GENEALOGIE DES GOUVERNEURS DE OURGUENDJ ET DE KHIVA
Ces deux villes (1) sont les seules de Tancien royaume de Kharezm qui soient restées peuplées. Le Kharezm est aussi désigné sous le nom de Bieh Qalèh (les cinq villes fortifiées).
(l) M. Mouraview, capitaine d'étai-major de la garde deTempereur de Russie, fat envoyé en mission à Khiva dans les années 1819 et 1820. W a écrit une relation de son voyage qui présente un très vif-inlérét. Il a cherché à connaître IfS principaux événements de l'histoire de la Khivie pen'dant le xviii° et le commencement du xix^ siècle.
J'emprunte à son ouvrage les renseignements peu détaillés d'ailleurs qu'il a réussi à se procurer. Ils serviront à contrôler le récit de Mir Abdoul Kérim.
« Les Ouzbek qui habitaient au-delà des frontières de la Boukharie étant « venus s*élablir sur la frontière des Sarty, prirent le nom de Khiviens de celui « de la capitale. Ils se divisent en quatre grandes tribus, qui sont Kiat Konkra d, Ouïgour Naîman, Kangli Riptchak et Nékus Mangout; chacune de ces n tribus eut son ancien ou chef, que Ion désignait par le titre d*inakh : mais « l'ancien de la tribu do Kiat Konkrad a toujours possédé quelques prérogatives
La ville de Kharezm , aujourd'hui ruinée, est située à quatre étapes de Ourguendj; il ne reste plus que trois cents villages des quinze cents qui en dépendaient (1).
En Tannée H69 (1755), Mehemmed Emin Bi devint Inâq. 11 gouverna pendant dix-sept ans. Sous son administration, la principauté de Ourguendj fut prospère et florissante, elle abonda en tous biens. 11 n'y avait point de
« de plus que les autres, tant à cause de la force que de Tancienaeté de sa a tribu. Celte forme de gouvernement était ancienne. Le roi de Boukhara, chef « d'un état puissant et civilisé, avait une sorte de prépondérance sur ces tribus « guerrières; d'un autre côté, le Khan des Kirghis limitrophes proGtant de sa « faiblesse et de leurs divisions intestines, envoyait de temps en temps à Khiva u un chef qui exerçait Tautorité suprême
« Â l'époque de l'expédition du prince Békevitch en Khivie, en 1717, ces <( peuples avaient pour inakh Ichmed Bi, de la tribu Kiat Konkrad ; à sa mort, « cette dignité passa à son fiis Mohamed Emin Inakh qui la légua à son tour à « son fils Evèz Inakh, père du Khan Mohamed Rahim maintenant régnant. »
Voyage en Turcomanie et à Khiva fait en 1819 et 1820, par M. N. Mouraview, etc., traduit du russe par M. G. Lecointe de Laveau, revu par MM. J. B. Eyriès et J. Klaproth. Paris, 1823.
Une nouvelle traduction anglaise du voyage de Mouraview a été publiée par le capitaine W. S. A. Lockhart. Calcutta, 1871.
(1) La nouvelle Ourghendj, véritable capitale de la Khivie, est la résidence de Koutli Murad Inakh, frère du khan, qui a le gouvernement de cette ville; elle est beaucoup plus grande que Khiva et le centre de tout le commerce du pays ; elle est peuplée de Sarty. On y trouve toutes les marchandises précieuses de TOrient; il s'y tient, par semaine, plusieurs marchés trè^fréquentés. Le nombre de ses maisons est estimé à 1,500 et sa population à 5,000 individus. Cette estimation est certainement bien au-dessous de la vérité, car Ourghendj est beaucoup plus peuplée que Khiva. Elle est également ceinte d*un mur.
Mouraview, Voyage à Khiva, page 265.
Khiva, qui est la résidence du souverain^ se nommait jadis Khivak, suivant le rapport des habitants, et occupait son emplacement actuel, avant que l'Amou Déria eût changé son cours. Cette ville est assez grande, entourée de murs, et bâtie sur un petit canal qui amène l'eau de l'Amou Déria. Les principaux édifices se bornent à la maison du khan, d'ailleurs assez insignifiante, et à une mosquée, pour laquelle les musulmans ont une vénération particulière et mystérieuse : la coupole de ce temple est peinte en azur; il s'y trouve quelques
monnaie particulière; on récitait la khoutbèh au nom des khans Qazaq. Les monnaies qui avaient com-s étaient celles de Boukhara et de Perse.
Lorsque le royaume de Kharezm fut détruit, la ville de Kharezm avait trente portes; le fleuve Amou coulait aux pieds de ses murs et du palais de Mohammed Chah. Djenghiz Khan saccagea la ville, et Houlagou la ruina peu à peu. Le cours du fleuve fut détourné et il alla se jeter dans la mer d'Aral. Toute la contrée fut frappée de stérilité (1). On y voit encore d'anciens monuments tels que le tombeau, surmonté d'une coupole, de Nedjm Eddin Koubra (2), celui de Ibu Hadjib, le minaret et la coupole du tombeau de la reine, fille de Mohammed Chah, (3) et des bains. On distingue l'alignement des bazars.
De Kharezm à Khiva, il y a quatre étapes; sur cet espace
autres mosquées d'assez peu d'importaoce on compte jusqu'à 3,000 maisoas
et 10,000 habiUnts.
Mouraview» Voyage à Khiva, page 264.
(1) Le cours de TOxus a été dans ces dernières années l'objet de nombreuses études : je me bornerai à citer : An essay on the geography of the valley of the Oxus, by colonel Henry Yule^ C. B. placé en tête de A joumey to t!ie source of the river Oxus, by captain John Wood. Londres» 1872.
Khiva Oder Kharezm. Seine historischen und geoyraphischen VerhœUnisse, von P. Lerch. Saint-Pétersbourg, 1873.
Las allé Bett des Oxus Amû-Darja^ von M. J. de Goeje. Leiden, 1875.
(2) Nedjm oud Din Ahmed ibn Omer el Khivaqy» surnommé Âboul Djenâb ou Thammet oui Koubra, acquit une grande célébrité par sa science et ses vertus. Il fut tué à Khiva en 618 (1221) pendant Tinvasion desMogols. On trouve des détails biographiques sur ce personnage dans la chronique de Yaféy, dans le Medjalis oui Ouchcbaq et dans la vie des Soufys de Djamy.
(3) Le tombeau dont parle Mir Abdoul Kerim esl celui de Tourèh Bay Khanoum, fille de Qoullouq Sultan. La coupole et le minaret, remarquables par leur élévation et la solidité de leur construction, sont revêtus de plaques de faïence émail lée. •
Riza Qouly Khan, Ambassade au Kharezm, page 100.
se trouvaient autrefois deux mille villages qui, depuis, ont été détruits. Aujourd'hui, la cinquième partie du pays seulement est restée cultivée; on l'appelle Ourguendj, du nom de cette ville, située sur le bord du Djihoun ; elle est la ville commerçante et la résidence des négociants. Khiva, entourée de fortifications flanquées de tours et défendue par un château-fort, a été choisie pour capitale.
J'ai expliqué précédemment certains faits dans ce que j'ai raconté au sujet d'Utouzer Khan.
Fazil Bek, fils de Mehemmed Emin Bi, est doué d'une grande intelligence ; il est intruit et il possède une grande perspicacité (!)• Son père et, après lui, son frère Yvaz Inâq Bi, n'entreprenaient rien sans le consulter. Dans sa vieillesse, ses yeux furent envahis par une humeur noire qui lui fit perdre la vue. Il vit encore aujourd'hui. Iltouzer Khan méprisait ses avis, mais Mehemmed Rehim Khan lui témoigne beaucoup d'égards. Il a élevé un superbe mèdressèh à Khiva et il a construit beaucoup de monuments è titre de fondations pieuses (2) (1 233 — 1 81 8) •
(1) Le khan de Khiva sollicita du gouvernement russe Tenvoi d'un médecin pour entreprendre la guérison de l'ophthalmie dont souflhifit Fazil Bi. Le chirurgien-major Blankenagel, sur Tordre de la Cour, se rendit à Rhiva en 1793. La maladie de Fazil Bi étant incurable, Blankenagel courut risque deperdre la yie. Il s'échappa avec peine de Khiva et gagna Manghichiaq, d'où il se rendit à Astrakan. La relation du voyage de Blankenagel a été publiée par M. W. W. Grigoriew, dans le Bulletin de la Société russe de Géographie, année 1858.
(2) Le medrassèh de Fazil Bi se trouve marqué sur le plan de Khiva publié par M. Petermann. {Geogr. Mittkeilungen, 1873, pi. 18.)
MEHEMMED EMIN BI
QOÛNGHOURAT, INAQ
Légende de son cachet : a Grâces à Dieu, le prophète Mohammed a un esclave en qui il peut avoir confiance. »
Les Qounghourat forment une tribu uzbek, dont la plus grande partie vit sous la tente. Un grand nombre d'entre eux résident dans les cantons dépendant de Boukhara et sont soumis aux souverains de ce pays.
Mehemmed Emin était un homme courageux et plein d'audace.: par sa prudence, son ambition et sa persévérance, il a flni par se rendre maître du pouvoir à Khiva. Sous le règne de Danial Bi, il s'était enfui de Khiva pour se réfugier à Boukhara. Danial Bi lui accorda des secours à l'aide desquels il s'empara du Kharezm. Tant que Danial Bi vécut, Mehemmed Emin Bi eut pour lui les plus grands égards, et la paix et la bonne harmonie régnèrent entre eux.
La règle anciennement établie à Ourguendj exigeait que l'on choisit pour souverain, comme on le faisait pour les khans de Crimée, un des descendants de Djenghiz Khan. On faisait venir un Qazaq que l'on établissait khan à Khiva; il était enfermé dans le château avec sa femme et ses enfants. On leur servait leurs repas à toute heure du jour et de la nuit; on les traitait avec égards; leurs habits étaient faits d'étoffe brochée d'or. Tous les jours, l'inâq et les grands
personnages se rendaient à la salle d'audience el étaient admis en présence du khan. Si quelque affaire venait à surgir, Tinâq en instruisait le khan, et jamais celui-ci ne s'écartait des avis de Tinâq. Il suffisait que le khan fut informé, pour ordonner ce que l'inâq lui avait suggéré. Tous les vendredis, au moment de la prière, Tinâq et tous les notables se rendaient à l'audience du khan et chacun .s'asseyait devant lui selon son rang; Tinàq prenait place à côté du khan. Lorsque le moment de la prière arrivait, l'inâq prenait le khan sous le bras pour l'aider à se lever et on se rendait à la mosquée où devait se faire la prière. Au retour, l'inâq soutenait aussi sous le bras le khan revenant au palais qui lui servait de prison; tous ceux qui l'avaient accompagné se retiraient chez eux. Au bout de quelques années, on exilait le khan; on le renvoyait chez les Qazaq .et on en faisait venir un autre. En résumé, c'était jouer au khan. Je donnerai d'autres détails lorsque je parlerai d'iltouzer Khan .
Les fils de Mehemmed Emin Bi furent :
Niaz Mehemmed Bek ; il se révolta contre Mehemmed Rehim Khan, fut fait prisonnier et mis a mort.
