez ce leur accorder le secours de vos troupes. Si la victoire « nous favorisait, et si la ville de Mechhed était reconquise

v< sur les Qadjars, la monnaie serait frappée et la khoulbèh « récitée au nom illustre de Votre Hautesse. Pour nous, « nous vous obéirons et nous demandons à être comptés au « nombre de vos serviteurs. »

Nadir Mirza, à son arrivée à Kaboul, fut bien accueilli par Zéman Chah, qui lui accorda une pension et lui assigna pour résidence la ville de Pichâver.

Imam Qouly Mirza, porteur de la lettre de Nadir Mirza et accompagné par le chahzadèh Mahmoud, partit de Hérât en Tannée 1212 (1797), et se rendit à Boukhara en passant par Mervi Chahidjan. Murad Bi envoya à la rencontre de ces deux princes des émirs et ses ministres, et il leur flt faire une entrée solennelle dans la ville. On mit à leur disposition un palais dans le Paï Menar, et ils présentèrent à Chah Murad les cadeaux dont ils étaient porteurs.

Une année s'écoula : les deux princes voyant qu'il n'y avait à attendre de Chah Murad Bi ni aide ni secours, lui demandèrent la permission de retourner à Hérât. Chah Murad cherchait toujours des moyens dilatoires avec son ministre le Qouch Begui Outkour, mais, vaincu par leurs instances, il leur accorda le congé qu'ils demandaient.

11 faisait partir à ce moment pour Merv cinq mille cavaliers, sous le commandement de Mehemmed Emin Toptchi Bachi (1). Les chahzadèhs se joignirent à Mehemmed Emin, et ils arrivèrent ensemble sur les bords du Djihoun. Chah Murad Bi avait donné ordre de les faire noyer. Mehemmed Emin les fît monter dans une barque délabrée, conduite par deux vieux bateliers qui avaient pour instruction de

(1) Commandant en chef de rartillerio.

la faire chavirer. Arrivée au milieu du fleuve; elle se remplit d'eau ; les châhzadèhs virent qu'ils étaient les victimes d'une trahison; après quelques moments d'hésitation, ils aperçurent deux outres gonflées sur lesquelles ils se jetèrent et ils parvinrent ainsi avec mille peines à gagner le rivage du salut.

Mehemmed Emin s'éloigna avec les serviteurs des princes ; il s'empressa d'écrire à Chah Murad Bi que les châhzadèhs n'avaient point été noyés et, levant son camp, il alla s'établir à Tchardjou, sur les bords du Djihoun, pour attendre les ordres de Boukhara.

Après avoir reçu la lettre de Mehemmed Emin, Murad Bi fît appeler le Thourèh Qazaq, petit-fîls d'Ilbars Khan, gouverneur de Khiva, qui avait été mis à mort par Nadir Chah. Il lui dit : « Ton aïeul a été tué par Nadir Chah ; ses enfants le doivent compte de son sang. Aujourd'hui, deux de ses petits-fîls sont à Tchardjou ; cours-y en toute haie, et tue-les pour venger le sang d'Ilbars. Je t'accorde en outre dix bourses prises sur leurs effets. »

Le Qazaq qui ne cherchait que crimes à commettre, se rendit à Tchardjou et se cacha dans le château, dans la maison de Balla Qouly Bek gouverneur de la ville. Au milieu du jour, les deux châhzadèhs furent invités à se rendre au château pour prendre part à un repas. En pénétrant dans la salle de Balta Qouly Bek, ils connurent le sort qui leur était réservé. Ils se mirent à prier et à supplier, demandant avec larmes qu'on les épargnât. c( Nous sommes venus dans votre pays en qualité d'hôtes, » disaient-ils, « vendez-nous comme esclaves ou bien gardez-nous à Boukhara ; nous ferons venir nos familles et

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tant que nous serons vivants, nous ne nous éloignerons pas de cette ville. Il est contraire à toutes les lois de Thumanilé de massacrer un hôte. Grâce à Dieu, nous sommes musulmans, nous sommes sunnites. Que tous les musulmans nous servent de témoins I » Leurs supplications furent inutiles. Le Qazaq altéré de sang, les massacra à coups de sabre : un de leurs serviteurs fut aussi mis à mort. Leurs cadavres furent jetés dans le fossé du château, et le reste de leurs gens fut conduit à Boukhara. Mais, plus lard, ils réussirent à s'enfuir séparément et à regagner leur patrie.

Cette même année (121 1-1796), Mehemmed KhanQadjar fut tué dans la ville deChichèh, dans le Qarabàgh (1). Nadir Mirza, fils de Chah Roukh revint de Pichâver et rentra à Mechhed. Le commandant Qadjar s'enfuit de cette ville et se retira à Téhéran. En apprenant à Mechhed le meurtre de ses frères. Nadir Mirza fut rempli de trouble et de frayeur; mais il n'avait aucun moyen de tirer vengeance.

La population et les ulémas de Boukhara blâmèrent vivement l'assassinat des deux châhzadèhs. Ce crime fut comparé au meurtre de Siavech, fils de Keïkaous, qui s'était rendu dans le Turkestan en toute confiance et qui fut mis à mort par Afrassiab.

A la fin de sa vie. Emir ChâhMurad Bi vécut en mauvaise intelligence avec Emir Hayder Tourèh qui était gouverneur de Qarchy; il y avait entre eux une paix illusoire.

Pour en revenir au meurtre des fils de Chah Roukh, il

(1) On trouve les détails les plus circonstanciés sur l'assassinat de Âga Mehemmed Chah dans VHistoire de la Perse, par Malcolm, tome II!, page 430 et suiv., dans le Fihris out Tewarikh de Riza Qouly Khan et dans VHùtoire des Qad* jars de Mirza Sipehr.

faut Tattribuer aux rapports des espions qui avaient été chargés de surveiller leur conduite et qui affirmèrent qui ces princes étaient adonnés au vin et qu'ils se livraient à toute espèce d'excès et de dérèglements. On se basa sur ces faits pour ordonner leur mort.

Sous le règne de Chah Murad Bi, la prospérité de Boukhara excitait l'envie du paradis ; la religion de l'islamisme y avait acquis une vie nouvelle. Le prince n'était occupé que de bonnes œuvres, de prières et de pratiques de dévotion. Il avait renoncé aux jouissances et aux pompes de ce monde. Il ne touchait ni, à l'or ni à l'argent et il ne dépensait pour ses besoins que la somme provenant de la capitation imposée aux Juifs et aux infidèles.

Il dit adieu à ce monde périssable la nuit du vendredi 14 du mois de redjeb de l'année 1214 (1799). Il avait de son vivant désigné comme son héritier présomptif Emir Hayder Tourèh, son fils aîné, qui était gouverneur de Qarchy. Chah Murad Bi était, au moment de sa mort, âgé de soixantetrois ans.

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