Mehemmed Riza Bek; il fut aussi niis à mort par Mehemmed Rehim Khan.
Mehemmed Niaz Bek ; il est mort.
Djan Murad Bek, Hassan Murad Bek; ils furent tous les deux tués par les soldats de Boukhara dans la bataille livrée par Iltouzer Khan en 1221 (1806) .
Qoutly Murad Bek; il fut fait prisonnier dans cette affaire et conduit à Boukhara. Il éprouva les effets de la clémence de l'Emir Hayder qui le fit revêtir d'un vêlement d'honneur, le combla de présents et le nomma inâq de Khiva. Qoutly
Murad avait pris , par traité et par serment, des engagements vis-à-vis de l'Emir. Lorsqu'il arriva à Khîva, le peuple avait déjà conféré la dignité de khan à son frère puîné Mehemmed Rehim. Qoutly lui fît sa soumission, mais le khan ne prenait aucune décision sans son avis. C'est un homme trèsinstruit.
Le mot inâq signifie premier ministre, et gouverneur de la place de Hezaresp.
Iltouzer Khan a épousé en légitime mariage la nièce du seyid Akhound Khodja qui pratique scrupuleusement tous les devoirs de l'islamisme.
Mehemmed Rehim; il est devenu khan après Iltouzer. Sa monnaie porte pour légende : « Frappée à Khiva, résidence de la souveraineté. Sultan Mehemmed Rehim Behadir Khan. » Iltouzer est le premier khan de la tribu des Qounghourat. 11 fit frapper de la monnaie, mais il n'eut pas le temps de la mettre en circulation, elle portait pour légende :
Distique : c< Iltouzer, l'héritier des rois du Kharezm, a, par la grâce de Dieu, imprimé son nom sur l'or et sur l'argent. »
Yvaz Bi succéda à son père dans la charge d'inâq. C'était un personnage d'une grande sagesse et d'une grande simplicité de caractère. Tous les grands s'étaient partagés entre eux la province de Ourguendj ; il n'eut pomt la force de s'opposer à ce partage. C'était pendant le règne des khans Qazaq. Toutes les fois que le khan était changé, la tribu des Yomout se mettait en état de rébellion, se livrait au pillage et interceptait les routes. Yvaz Bek avait de bonnes relations avec Boukhara. Emir Chah Murad lui témoignaitde la considération. La tribu des Yomout, celle des Manghi-
chlaqy et les Qazaqs ne reconnaissaient pas son autorité (1). Les Uzbek Qounghourat de l'île d'Aral étaient en révolte ouverte contre lui. Leur chef nommé Tourèh Soufy était parent d' Yvaz Inâq. Les Uzbek ne reconnaissent plus depuis soixante ans l'autorité de Khîva. Yvaz Inâq mourut en 1219 (1804). Voici la légende de son cachet : « Yvaz, fils de Mehemmed Emin Bi Inâq, verra sa réputation s'étendre dans les pays étrangers jusqu'à l'Iraq. »
Quand Yvaz Inâq fut mort, le peuple se réunit et désigna Qoutly Murad Bek comme ayant le droit d'occuper cette charge. Tous ses frères lui témoignèrent aussi le même désir. Mais Qoutly Murad leur dit : « Je ne veux pas accepter la responsabilité du gouvernement; que înon frère Illouzer soit inâq; quant à moi, retiré dans la vie privée, je ferai des vœux pour la durée de la vie de mes frères. » Iltouzer Khan présentait toutes les garanties de jugement et de bravoure; le peuple adopta donc cet avis. Du consentement unanime, Iltouzer fut proclamé inâq. Tous ses soins tendirent à bien administrer le pays et à le débarrasser des rebelles et des brigands qui battaient les grands chemins. Selon l'ancien usage, le khan Qazaq demeurait dans le château de Khiva; on allait tous les jours le saluer et lui rendre hommage. Six mois se passèrent ainsi. Une nuit, Iltouzer Khan fit appeler Qoutly Murad et tint conseil avec lui. a Timour Leng, lui dit-il, Nadir Chah, Mehemmed Rehîm Khan Manguit, souverain de Boukhara, étaient-ils des fils de
(1) La tribu turkomane des Yomout compte 40,000 tentes : elle est établie principalement sur les bords de l'Etrek et du Gourgan.
Les Maoghichlaqy sont fixés autour de Manghichiaq, au sud de la mer d'Anl.
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rois ou des hommes comme nous, qui se sont élevés par leur courage, par leurs qualités et sont, en dernier lieu, devenus souverain, roi et khan? Grâces à Dieu, j'ai du juge ment, du courage et des soldats. Quoi qu'il advienne, je mettrai ma confiance en Dieu. Jusques à quand supporterai-je comme un enfant cette plaisanterie du khan? S'il plaîtà Dieu,^ je me sens assez de valeur pour mener à bonne fin tout ce que je prétends entreprendre. J'ai demandé votre avis, parce que je veux moi-même devenir khan. Je donnerai au khan Qazaq une somme d'argent et je le renverrai dans son pays, puis je me débarrasserai de la tribu des Yomout. » Qoutly Murad Bek approuva cette résolution et récita le fatîhâh. Le lendemain Iltouzer Khan fit sortir du château et partir le khan Qazaq pour le Dechti Qiptchaq qui s'étend au nord de la province d'Ourguendj jusqu'à la frontière de l'empire de Russie. Cette steppe est la résidence de la tribu des Qazaq ; il lui dit en le renvoyant qu'il allait faire venir un autre khan ; mais il s'occupa aussitôt à lever et à équiper des troupes et, en peu de temps, -il rassembla dix mille cavaliers d'élite Uzbek, revêtus d'armures de fer et d'acier; puis, il réunit les ulémas, les religieux et les notables, les ataliqs, les inâqs et autres. « Je suis devenu khan, leur dit-il, désormais nous n'aurons plus besoin d'un khan Qazaq; » toute l'assemblée appela sur lui les bénédictions divines et lui prêta serment de fidélité, à l'exception de Bek Poulad, Ataliq de la tribu des Ouïgour, branche de celle des Uzbek, et qui compte cinq mille familles.
c< Ce projet, dit-il, n'est point digne de vous. Injitez la conduite de votre père et celle de vos aïeux. Plaise à Dieu que vous ne puissiez mener à bonne fin une affaire aussi
grave 1 » Mais, en présence de racquiescement général, Bek Poulad se soumit et dit : « C'est le désir du bien qui a dicté mes paroles, car je n'ai dans cette conjoncture, ni prétentions ni ambition personnelles. Que Dieu bénisse ce qui vient d'être fait. Pour moi je suis du nombre de vos serviteurs et de ceux qui vous sont dévoués. » Mais la rancune contre Bek Poulad se fixa dans le cœur de Illouzer; il ne dit rien, cependant, dans cette séance. Le nouveau khan fît ensuite distribuer des vêtements d'honneur aux grands, aux ulémas, aux religieux et aux aqsaqals ou anciens du pays, lltouzer ne se hâta pas|de faire battre monnaie.
Étant un jour à Khiva, je me rendis à la prière du vendredi : le khatib monté sur le minber récita la khoutbèh en en ces termes, en présence de lltouzer Khan : « Dieu I prolonge éternellement le règne de Khaqân, du khan illustre lltouzer Mehemmed Behadir Khan. Piiisse Dieu accorder une durée sans fin à son règne et combler son existence de toutes les bénédictions. »
Toutes les tribus des Turkomans, des Qaraqalpaq et des Uzbek arrivèrent en foule pour féliciter lltouzer sur son avènement au trône. Seule la tribu des Yomout, dont la conduite rappelle celle des Janissaires, continua à donner des marques d'insubordination et de révolte. Cette tribu est fixée dans le Kharezm depuis soixante ans; elle s'est toujours livrée au brigandage; aujourd'hui, elle est dans une situation difficile.
lltouzer Khan s'occupa de réunir des apj)rovisiohnements de guerre. Tous les matins et tous les soirs, une musique composée de grosses caisses, de tambours, de timbales, de clairons et d'autres instruments jouait à la porte de son pa-
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lais. Il fit faire un tough pour lequel on dépensa mrlle misqals d'or. Lorsqu'il sortait à cheval, vingt coureurs le précédaient; ses officiers particuliers marchaient derrière lui et des sergents d'armes, huissiers armés, Tentouraient. Il portait sur sa tête, inclinée du côté droit, une couronne d'or incrustée de pierres précieuses. Il fit payer la solde aux troupes et il se prépara à entreprendre une expédition contre la tribu des Yomout, résidant au sud de la province et de la ville de Khiva et sur la lisière du désert qu'il faut traver-ser pour se rendre à Esterabâd en Perse et au Grourgan. Quelques-uns de ces Yomout habitaient des villages, mais la plus grande partie était nomade. On peut évaluer leur nombre à douze mille familles. Chaque famille fournit deux cavaliers ; ils ont des chevaux de race et ils manient bien le sabre et la lance. Les Yomout se divisèrent en deux partis ; les uns inclinaient vers la soumission. « Nous ne pouvons, disaient-ils, abandonner la patrie de nos pères et de nos aïeux. Comment pourrons-nous vivre sur une terre étrangère? » Les autres refusaient de se soumettre, car Iltouzer Khan leur avait fait dire : « Si vous abandonnez le genre de vie coupable que vous menez, si vous renoncez à la violence et au brigandage, si vous vivez comme les autres sujets et si vous acquittez l'impôt sur vos chameaux, sur vos brebis et sur vos récoltes, c'est bien. Sinon* sortez de mes États. » Cette proposition parut difficile à admettre à ceux qui, depuis plusieurs générations, ne faisaient que piller et dévaster les biens des musulmans sans jamais donner un dinar à personne. Semblables à des serpents, ils se replièrent sur eux-mêmes, mais ils ne purent résister «eux ordres du khan. Ceux qui se soumirent émigrèrent d'un côté, ceux qui
ne voulurent pas obéir se préparèrent à s'enfoncer dans dans le désert qui mène à Esterabâden Perse. IltouzerKhan se lança à leur poursuite et les atteignit à la tête de quatre cents cavaliers. Les Yomout firent filer en avant leurs familles et leurs bagages et se mirent en devoir (^offrir le combat. Iltouzer Khan était suivi par le gros de ses troupes. Sans les attendre, il fondit sur eux à la tête de ses quatre cents cavaliers; les Yomout ne pouvant supporter le choc, furent dispersés comme les étoiles de la constellation de la petite et de la grande Ourse et ils s'enfuirent pour rejoindre la colonne formée par leurs familles et leurs bagages. Iltouzer Khan, semblable à un lion furieux, les rejoignit ; cinq cents d'entre eux furent passés au fil de Tépée, cinq cents autres furent blessés et faits prisonniers. Le reste des troupes d'Iltouzer arriva ensuite et ces brigands yomout s'éparpillèrent dans l'immensité du désert. Iltouzer revint à Khiva, victorieux, triomphant et chargé de butin (1). Au bout de qtlelque temps il dirigea une expédition contre Tourèh Soufy pour s'emparer de l'Ile d'Aral. La situation de cette île au milieu de la mer fit que cette tentative fut malheureuse et le khan revint à Khiva. Il voulut alors déclarer la guerre à Boukhara et il tint à cet effet conseil avec tous les notables du khanat. Tous l'approuvèrent en lui disant ; ce L'opinion du khan est ce qu'il y a de plus parfait; il est le maître absolu. » Mais Bek Poulad, Ataliq de la tribu de Ouïgour n'approuva point ce dessein. « Le khan de Boukhara, dit-il, est puissant et il a une nombreuse armée. Notre pays n'est pas assez fort pour se mesurer avec Bou-
(1) Ce combat eui lieu dans une localité nommée Ghanqâh Tchacbken près dos frontières du Gourgan. Kiza Qoaly Khan, Ambassade au Kharezm, page 1 13,
khara et pour lui résister. » Ces paroles donnèrent une nouvelle force à la rancune dlltouzer contre Bek Poulad. Cependant il n*en fit rien paraître et il attendit une occasion favorable. Un jour, il dit en secret à ses confidents : « Demain, je ferai mettre Bek Poulad à mort, sachez-le. » Il introduisit plus de cinq cents hommes armés dans le palais. Le lendemain, au moment du divan et de Taudience publique, les émirs arrivèrent à cheval, l'un après l'autre ; ils furent reçus par le khan et ils quittèrent ensuite le palais. Lorsque Bek Poulad Ataliq sortit de la salle d^audience et voulut monter à cheval, des hommes apostés se précipitèrent de tous côtés sur lui et le tuèrent à coups de couteau. La nouvelle du meurtre de Bek Poulad Ataliq parvint à sa famille et à sa tribu. Elles levèrent Tétendard de la révolte, et se mirent sur pied. 11 y eut deux rencontres entre lltourer et lesOuïgours et beaucoup de monde fut tué de part et d'autre. Les fils de Tataliq furent réduits à prendre la fuite. Ils se réfugièrent àBoukhara auprès de l'Emir Hayder. Iltouzer réussit à s'emparer par ruse de quelques notables de la tribu des Ouïgour et les fit mettre à mort; les autres réduits à l'impuissance durent se soumettre, accepter une paix semblable à celle qui est imposée par le loup.
Iltouzer Khan, après réflexion, se dit : c< Je suis de la tribu des Uzbek; mes ancêtres n'ont point exercé la souveraineté : je veux trouver un ncioyen pour que mes enfants soient de noble race, qu'ils me succèdent au trône et que le pouvoir se consolide dans leurs mains. »
Akhtèh Khodja (1), seyid d'une illustre naissance et Tun
(2) Il faut, je crois, lire Akbound, an lieu de Akhlèh que porte le texte persan.
des cheikhs les plus révérés de l'époque, était fixé à Ourguendj ; il avait une fille qu'Iltouzer manifesta le désir d'épouser. Lorsque cette nouvelle parvint aux oreilles du khodja, il en fut troublé, et fiança aussitôt sa fille à son neveu. Il fit faire en toute hâte les préparatifs du festin de noces et de la cérémonie nuptiale, lllouzer Khan en fut immédiatement informé. Il envoya quelques hommes auxquels il donna Tordre d'amener de gré ou de force cette jeune fille pour qu'il pût l'épouser. Ces envoyés, sans demander le consentement et les ordres du seyid, conclurent (par procuration) le mariage d'iltouzer et revinrent à Khiva où les noces furent célébrées. Le chagrin empêcha le seyid de goûter aucun repos pendant une semaine ; nuit et jour il n'était occupé qu'à faire des vœux pour la chute d'Utouzer. En effet, lltouzer ne jouit plus ni de tranquillité dans sa vie ni de bonheur dans son gouvernement.
Il résolut, quelque temps après son mariage, de marcher contre Boukhara. Boukhara est, en effet, le pays le plus voisin de Khiva, car la Russie en est éloignée de quarante journées de marche; la Perse est à vingt jours de marche et pour y arriver il faut franchir le désert. Ce pays est situé au sud et au sud-ouest. Il faut vingt jours pour arriver à la mer Caspienne ; il ne faut que huit jours de marche pour arriver à Boukhara qui se trouve à l'orient. Quand l'expédition contre Boukhara fut décidée, il dépêcha un envoyé à Esterabâd avec des propositions de paix, un traité et des engagements appuyés sur les serments les plus solennels pour s'aboucher avec la tribu des Yomout. Il leur fit dire de revenir avec leurs bagages et leurs familles, dans la patrie de leurs ancêtres. On leur promettait de les traiter
avec la plus grande douceur et la plus grande amitié. Rien ne devait être fait sans qu'ils fussent consultés et sans leur avis, et ils devaient, s'il plaisait à Dieu, participer à tous les succès d'iltouzer. Quand ces brigands pervers entendirent parler de pillage, ils s'épanouirent comme des boutons de rose, et, remplis de joie et d'allégresse, ils se préparèrent à retourner dans leur ancienne patrie.
On raconte qu'un prédicateur prononçait un sermon dans lequel il faisait la description du paradis. Un Turc se trouvait dans l'auditoire. « Pourra-t-on y faire des expéditions pour piller et pour voler, demanda-t- il? » — « Non, lui fut-il répondu. » — « Alors, répliqua-t-il, l'enfer est préférable à ce paradis. » Les Yomout partagent cette opinion.
Bref, cette tribu revint avec toutes ses familles dans la province d'Ourguendj, où on leur rendit leurs terres à cultiver. L'arrivée de la tribu des Yomout augmenta les forces d'Iltouzer; il fut enivré par les fumées de l'orgueil et de la présomption et il prit pour règle de conduite la violence et la tyrannie. Il s'emparait des biens des marchands et des cultivateurs. Les plaintes des opprimés montèrent au ciel. Enfin il arriva que, dans l'année 1220 (1805), il fit une expédition contre Boukhara : les troupes de l'Emir Hayder le poursuivirent sans l'atteindre, car le désert sépare Boukhara de Ourguendj ; il fit sur les bords du fleuve Amou deux ou trois excursions pour les ravager et il arriva ce qui est arrivé :
Distique. « Le petit qui veut combattre plus ^and que lui, tombera de telle façon qu'il ne pourra jamais se relever. »
J'ai raconté avec détails l'expédition de Utouzer, j'ai dit conMnent il avait été englouti dans les flots et comment il
leO KHIVA
avait perdu la vie (1). Je l'ai dil quand j'ai rendu compte de la vie de Seyid Emir Hayder : il est inutile de répéter les mêmes faits*
Un des principaux officiers de Iltouzer Khan était Vély Tintek, gouverneur de Châbad, place forte célèbre de la province d'Ourguendj. C'était un homme puissant et le chef d'une tribu. Il se considérait comme un autre Rustem, fils de Destan; il ne cessait, à cette époque , de dire et de faire savoir à Boukhara que dans peii de temps son tough serait planté sur la place du Righislan. Cet homme était bouffi d'orgueil. Au bout de deux ou trois mois, la guerre avait éclaté. Ce héros s'enfuît du champ de bataille pour se jeter dans le Djihoun. Arrivé snr les bords du fleuve, il tomba dans un bourbier. Il fut rejoint par les braves soldats de Boukhara et tué d'un coup de pistolet. Sa tête fut coupée, envoyée à Boukhara et suspendue à la potence sur la place du Righistan, à l'endroit même ou il voulait planter son lougL Elle y resta exposée pendant une semaine. Puis, on la mit en terre. Un collecteur des taxes nommé Qilidj, homme violent, arrogant et audacieux, fut aussi noyé en même temps qu'Iltouzer et ses gens. Ils trouvèrent tous la récompense de leur conduite.
Veri. a Iltouzer Khan, qu'est devenu Vély Tintek? Son orgueil Ta précipité dans le gouffre d'un fleuve profond comme la mer. Quel juste- miracle s'est manifesté à l'égard de Oilidj, ce tyran, cet oppresseur néfaste 1 Dieu est le plus grandi II n'^ point connu le bonheur. La vie lui a été ravie dans sa fleur. Il a été saisi par une une mort inopinée! »^ I I ■■» - '■■■■■ I I . ■
(I) Voy«z page 160 et suivantes.
Puisse, mon Dieu I la durée des oppresseurs trouver ainsi son terme; puisse le trépas être la récompense des tyrans I
a Les officiers de l'armée du Kharezm, semblables à des poissons, ont plongé dans un fleuve où ils ont tous été en* gloutis. Tout honune violent qui a molesté le peuple n'a pas vu son existence se prolonger et il est mort aux jours de sa jeunesse. Grâces à Dieu, ceux qui pratiquent l'injustice dans ce monde disparaissent et sont anéantis rapidement. Qui** conque témoignera du mépris à Boukhara verra à la fin sa tète suspendue au gibet. Je vais raconter l'bistoire dé ces gens pervers, prêtez-moi une oreille attentive,
« Ceux qui se déclareront les ennemis de Boukhara recevront sans aucun doute la même r^ompense. Qu'est devenu Beiram Aly, cet homme enivré d'orgueil ? Le flambeau dé sa race a été complètement éteint (1). Le khan eunuque était notre ennemi éternel. Sa tête a été séparée de son corps pendant son sommeil (2). Nour Thay, qui s'était fait connaître par ses brigandages, n'a joui du monde ni pendant ni après.
a Allah Verdy, ce guerrier plein de superbe est tombé dans nos mains sans résistance et sans combat. Rahmet oullah s'était toiy ours distingué par sa haine contre nous: Une flèche est tout à coup venue le frapper aii cœur (3), 11 n'a point non plus été heureux, ce roi de Kaboul qui a tourné ses armes contre l'émir de Boukhara (4).
(1) Bt)îram Aly Khan Qadjar^ ^uveroevr bérédiUira du Marv, Sa mori aété racontée par Abdoul Kerim, page 134.
(2) Aga Mehemmed Khan Qadjar, attatainé à Çliiobèh* dans le Qarabagb, en 1796.
(3) Rahmet oullah Khaa était gouverneur feudatairf de Eodkhou.
(4) Timour Chah.
« Khouda Yar était dans ce siècle un héros ; il a quitté ce monde en proie au désespoir (1). Ner Boutèh n'avait point le jugement d'un sage. Cet infortuné a du, à la fin, abandonner Khoqand. Omer Bi était éloquent : il a emporté cette qualité sous la terre obscure ; et les têtes de ses compagnons, qui Tavaient suivi dans sa révolte, ont été réunies en conseil au pied du gibet (2), Aman Bay, dont le nom était dans toutes les bouches, a été déchiré et dévoré par les chiens de la rue. Ala oud Din, l'un de ces gens pervers, a témoigné son inimitié contre Boukhara : il s'est livré à l'intrigue, à la sédition ; il n'a eu ni bonheur, ni postérité, ni honneur.
« Il vaudrait mieux qu^ les femmes enceintes accouchassent de serpents, plutôt que de donner le jour à des oppresseurs du peuple (3). »
En résumé, ce jour-là, lltouzer perdit deux mille soldats qui disparurent dans les flots. Son frère, Mehemmed Rehim Khan, rencontra sur le champ de bataille Mahmoud Khodja, fils de Abdoul Hay Khodja de Boukhara (4) ; il lui asséna un coup de sabre qui lui enleva une oreille, le nez et la
(1) Khouda Yar était le chef de la principauté de Ouralèpèh.
(2) Omer Bi était le frère de Chah Murad : sa révolte est racontée par Âbdoul Kerim, pages 155-156.
Je n*ai pu, dans les documents que j*ai eus à ma disposition, trouver aucun renseignement sur les autres personnages cités dans cette pièce de poésie. Je suppose que Nour Thay, ÂlIah Vérdy, Aman Bay» Ala oud Din étaient des chefs turkomans ou uzbek.
(3) Cette pièce de vers nous fournit un spécimen de la poésie populaire de Boukhara. Elle a été, sans doute, composée pour être déclamée ou chantée dans les bazars et les lieux de réunions publiques.
(4) Abd oui Hay Khodja est le porgonnage qui introduisit les Afghans dans la ville de Boukhara lorsqu*ils abandonnèrent le camp peràan pour entrer au service de Mehemmed Rehim Khan.
moitié du visage ; puis, il se dirigea rapidement vers la rive du fleuve, et il s'y précipita avec son cheval. Sa vie n'étant point arrivée à son terme, il sortit de ce tourbillon et atteignit le rivage du salut. Il parvint à gagner Khiva, et,le même jour, il s'assit sur le trône du khanat. lltouzer avait régné environ deux ans. C'est en l'année 1221 (1806) qu'il fut noyé dans le Djihoun.
Mehemmed Rehim Khan lui succéda. Son frère lltouzer Khan avait péri ; les soldats de l'armée avaient été, les uns faits prisonniers, les autres noyés ou tués sur le champ de bataille ; le trésor avait été livré au pillage. Deux de ses frères, Hassan Murad Bek et Djan Murad Bek, avaient succombé les armes à la main ; Qoutly Murad Bek, leur aine, avait été fait prisonnier. Tous ces frères étaient issus de la même mère. Echappé à ces dangers, Mehemmed Rehim se réfugia à Khiva et fut nommé khan. Son frère Qoutly Murad Bek revint de Boukhara, et tous deux s'occupèrent, de concert, à remettre en ordre les affaires de la province. Ils firent tout d'abord les préparatifs d'une expédition contre l'île d'Aral. Il y eut de grandes perles de part et d'autre, mais cette entreprise ne fut pas couronnée de succès. Les bords de la mer d'Aral furent complètement ravagés.
Au bout de quelque temps, Mehemmed Riza Bek, oncle de Rehim, se révolta à la tête d'une troupe d'Ouïgour. Ils se livrèrent au pillage, mais Riza Bek fut fait prisomiier et mis à mort par l'ordre de Mehemmed' Rehim Khan. Quand les Ouïgour furent rentrés dans le calme, Mehemmed Rehim Khan fit venir auprès de lui soixante personnages notables de cette tribu sous prétexte de leur faire des présents et de conférer avec eux. Us se rendirent à Khiva sans concevoir le
moindre soupçon. Quand ils entrèrent dans le château, ils furent arrêtés et massacrés.
Pendant Thiver, Tarmée fit une expédition dans le Dechti Qiptchaq contre les tribus Qazaq de Tchekly, de Teurt Qara et de Tcheumeky. Ces tribus résident sur les terres qui bordent la province d'Ourguendj et l'empire de Russie. Au printemps elles se rapprochent des frontières de ce dernier pays, et elles y établissent des marchés pour vendre et pour acheter. Elles amènent des moutons, des chameaux, des bœufs; elles apportent de la laine, du beurre, des peaux de moutons, de renards et d'autres marchandises. Chaque année, ces tribus vendent à la Russie pour quatre millions de moutons, de bœufs et d'autres marchandises.
Le Dechti Qiptchaq s'étend sur une longueur de cinq mois de marche depuis la mer Caspienne, jusqu'à Kachgar et Ilèh qui font partie de l'empire chinois; il est borné dans sa largeur, d'un côté par Ourguendj, Roukhara, Samarqand, Khodjend, Tachkend,Endedjan,Nemengan, et de l'autre par les frontières de l'empire russe, à partir d'Astrakan, en passant par Tibiq, Orenbourg, Yemanqalèh, Touriskèh (Troisk), Qizildjar (Petropavlosk), Chemy (Ichim), Simipoulad (Semi- palatinsk), Kakht (Kiakhta), jusqu'aux frontières d'Aqsou qui fait partie de la Chine. C'est dans ce désert que résident les tribus Qazaq; sa largeur est de soixante étapes. Au printemps, cesti'ibusse rapprochent des frontières de la Russie, et, en hiver, elles viennent établir leurs quartiers sur les confins de Boukhara, de Khiva et de Turkestan. Les tribus qui se fixent dans les environs d'Ourguendj sont celles de Tchekly, Teurt Qara, Oï, Qirq Miltigh, Bouzedjy Tchoudour, Qaraqalpaq, etc. Les tribus des alentours de Tachkend, Bou-
khara et Samarqand, sont celles de Tcheumeky, Qouïouth, Djebas, Qiptchaq, Djaghalbay, et Qaraqalpaq, etc. Les tribus des environs de Tachkend, de Khoqand, jusqu'aux environs d'Endedjan et de Nemengan et jusqu'à Kachgar sont les tribus de Qounghourat, Houchan, Orta Yuz, Qirghiz, Tèmèh et autres dont rénuméralion serait trop longue (1). Elles habitent toutes sous la tente. La plupart d'entre elles né mangent pas de pain, ne pouvant avoir de blé ; elles se nourrissent de viande de cheval, de lait de jument qu'elles nomment qimiz, de lait de brebis caillé et de lait de chamelle. Il y a dans ces tribus des gens qui possèdent cinq mille chevaux, cinq mille moutons, cinq cents chameaux et mille bœufs ; mais, la plupart de ces nomades sont misérables et dénués de ressources. Les riches prennent soin des pauvres. Leurs vêtements sont faits de peau de cheval et de peau de mouton. Chaque tribu a un chef ou Tourèh auquel on donne le nom de sultan. Ainsi Chir Ghazy Sultan commande aux tribus de Tchekly et de Teurt Qara; Boulky Sultan, aux Tcheumeky, aux Djebas et autres; Khouday Bendèh Sultan, aux tribus d'Orta Yuz, Qounghourat, Tèmèh et Houchan ; Qoubouz Sultan est le chef des tribus des Qirghiz et de celles qui sont fixées dans les environs d'Uèh et d'Aqsou en Chine.
(l) Les tribus de Tchekly, de Teurt Qara et de Tcheumeky appartiennent à la race d'Alim Oghiy, la première des races de la petite horde des Qirghiz Qazaq.
Les Oï et les Qirq Miltigh (les quarante mousquets), sont des fractions turkomanes de la tribu de Chèrèb.
Les Qouïouth, les Djebas, les Djaghalbay, sont des tribus de la petite horde et de la race de Bay Oghly.
M. de Levchine a donné les tamghas ou timbres particuliers à ces dijQférentes tribus dans la Description des hordes et des steppes des Kirghiz Kazaks, (Planche 8.)
Tous ces princes qui prennent le nom de sultan sont des descendants de Djenghiz Khan et de Djoudjy Khan. Les Qazaq sont turbulents et peu disposés à l'obéissance. Quand parmi eux un meurtre a été commis, il est de règle que le meurtrier donne mille moutons pour payer le rachat du sang. Le prix du sang du khan n'est point fixé, car s'il venait à être tué, on ne pourrait, disent-ils, établir un compte exact pour le prix de son sang. Ces tribus font continuellement des expéditions l'une contre l'autre pour se piller.
Il y a quatre roules pour se rendre de Boukhara en Russie : la première passe par Turkestan, ville fortifiée où se trouve le tombeau de Khodja Ahmed Yèssevy : elle est située sur le bord du Sihoun vers le Dechti Qiptchaq ; en partant de celte ville, on traverse le territoire occupé par les tribus de Qounghourat, Houchan, Orta Yuz et l'on parvient à Qizildjar sur la frontière de Russie. La seconde route part de Roukhara, traverse le Sihoun sur le territoire des Djebas et conduit à Touriskèh située sur la frontière de Russie. La troisième route part de Roukhara, longe le Sihoun et traverse le territoire des Iribus des Tcheumeky, des Tchekly, et des Teurt Qara pour aboutir à Orenbourg. La quatrième route est celle de Roukhara à Ourguendj et à Manghichlaq. Elle traverse le pays des Oï Qazaq qui habitent les bords de la mer Caspienne et elle aboutit à Astrakan : ou bien, parti d'Ourguendj, on passe par le pays des Qazaq Teurt Qara pour arriver à Orenbourg. Tous les conducteurs de betes desomme appartiennent à ces tribus Qazaq.
La distance qui sépare Orenbourg de Roukhara est de cinquante journées de caravane. La distance d'Ourguendj à Orenbourg esta peu près la même. Pendant l'hiver, le froid
est rigoureux dans cette contrée, il tombe beaucoup de neige et les orages sont fréquents. On y trouve peu de bois. Pendant l'été, on ne distingue pas de route tracée sur le sable et Teau est très-rare. Cependant toutes ces tribus Qazaq savent creuser des puits. Ces difficultés naturelles ont empêché les Russes de convoiter ce pays. Ils en sont séparés par une longue étendue de terre où il est bien difficile, de transporter des vivres et deTeau. Le Dieu maître du monde a créé une muraille d'Alexandre entre les musulmans et les Russes qui sont semblables à Magog. Si elle n'existait pas, ceux-là ne pourraient pas résister de ce côté aux armées des infidèles ni les repousser.
Je reviens à mon récit et à la narration de l'expédition que Mehemmed Rehim Khan fit contre les tribus Qazaq. Mehemmed Rehim donna Tordre aux Yomout et aux guerriers Uzbeks de courir sur les tribus qui se livraient au brigandage et qui, depuis de nombreuses années^ pillaient les caravanes des musulmans sans avoir été châtiées. Les Turkomans et les Uzbeks fondirent à Timproviste sur les tribus des Tcheumeky et Tchekly et livrèrent au pillage leurs biens et leurs richesses. Ils rentrèrent à Ourguendj ramenant prisonnières les jeunes filles de ces tribus.
L'année suivante, les tribus des Teurt Qara et des Oï furent également pillées. Ensuite, pendant l'hiver, l'armée se dirigea sur l'île d'Aral, domaine des Qounghourat qui, depuis soixante ans, vivaient indépendants et pillaient de temps en temps les caravanes d'Ourguendj. Il est impossible défaire arriver des troupes à Aral, lorsque l'eau n'est pas gelée. A l'époque où les troupes de Khiva se dirigèrent de ce côté, la mer était prise par la glace. Les habitants de l'île furent donc
attaqués. On perdit beaucoup de monde des deux côtés, et la situation devint critique pour les Araliens. Il y avait alors dans cette île un Khivien qui, redoutant la colère d'Iltouzer Khan, s'était enfui et était venu se réfugier auprès de Tourèh Soufy Murad. Il était resté quelques années à son service et avait acquis sa confiance. Les combats qui se livrèrent entre les troupes de Khiva et celles d'Aral lui firent voir que la fortune de Soufy était sur son déclin. 11 consulta son fils et lui dit : « Soufy Murad est maintenant seul dans un endroit écarté; ses soldats sont engagés sur le champ de bataille; saisissons l'occasion favorable, tuons Soufy Murad Tourèh et portons sa tête comme un présent à Mehemmed Rehim Khan. Sans aucun doute, il nous pardonnera nos crimes passés et il nous donnera des présents, un vêtement d'honneur et un emploi. Nous délivrerons le peuple de la tyrannie de Soufy Murad et nous aurons accompli un acte très-méritoire. » Le fils approuva hautement ces paroles. Ils s'assurèrent que Soufy Murad était seul et endormi ; il n'y avait d'autre personne à son service auprès de lui que le père et le Gis. Ils tirèrent leurs sabres, tuèrent Murad Soufy, jetèrent sa tête dans un sac et se dirigèrent en toute hâte vers le camp de Mehemmed Rehim. Les soldats de Mehemmed Rehim souffraient beaucoup du froid et du manque de vivres. Tout à coup, ils virent arriver un individu qui avait commis un meurtre et qui se dirigeait vers le quartier du khan pour solliciter l'aman (demander grâce). Les soldats lui donnèrent Taman ; il se rendit auprès du khan et jeta à ses pieds la tête de Soufy Murad.
Vers. « Il jeta la tête de Soufy aux pieds du khan ; lorsque celui-ci la vit, il la reconnut. »
Le khan fit immédiatement revêtir ces deux personnes d'un vêtement complet ; il leur accorda une gratification et leur donna un emploi. On cria aux soldats deTourèh Soufy : « Pourquoi continuez-vous à combattre ? Tourèh Soufy a été tué : cessez une lutte inutile. » Lorsque les troupes de Soufy furent assurées de la mort de leur chef, elles demandèrent quartier, et ae dirigèrent, le linceul et le sabre au cou, vers le camp de Mehemmed Rehim Khan. Celui-ci accorda un pardon général; on fit ensuite partir la famille et les richesses de Soufy et on revint à Khi va chargé de butin, triomphant et victorieux. Mehemmed Rehim établit comme gouverneur d'Aral un personnage possédant sa confiance. Les tribus Qazaq qui étaient en état de rébellion firent toutes leur soumission. Aujourd'hui ce district jouit d'une grande sécmîté. Mehemmed Rehim épousa, en légitime mariage, la fille de Soufy Tourèh.
Une autre fois, il fit, à la tête de vingt-cinq mille cavaliers, une incursion sur les frontières de Perse, dans le pays occupé par les Kurdes de Mechhed et à Kelât, patrie de Nadir Chah, et il en ramena beaucoup de prisonniers. Il y a seize étapes de Khiva aux frontières de Perse. Toutes les fois que le khan fait une incursion en Perse, il en rapporte un butin considérable et il en ramène un grand nombre de prisonniers ; il les vend soit à Roukhara, soit dans ses propres Etats. Les Persans redoutent beaucoup ces expéditions: chaque fois que leurs troupes sont engagées contre Boukhara, les Khiviens ravagent les provmces de la Perse.
Khiva est aujourd'hui en paix avec Boukhara. Le khan n'a jamais envoyé d'ambassadeur à la cour de Russie. Mehemmed Rehim Khan est doué d'un grand courage ; il manie
très-bien le sabre, il est plein de générosité ; toutes ses actions sont conformes à la loi religieuse ; il estime les ulémas et il n^est point porté à la tyrannie.
11 avait pour ministre Yar Mehemmed ; c'était un homme généreux, dévoué et qui, depuis son enfance, était à son service. Sa maison était contigué au palais du khan. Un membre de la famille de ce ministre vint de Boukhara pour lui faire visite et s'établit chez lui en qualité d'hôte. C'était un jeune homme d'une figure agréable. Le khan était, à cette époque, en expédition. A son retour, on lui fit savoir par l'intermédiaire de ses femmes, qu'une nuit, des esclaves avaient vu l'hôte de Yar Mehemmed dans l'appartement de la fille de Soufy Murad ; selon un autre récit, on lui fit dire que pendant son absence la fille de Tourèh Murad était allée dans la maison de Yar Mehemmed et que celui-ci lui avait fait de nombreux cadeaux. Telles sont les deux versions. Le khan demanda à la fille de Tourèh Murad : « Quand tu es allée dans la maison de Yar Mehemmed, quelle marque de considération t'a-t-il donnée? » La fille du Tourèh, qui n'avait que quatorze ans, répondit : <x 11 m'a donné tels et tels présents. » — « Fais-les apporter pour que je les voie », répartit le khan. On les apporta immédiatement. Le khan sortit sans dire un mot. C'était la nuit du vingt-sept Ramazan (1). Le khan ne fit aucune enquête, ne demanda aucun
(1) La nuil du vingt-septième jour du mois de Ramazan est la nuit de la puissance (Leiiet oui Qadr). C'est la plus auguste des sept nuits saintes. Selon l'opinion des musulmans mille prodiges secrets et invisibles s'opèrent dans cette nuit; les êtres inanimés adorent Dieu et les prières faites dans cette nuit seale équivalent en mérites à toutes celles que l'on ferait pendant mille mois consécutifs.
renseignement et ne fit aucune recherche. C'était au moment de la prière du coucher. H donna Tordre d'arrêter la famille de Yar Mehemmed DiVan Begui ; il le fît saisir, lui, son hôte, sa femme, ses enfants^ trente-six personnes petites ou grandes et même les enfants au berceau : les femmes furent mises à mort. La fille de Tourèh Murad fut exécutée avec deux esclaves. Yar Mehemmed fut appliqué à la torture, mais on ne tira de lui aucun argent; il n'avait que des dettes. (( Je n'ai point amassé de richesses, dit-il, je n'ai point commis d'acte de trahison, je suis innocent. La femme du khan est venue dans ma maison, et c'est pour lui faire honneur que je lui ai présenté des cadeaux ; je n'ai point eu occasion d'en instruire le khan. C'était ma destinée ; l'ordre appartient au Dieu unique, au Dieu terrible. «Le khan envoya ce malheureux rejoindre ses amis. Il ne resta personne de la famille de Yar Mehemmed : tous furent admis au nombre des martyrs.
En résumé, on ne voit jamais un Uzbek avoir des principes de justice et de religion. Ils sont comme les boyaux du mouton qu'on ne pent pwifier en les lavant. Les Uzbeks ne sont jamais animés de sentiments purs et nobles. La conduite de Mehemmed Rehim fut désapprouvée par son peuple et par tous ceux qui se trouvaient près ou loin ; tout le monde lui en fit un reproche. Que Dieu très-haut ne fasse pas retomber sur un innocent la faute commise par un autre. Car Dieu a dit : « Toute âme chargée d'un fardeau ne portera pas celui d'une autre (1). »
(1) Qoran, cbapit. xvii, verset 16.
Maintenant, c'est-à-dire en Tannée i 233 (1 81 8) , Mehemmed Rehim Khan gouverne la principauté d'Ourguendj et deKhiva. Son nom figure sûr la monnaie et il est prononcé dans la khoutbèh. Il frappe de la monnaie d'or et d^argent ; le poids du tilla est d'un misqal, celui de la monnaie d'argent appelée tenga est d'un dirhem. Sur une des faces du tilla on lit : « Frappé à Khiva, résidence de la souveraineté, » et sur l'autre : « Mehemmed Rehim Khan Rehadir. » En tout état de cause, Rehim Khan est plus équitable et plus humain qu'Iltouzer Khan.
Le royaume d'Ourguendj est aussi désigné sous le nom de Rich Qalèh (les cinq places fortes). La première place forte se trouve sur la rive du Djihoun et sur la route de Boukhara ; elle porte le nom de Hezaresp; elle est située sur une éminence et bien fortifiée ; elle est entourée d'eau et il est difficile de s'en emparer (1). On lit dans les chroniques, que lorsque Kharezm Chah se révolta contre Sultan Sindjar qui régnait à Mervi Châhidjan, le sultan se dirigea de Merv sur Hezaresp avec une nombreuse armée pour le châtier (2). Le poète Rechid Vathvath se trouvait dans la place. Il était resté de longues années au service de Sultan Sindjar avec lequel il s'était brouillé pour un motif de peu d'importance (3). Il
(i) La ville de Hezaresp est située sur le bord d'un canal dérivé du Djihoun et qui porte le nom de Pehlivan Àta ârighy. La population est composée de Sartetd'Uzbeks.
Khiva and Turkestan, translated from the Russian, by Capt. H. Spalding. F. R. G. s. Londres, 1874.
(2) La révolte d'Etsiz Kharezm Chah eut lieu en Tannée 542(1147). Cf. Ei»^ toire des suUans de Kharezm, par Mirkhond, texte persan publié pour Técole des langues orientales vivantes par M. Defrémery. Paris, 1842, pages 6 et 7.
(3) Le poète Rechid oud Din Mohammed Ibn Àbdoul Djelil, el Katib, el Omery.
s'était réfugié auprès de Kharezm Chah qui lui avait témoigné beaucoup d'amitié et d'affection. Envery (1) attaché au service de Sultan Sindjar, écrivit sur une flèche qu'on lança dans Hezaresp, le distique suivant :
Distique. « Empare-toi aujourd'hui de Hezaresp après un seul assaut : demain, tu seras le maître du Kharezm et de cent mille chevaux. »
On porta cette flèche à Rechid ; il en demanda une autre qui fut lancée dans le camp du sultan, et sur laquelle il avait écrit ce distique :
Distique. « roi ! quand bien même tu serais le héros Rustem, \m âne ne peut pas être le vainqueur de mille chevaux. » (Hezar Esp) (2).
Le sultan après avoir lu ces deux vers fut transporté de
Sa petite taille, son apparence délicate lui avaient fait donner le surnom de Vathvath. (Le martinet. Cypselus velox.) W naquit à Baikh et mourut à Kharezm en 573 ou 578 (1177-1182), à i*âge de quatre-vingt-dix sept ans. Il fut attaché au service d'Etsiz, fils de Mohammed Kharezm Ohâh et à celui de ses fils et petits-fils 11 Ârsian et Sultan Ch&h.
Rechid Vathvath a laissé un divan qui renferme près de dix mille distiques persans ou arabes, un traité de poétique intitulé : Hadaiq oui Sihr fi daqaîq il cki*ir. {Les jardins de la magie concernant les subtilités de la poésie), composé pour Etsiz; un manuel épistolaire et la traduction des cent sentences d'Aly et quelques autres ouvrages. On trouve des détails biographiques sur ce poète dans le Tezkeréh de Daoulet Chah, dans VAtech Kedéh de Hadji Louthf Aly beg et dans le Medjma^ oui fousseha de Riza Qouly Khan.
Le Hadaiq oui Sihr a été publié à Téhéran en 1279 (1862).
(l)Auhed oud Din Envery naquit dans le village de Bédénèh, dépendant d'Abiverd dans le Dechti Khaveran. Il fit ses études à Thous , au medressèh Manstourièh. Il fut le poète le plus brillant de la cour de Sultan Sindjar. Il a excellé dans les qassidèbs.
Il mourut en Tannée 547 (1152) à Balkh où il s'était réfugié. Le recueil de ses œuvres poétiques a été publié à Tauriz en 1266 (1849).
(2) Les deux poètes Rechid Vathvalh et Envery jouent sur le mot Hezar Esp, qui est le nom de la placé assiégée et qui signifie « mille chevaux. »
colère. Il jura que, s'il parvenait à s'emparer de Rechid^ il le couperait en sept morceaux. Au bout de quelques jours, la place de Hezaresp fut prise; Rechid Vathvath redoutant la colère du sultan, s'adressait à tout le monde pour intercéder en sa faveur, mais personne ne voulait le protéger. A la fin, il trouva un intermédiaire dans la personne de Téouyer du sultan qui, autrefois, avait eu avec lui des rapports d'amitié. Il fut convenu que, lorsque le sultan serait dans une disposition d'esprit favorable, Vathvath serait introduit en sa présence, et que, dans ce moment propice, il lui parlerait. L'écuyer donna cette assurance à Vathvath. Pendant que le sultan assistait à un joyeux festin, l'écuyer fit paraître devant lui Rechid Vathvath dont la taille ne dépassait pas une coudée et demie et dont l'apparence était frêle et délicate. Son chétif extérieur lui avait valu le surnom de Vathvath. Vathvath est le nom d'un oiseau dont le corps est très-effilé et dont les pattes sont à peine visibles. Rechid dit immédiatement au sultan: « mon roi 1 j'ai entendu dire que vous aviez, pour une faute légère commise par lui, donné l'ordre de couper Vathvath en sept morceaux. Vathvath est un être faible et débile, il serait impossible de le tailler en sept quartiers. Pourquoi ne pas le couper seulement en deux? » En entendant ces mots, le sultan se mit à rire et fui accorda son pardon.
La deuxième place forte est celle de Khankah. La troisième celle d'Ourguendj. La quatrième celle de Ket. La cinquième celle de Châhbad. Les villes de Khi va et de Gulran sont aussi entourées de fortifications. La longueur de la province est de cinq journées de marche. Sa largeur de deux à trois journées. Nous n'y comprenons pas l'île d'Aral à cause
de son éloignement. Dans le Kharezm^ les villages sont rapprochés les uns des autres. Les nomades Turkomans, Uzbeks, Qaraqalpaq sont nombreux. Le khan peut lever quarante mille hommes de troupes quand cela est nécessaire. Aujourd'hui (1 233-1 818), Mehemmed Rehim Khan est souverain d'Ourguendj et de Khi va (1).
C'est à Khiva que se trouvent le tombeau et la sépulture de Pehlivan Baba Mahmoud Khivaqy. On lit sa biographie dans le livre intitulé : Medjalisouloiichchaq. On y rapporte qu'un lutteur était venu de l'Inde à Khiva. Selon ime autre version, Pehlivan Mahmoud se serait rendu auprès du souverain de ce pays. Celui-ci donna l'ordre de faire combattre le lendemain Pehlivan Mahmoud avec un lutteur indien. Le soir, Pehlivan Mahmoud alla faire .ses dévotions au tombeau d'un saint personnage. Il y vit une vieille femme qui, la tête nue et le visage tourné vers le ciel, invoquait Dieu en disant : « mon Dieu ! ne couvre pas de honte et de confusion, aux yeux du peuple, mon fils qui doit demain lutter avec Pehlivan Mahmoud! donne à mon fils assez de vigueur pour ne point être jeté à terre et permets-lui de terrasser Mahmoud. » En entendant ces mots, Pehlivan Mahmoud fut saisi de pitié et de compassion pour cette faible créature ; il l'aborda et lui dit : « ma mère ! le Dieu très-haut a exaucé tes vœux : demain, Pehlivan Mahmoud sera étendu sur le sol. » Ces paroles comblèrent de joie celle vieille femme. Le lendemam, lorsque les deux adversaires se mirent à lutter, Pehlivan Mahmoud fut renversé, à l'étonnement de tous les spectateurs. Le jour suivant, le roi se rendit à la chasse. Pehlivan
(1) Mehemmed Uehim Khan est mort à la fin de Tannée 1257 de rHégire!l84l).
Mahmoud se trouvait sur le bord d'un ravin ; tout à coup, le roi poussa son cheval qui fit un bond et arriva au bord du précipice; le roi ne put retenir sa monture et peu s'en fallut qu'il ne fût précipité avec elle dans le ravin, PehJivan Mahmoud, de sa main ouverte, arrêta le cheval et prévint tout accident. Le roi le combla d'éloges et il fut reconnu alors que c'était par suite d'un dessein prémédité qu'il s'était laissé renverser, car le lutteur indien était loin d'avoir sa vigueur. Mahmoud est un personnage qui a été favorisé par des révélations divines et dont la sainteté s'est manifestée par des miracles. Que la miséricorde de Dieu soit sur lui (1) I
(1) Pehlivan Mahmoud, le saint le plus vénéré du Kharezm, naquit à Khîva. Il reçut le surnom de Pour Yar et, selon une autre version, celui de Boukyar, mot qui, dans le dialecte du Kharezm, signifie un lutteur sans rival. Il a laissé un recueil de poésies mystiques, différents traités ascétiques et un ouvrage inli« tulé : Kenz oui Hagaîq [le Trésor des vérités). Kemal oud Din Hussein Kazerguehi, auteur du Medjalis oui ouchchaq, cite quelques-unes de ses poésies et Riza Qouly Rhan, dans le récit de son ambassade au Kharezm, a donné un choix de ses roubayiat ou quatrains. Mahmoud Pehlivan mourut en 722 (1322] à Khiva où il est révéré sous le nom de Mahmoud âta ou de Pehlivan âta.
KHOQAND
GÉNÉALOGIE DES CHEFS UZBEKS DE LA PROVINCE DE KHOQAND, APPELÉE AUTREFOIS FERGHANAH (1)
Tout le pays qui s'étend au-delà d'Ouralèpèh dépend du gouvernement de Khoqand. La superficie du Khoqand est plus grande que celle d'Ourguendj. La longueur de ce pays
(1) La province de Ferghanah fait partie, selon les géographes orientaux, du cinquième climat. Elle est arrosée par le Sihoun qui la divise en deux parties. Elle est bornée au nord par la chaîne de TAla Tagh, au sud par les monts Esperèh.La population se compose d'Uzbeks,de Qirgbiz Qazaq etdeTadjik, qui sont sunnites et suivent le rite hanéûte. Les habitants parlent le persan et le turc oriental.
Celte province a été peuplée, selon la tradition, par Nouchirevan qui y transporta de Perse un membre de chaque famille.
Baber donne, au commencement de ses mémoires, une description détaillée de cette province. Memoirs of Zehir-ed-Din Muhammed Baber, translated bj John Leydenand W. Erskine. Londres, 1826.
Mémoires de Baber, traduits par M. Pavet de Courteille. Paris, 1871.
Memoir on the Uzbek state of Khokan, in central Asta, by W.-H.Wathen, Esq. Calcutta, 1834.
20a MHÛQAND
efil de vingt journées de marche, sa largeur de dix journées On y trouve de belles villes. Tous les biens de la terre et les fruits y sont abondants ; la vie y à est fort bon marché. Cette contrée s'étend depuis Ouratèpèh , qui est au-delà de Samarqand, jusqu'aux environs de Kachgar. La première province que l'on rencontre est celle deKhodjend (1) ; la seconde , celle de Tachkend (2) ; la troisième, celle de Khoqand (3) , où se trouve la capitale ; la quatrième, celle d'Ended-
(1) La ville de Rhodjend, capitale de la province de ce nom, est bâtie sur une éminence non loin du Sihoun et sur la rive gauche de ce fleuve. Elle est entourée d'une muraille en terre en partie ruinée ; elle est très-peuplée. Les habitants se font remarquer par leur intelligence et l'affabilité de manières. Le persan est la langue courante ; mais le turc y est aussi compris.
Khodjend est la patrie du poète Khadjèh Kemal Rhodjendy, contemporain de Hàfiz et mort à Tauriz en 792 (1389).
Le district de Khody end jouit d'une grande réputation pour rabondance et pour la saveur de ses fruits.
(2) Tai hkend est située dans une plaine d'une extrême fertilité et sur le bord du Tchirtchik, affluent du Sihoun. Elle est entourée d'une haute muraille percée de douze portes. On trouve dans cette ville de nombreuses mosquées et quelques medressèhs.EUe est protégée par une citadelle qui s'élève à un quart d'heure de la ville: le gouverneur du district y réside. Le palais des anciens khans est en ruines. Tachkend est environnée de vignobles et de jardins arrosés par des canaux dérivés du Tchirtchik. Nazarof, Voyage à Khokand, tome I, pages 75-76.
(3) Khoqand a étt3 agrandie et entourée de fortifications par Ner Boutèh Bi. Avant le règne de ce prince, Khoqand n'était qu'un village. Les rues de la ville sont étroites, les maisons construites en terre, il y a de nombreuses mosquées, trois bazars et quatre caravanséraTs. On remarque le palais du khan. On fabrique à Khoqand des tissusde soieetde coton renommés. Le commerce y est très-actif et tout le transit entre Boukhara d'une part, la Chine et la Russie de l'autre, se fait par cette ville. Voyage à Khokand, par Nazarof, tome II, pages 60 et suivantes. De Meyendorf, Voyagea Boukhara^ page 117.
« Khoqand, dii M. Potanine, est traversée par une petite rivière nommée Karatau, dont les bords en pente douce présentent un terrain parfaitement uni sur lequel est bâcie la ville : celle ci se divise en deux parties qui se trouvent réunies par deux ponts de pierres ornés de tours à leurs extrémité. L*un de ces ponts est situé vis-à-vis du palais du khan. La capitale du Khoqand, qui peut avoir 25 verstes de circuit, compte environ 3,000 maisons en terre, dont beau-
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jfin (1 ) ; la cinquième, celle deNemengan (2) ; lasixième, celle dexMourghilan(3);laseptième,celledeFerghanahetdeTakhti Suleïman (4) ; la huitième, Kani Badam (5) ; la neuvième,
coup, néanmoins, sont bâties arec art et d'un aspect agréable, et cent mosquées, la plupart en briques, avec de belles façades. La population en peut être évaluée (hormis les femmes) à 15,000 âmes, y compris 4,000 hommes de troupes. Malheureusement, les rues y sont étroites, tortueuses et malpropres. La ville renferme six marchés où figurent touUs les productions de la localité qui, du reste, ne possède que deux manufactures, l'une de papier à écrire, Tautre de poudre, le tissage des étoffes se faisant dans les maisons particulières. »
Notice sur le Khokand, par le cornette Potanine, dans les Extraits des publications de la Société impériale géographique de Russie, Saint-Pétersbourg, 1859, pages 54-55.
(1) Endedjan est Tancienno capitale de la province de Ferghanah. Au centre de la ville s'élève le château du gouverneur, entouré d'une muraille percée de quatre portes, et autour duquel sont groupés les diiïérenls quartie^'s de la ville. Les environs sont fertiles et bien arrosés. Les habitants se livrent à Tagriculture
* et à relève des vers à soie. On exporte d'Endedjan des tissus de coton. V. Nazarof, Voyage, etc., page 59.
(2) La petite ville do Ne mengan est située à une journée de marche à l'est d'Endedjan. Elle est di^fenduo par un petit château occupé par une garnison de deux cents hommes. Nazarof, Voyage, page 60.
(3) Mourghilan, Mourgân, Mourghistan, ou Merghinan, car on trouve cette ville mentionnée sous ces quatre noms, est éloignée do deux journées de marche de Khoqand. C'est une viile considérable, aux rues étroites, aux maisons construites en terre. On montre, dans une mosquée, au centre de la ville, un drapeau rouge que la légende fltribue à Alexandre le Grand. Elle renferme,au dire de Mir Izzet ouUah, le tombeau d'fskender Zoul Qarneïn.
On fabrique à Mourghilan du velours, des étoffes de soie, des draps d'or ot d'argent et des châles qui sont bien inférieurs à ceux de Kachmir.
i4) Takhti Suleïman, appelée aus^i Ouch, est la ville principale du district de Ferghanah. Son territoire est occupé par dôs tribus Qirghiz qui, sous l'administration de Ner Boutèh Bi, se livraient au brigandage. Son fils Alim Khan mit fin à leurs déprédations par des mesures rigoureuses.
Ouch passe, dans V\Ae centrale, pour avoir été la capitale de Salomon. Un édifice surmonté d'une coupole s*é!ève à l'ouest de la ville sur une éminence où se trouvait, dit-on, le trône de Salomon. Tous les printemps, on s'y rend en pèlerinage des pays voisins. On montre également à Ouch le tombeau d'Acef, ministre de S.tlomon.
Meerizzut ojllah, Travels, pages 49 et 50.
(5) Kani Badam ou, d'après Baber, Kendi Badam. Ce canton doit son nom à
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Khyèh(l) ; la dixième, le pays de Qaradjèh (2) ; la onzième, Chouglan (3) . 11 y a aussi de gros bourgs qui ont des villages dans leur dépendance. Les tribus nomades sont nombreuses; elles sont Uzbeks ou Qirghiz ; il n'y a point de Turkomans. Les Qazaq et les Qounghourat reconnaissent l'autorité de Khoqand.
Ner Boutèh Khan Uzbek gouvernait Khoqand pendant le règne de l'Emir ChâhMurad à Boukhara. C'était un homme d'une grande simplicité des mœurs, son nom ne figurait pas sur les monnaies et n'était pas prononcé dans la khoutbèh. Il gourerna pendant longtemps ; à sa mort, son fils aîné Alim
la quantité d'amandes que Ton y récolte. La ville de Kani Badam est bien peuplée; elle est située au pied d'une colline qui s*élève au nord-ouest, entre les villages de Chah Birdi et de Mahrem.
Meer Izzut oollah, Travels, page 53.
(1) Je suppose que l'auteur a voulu mentionner le district et la vilJe de Ghàhroukhièh, autrefois connus sous le nom de Benakct. On trouve aussi dans Edrisy une localité désignée sous le nom de Kibèh à l'est de Rhodjend. La viUe de Kibèh, qui était l'une des plus importantes de la province de Ferghanah, passait pour avoir été fondée par Nouchirevan. F-lle faisait un commerce considérable et renfermait de beaux bazars. •
Hadji Khalfa dans le « Djihan Numa » cite une ville de Veqia bâtie sur la rive nord du Sihoun et éloignée de deux journées do marche au sud de Tachkend et de cinq journées de marche au nord-ouest de Khodjend.
(2) Ce pays, situé au sud de la principauté de Khoqand» e-st un district mon« tagneux. Il doit son nom à la tribu Qirghiz des Qaradjèh qui a établi ses campements dans le Qaradjèh Tau.
(3) Chouglan ou Ghoughnan est le nom d'un petit district situé ^ur la rive gauche de l'Amou Deria. C'est un pays abrupte dans lequel on ne peut pénétrer que pendant l'été, par des défilés dont le passage est toujours dangereux.
Le Ghoughnan ne renferme aujourd'hui que trois cents familles. Il était beaucoup plus peuplé avant les incursions de Murad Bek deQoundouz. Les habitants de Ghoughnan doivent payer aux chefs de Badakhchan et de Qoundouz un tribut d'esclaves. Ils suivent le rite chiite et parlent un dialecte particulier. Ghoughnan est considéré comme un district du Khoqand ou comme une annexe de Badakhchan.
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lui succéda (I). Ruslem Bek, son autre fils, fut mis à mort par son frère Alim Khan après la mon Je Ner Boutèh . Omer Khan, après le meurtre d'Alim Khan, gouverna Khoqand : ces détails seront donnés plus loin.
Alim Khan Ghazy, d'accord avec les grands, s'empara du pouvoir après la mort de son père, flfît périr son frère Rustem Bek qui n'avait pas son égal en beauté, en vertu et en générosité, il fît périr également plusieurs de ses parents et de ses oncles et tous ceux qui lui faisaient de l'opposition. Il prit le nom de khan; il fît prononcer son nom dans la khoutbèh et frapper monnaie.
Tachkend avait pour gouverneur Younis Khodja dont la généalogie remontait à Abou Bekr. Alim Khan s'empara de Tachkend à main armée ; il soumit les Qazaq et il se mit en hostilité avec Boukhara. Une première bataille fut livrée à Ouratèpèh. Alim Khan fut battu et obligé de se retirer en désordre. Une seconde fois, il fît marcher son armée contre Ouratèpèh : les soldats de Boukhara furent surpris et Ouratèpèh emportée. Une partie de la garnison fut passée au fîl de l'épée et l'autre faite prisonnière.
Alim Khan était, en vérité, doué d'un grand courage et d'une grande audace. Il n'accordait aucun crédit aux cheikhs et aux soufys. On raconte qu'un cheikh avait, à Khoqand, un grand nombre de disciples; il prétendait que sa sainteté lui avait valu des révélations et le don des miracles. Un jour, Alim Khan assis sur le bord d'un bassin, ordonna de
(1) Le lecteur trouvera à l'appendice § III des di^tails sur Ner Boutèh Bi et sur quelques-uns des chefs qui gouvernaient les petits Etats de PAsie ceutrale à ta fia du dix-huitième et au commencement du dix-neuvième siècle.
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tendre une corde au-<lessus de ce bassin et envoya chercher le cheikh. Celui-ci accourut avec quelques-uns de ses disciples et s'assit en présence du khan. Au bout de quelques instants, Alim Khan lui dit : « cheikh! demain, au jour de la résurrection, vous ferez passer vos disciples sur le pont de Sirath au-dessous duquel se trouve Tenfer. Aujourd'hui, passez sur cette corde, afin que je sois témoin d'un de vos miracles. » Le cheikh se mit à le sermonner et à lui donner des conseils qu'il appuyait de citations de versets du Qoran et de traditions du Prophète. Le khan fut inflexible. Il lui ordonna de passer sans retard sur la corde. A peine le cheikh y eut-il mis le pied qu'il tomba dans le bassin. De touscôlés on fondit sur lui à coups de bâtons, et on l'en accabla jusqu'à ce que mort s'ensuivit. Partout où il trouvait un derviche ou un homme revêtu du froc ou du bonnet des religieux, il donnait ordre de l'arrêter et il en faisait un conducteur de chameaux.
Il y a quatre-vingts ans (1) les sept villes situées sur les frontières de la Chine du Nord, comme Kachgar, Yarkend, Khoten, Aqsou, Uèh, Doy (2), qui ont dans leur dépendance
(1) Le Turkestan fut conquis en 1758 et annexé à l'ompire chinois sous le nom de « Pays de la nouvelle frontière. »
(2) «Kachkar, communément Kachghar, une des villes considérables du Turkestan, est éloignée de mille li d'Aksou, et de trente-cinq journées de caravane ae Semipalatinsk. Les étrangers donnont généralement le nom de Kachkari à tous les habitants du Turkestan oriental. Cette ville est très-importante; son termoire forme Textrémo frontière de l'empire chinois vers le sud-ouest; il touche, au nord, à la chaîne des montagnes neigeuses, au-delà desquelles le pays n'est pas soumis auxMandchoux.
« Kachghar paie annuellement une contribution de 3,600,000 poul on 36,000 onces d'argent, et 14,C00 sacs de blé, que Ton emploie en lotaliio à l'entretien de la garnison composée de 10,000 hommes, sous le commandement
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des cantons bien peuplés, fertiles, abondants en fruits et qui renferment des medressèhs, des mosquées, des khans et de beaux bazars, étaient gouvernées par des khodjas qui pre-
d*un dziangghiun ou gouv*irneur militaire. Quelquefois, au lieu d'ar^enl, on prend dix mille pièces de toile, que Ton expédie à lli. La dixième partie des marchandises est retenue pour les droits; on la vend, après Tavoir taxée, et l'on verse le produit dans la caisse générale. Neuf villes relèvent de la juridiction de Kachghar. Le territoire voisin est, en général, fertile en blé et en fruits. Ou fabrique, dans ces contrées, du drap d*or et d'argent, du satin, des étoffes de soie, du (il d'argent et d'or^ et de la toile. Les productions du sol consistent en grenades, coings, melons, pommes, fruits en pâle et raisins secs ; une partie sort pour payer les impôts à la cour de Pékin. La ville de Kachghar est bâtie près d une citadelle, et elle est très pei^plée. Les habitants sont à leur aise et très-habiles dans l'art de polir le jade et dans la fabrication des étoffes d'or. Le corps des marchands est nombreux, le commerce flori:^sant, et le concours des différentes nations très-grand. Les droits de douane senties mômes qu'à Aksou. On trouve, dans cette ville, un grand nombre de chanteuses et de danseuses habiles. Les gens riches en entretiennent chez eux et les y élèvent pour former leur éducation, comme en Chine. D'ailleurs,- les habitants sont soumis aux lois, et, bienjdifférents des habitants de Koutche, ils respectent les officiers chinois; du reste, ils sont gi-ossiers; ils aiment le plaisir. » Timkovski, Voyage à Pékin, tome I, pages 406 et suivantes.
Cf. aussi Report to a mission at Yarkufld, by sir T. D. Forsyth K. C. Calcutta, 1875, pages 38 et suivantes.
a Yarkand ou Varkiang est une des grandes villes du Turkestan. Depuis la conquête de ces contrées, les habitants paient un tribut annuel de 35,370 onces d'argent, 30,540 sacs de blé,30 onces d'or, 800 kin d'huile d'olives, et desimpôts évaluésà l,649onces d'argent; ces contributions servent à l'entretien de la garnison de la ville. Les Turkestani sont, de plus, obligés de fournir 57,569 pièces de toile de coton, 15,000 kin de coton écru, 1,432 sacs de toile, 1,297 pièces de cordis et 3,000 k n de cuivre ; cette contribution est envoyée à lli.
« Le territoire de Yarkiang est uni et d'une grande étendue : il louche, vers l'est, à Oucbi ; vers l'ouest, à Badakhehan ; vers le sud, à Khotan, et, vers le nord, à Kachghar; au sud-ouest, il confine avec des pays étrangers. On compte, à Yarkiang, douze mille maisons; chacune des neuf villes qui relèvent de sa juridiction en renferme mille. La garnison, composée d'environ quatro mille cinq cents hommes, habile un quartier séparé : le reste est occupé par desTur* kestani. L'on ne voit pas uti coin désert. Des marchands chinois du Chang-si, du Chen-si, du Tcbe-kiang et du Kiang>si viennent commercer à Yarkiang, malgré sa grande distance. On y rencontre également un grand nombre de marchands
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naient le nom de Seyid Azhem Husseïny. Ces khodjas gouvernaient héréditairement depuis l'époque de TEmir Timour Gouregan. La Chine, malgré sa puissance, n'intervenait pas
élraDgers d'Andzidjan, de Kachemire et d'autres lieux. Le bazar, dont la longueur est de deux li, est, aux jours de marché, rempli d'hommes et de marchaudiscs. On y voit de liches marchandises de toute espèce, du bétail et toutes sortes de fruits en abondance. Ses habitants sont pacifiques ; ils estiment les Chinois et respectent les fonctionnaires publics; ils sont d'un caractère timide; ils aiment les bateleurs et les festins ; les faibles sont opprimés par les puissants; les juges amassent des richesses en abusant de leur pouvoir. Aussitôt qu'un Turkestani pauvre commence à amasser de l'argent, ces juges tâchent de s'en empafer. Voilà pourquoi, malgré la grande population de la ville, on y trouve peu de familles aisées. Le territoire voisin produit du riz, du millet, des légumes et des fruits d'un goût excellent. sTimkovski, Voyage à Pékin^ tome U pages 402 et suivantes.
Sir T. D. Forsyth, Report on a mission to Yarhund. Calcutta, 1875, pages 34 et suivantes.
La ville de Khoten, capitale de la province de ce nom, est située sur la rivière qui porte son nom. Elle renferme environ six mille maisons. Sous la domination chinoise, une garnison do deux mille hommes occupait le fort de Gulbagh. La population do Khoten se compose de Turks, deQirghiz, de Tibétains, d'Afghans et d'individus originaires duKachmir et du Pendjab. Khoten est célèbre pour ses fabriques de soieries, pour son musc : on recueille dans celte province du jade et du musc.
M. Aboi Rémusat a public l'Histoire de la ville de Khotan, tirée des annales de la Chine et traduite du chinois. Paris, 1820. Le D"^ Bellew et le capitaine Chapman ont insi^ré une description de la province et de la ville de Khoten dans le Report of a mission to Yarkund, da sir T. D. Forsyth. Calcutta, 1875, pages 32 et suivantes.
« A deux cents li d'Ouchi se trouve Akiou, qui est de !a juridiction de cette ville et n'a point de fortifications. Le nombre des maisons y est de six mille ; il y a une douane. Quiconque arrive ici des pays étrangers pour faire le commerce, doit payer des droits. Les nations qui fréquentent cette ville sont : des Chinois, venant des villes de rintJrieur de l'empire, des Kirghiz^ des habitants du Turkestan oriental et méridional, des Kachemiriens, des habilants de l'Inde et de Tachkend; ils sont tonus de donner une piôoe de marchandise sur trente; les Kachemiriens seuls, à cause du grand commerce qu'ils font, ne paient qu'une pièce sur quarante. Les campagnes sont très- fertiles : partout on voit les lentilles, le froment, l'orge, le millet^ les pois .et le coton promettre des moissons abondantes; les jardins et les potagers sont remplis do pèches, d'abricots, de poires, de grenades, do raisins, de pommes, de melons, de melons d'eau et de
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dans les affaires intérieures du p^s. Il arriva cependant que la discorde se mil entre ces khodjas, comme elle s'est mise entre les Tatars et les khans de Crimée, et elle a fourni ainsi l'occasion aux inGdèles de s'emparer de ce pays.
Un des khodjas se réfugia auprès de l'empereur de Chine, dont la capitale est Matchin (1); il lui demanda le secours de ses troupes. L'empereur, qui attendait depuis longtemps qu'un pareil désir lui fût exprimé, accorda des troupes in-
plantes potag^os do toute espèce. Les habitants sont généralement à leur aise. On voit de non^reux troupeaux d'animaux domestiques, tels que bœufs, vaches, moutons, chaméfiux et chevaux. On fabrique beaucoup de toiles de coton; on façonne le jade*i^ec une grande perfection ; les brides et les selles en cuir de cerf brodées, sont^fenommées dans toutes les villes du Turkestan. Les habitants sont d'un caractèrta. franc et cordial; mais, de môme que la plupart des Turkestani, chicaneurs et^iiçascibles. La grande route traverse la Wlle, ce qui amène un grand concours dè^'marchands chinois et étrangers qui viennent faire le com« merce, surtout pendant Jes foires.
« Aksou est la résideiioe d'un amban, nommé par le gouvernement chinois; lia le rang de colonel ; il reW)lit les fonctions de chef de police et vise les passeports des personnes qui vjrrivent et do celles qui partent ; il demeure dans le faubourg de Goulbakh, etV trois mille soldats sous ses ordres. y> Timkovski, Voyagea Pékin, tome f, pagâ^l.
Ilèh, Ili ou Qouldja, grande s ville commerçante bâtie sur la rive droite du fleuve Ili qui se jette dans le lac Balkhach, était, sous la domination chinoise, la capitale d'une province importa p te. Ancienne résidence du khan des Dzoungares, elle fut conquise par les Chiîiûis qui y entretenaient une nombreuse garnison de soldais mandchoux. La villflkélait entourée d'une muraille en pierres de taille et renfermait vingt mille habrtants. Les Chinois avaient fixé dans la province d'Ili six mille familles du Turkekan pour s'y livrer à l'agriculture.
Doy me paraît désigner Kouhnèh Thourfan, la ville principale du district de ce nom. Sous la domination chinoise , Thourfan était l'entrepôt du commerce de la Chine avec l'Asie centrale. J^ ville est bien fortifiée ; elle renferme environ six mille maisons, et la population se compose de Chinois du nord et de Toughâny. La garnison était de trois mille hommes qui occupaient le fort de Kouhnèh Thourfan.
(1) Pékin est désigné parles musulmans de l'Asie centrale sous le nom mogol de Khan' Baligh (la ville du khan), ou sous ceux deBedjin, Tcbin ou Djin et Matchin.
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nombrables. Leskhodjas restés à Kachgar étaient Serim Saq Khodja et Afaq Khodja (1). Us levèrent, de leur côté, des soldats et^ pendant quelques années, ils résistèrent aux infidèles dont ils précipitèrent des milliers en enfer. Mais les troupes chinoises sont aussi nombreuses que les hordes de Gog et de Magog. Le nombre l'emporta et Serim Saq dut s'enfuir avec ses enfants et sa famille à Badakhchan. Afaq Khodja périt sur le champ de bataille. Une province musulmane tomba sous le joug des infidèles. Un envoyé chinois suivit Serim Saq Khodja à Badakhchan ; le gouverneur de cette contrée livra pour une somme d'argent le khodja qui fut mis à mort. Ses enfants s'enfuirent et 3e réfugièrent à Boukhara.
Quand le pays fut soumis à la domination chinoise, le gouvernement ne fut point donné au khodja qui avait sollicité l'intervention de la Chine. Il fut confié aux personnages qui, du temps des khodjas, étaient administrateurs, fonctionnaires ou notables et qui, ayant abandonné leur parti pour embrasser celui des Chinois, avaient ainsi provoqué la fuite de Serim Saq Khodja. Aujourd'hui, leurs enfants sont encore gouverneurs dans les sept villes. Dans chacune d'elle il y a un qazhi et des ulémas (gens de loi musulmans) . Toutes les fois qu'il se présente une aff'aire, elle est jugée selon les
(1) Son nom était Khodja Seadel Aly ; il est plus connu sous le surnom do STÎm Saq, mot-5 qui, en turc oriental, signifient « semblable à Taigle noir, o Ilistory of Kashgar, by D^ Hellew, dans lo nc;iortof a mission to Yarkund in 1873, bysirT. D. Forsylh. Calcula, 1875, page 180.
On peut consulter sur les Khodjas une noie de M. W.-W. Grigoriew dans VWstoi7'e de Boukhara, de Khokandetde Kdc/tgar, par M irza Chems, pages 100 et suivantes. ■
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prescriptions de la loi religieuse. En dehors de chaque ville, les Chinois ont élevé un bâtiment où résident une garnison d'environ cinq cents hommes et un haut fonctionnaire délégué par le gouvernement chinois. Si un événement vient à se produire, on en instruit d'abord le chef des musulmans, et celui-ci va en rendre compte au fonctionnaire chinois. Les négociants qui viennent de Boukhara et de Khoqand peuvent entrer dans ces sept villes ; mais ils n'ont point la permission d'aller dans les autres localités soumises à la Chine 0).
Un ambassadeur du gouvernement de Khoqand se rend, à des époques indéterminées, à la cour de l'empereur de Chine; les autres pays n'en envoient point (2). Voici la cause pour laquelle on autorise un envoyé de Khoqand à se rendre en Chine. Lorsque les Chinois s'emparèrent des sept villes, les enfants de Serim Saq Khodja se retirèrent à Boukhara. L'empereur assigna au gouverneur de Khoqand une pension qui .lui est payée annuellement par le trésor, pour qu'il eût à empêcher les enfants de Serim Saq de se rendre à Kachgar, soit seuls, soit accompagnés par des troupes. Le gouverneur de Khoqand avait fait savoir, à plusieurs reprises, à la cour
(1) Nous possédons un tableau complet da l'administration chinoise dans la province de Kachgar. Il a été tracé par M. Timkov^ki, Voyage à Pékin, tome I, pages 384 et suivantes, par Mir Izzel ouUah, Travels, pages 25 et suivantes, et par Ahmed Chah Naqchbendy dont la relation a été traduite par M. J. Dowson. Journal ofthe Royal Asiatic Society . Londres, 1850, pages 382 et suivantes.
/2i On trouvera dans l'appendice § lii le récit d'un envoyé de Khoqand à la cour de Pékin.
Mir Izzet ouilah a inséié daAs ses voyages Tiiinérdire de Molla Nazar qui fit en 12:^8 (1811) le voyage de Pékin à Kachgar. Meer Izzt't ooUah, Travels, pages 32 et suivantes.
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de Pékin que le souverain de Boukhara avait secouru les enfants de Serim Saq, qu'il leur avait donné des troupes nombreuses, mais que, quant à lui, il leur avait barré le chemin et ne leur avait pas permis de traverser ses possessions pour marcher sur Kachgar : que, de ce fait, il avait perdu du monde et dépensé quelques milliers de tillas. L'empereur de Chine avait agréé ces explications, et il avait souscrit au désir du gouverneur de Khoqand, en lui accordant une pension qui lui est servie encore aujourd'hui.
Tous les deux ou trois ans, un ambassadeur se rend à Pékin et revient à Khoqand, après avoir été gratifié de cadeaux. La pension cessa une fois d'être payée à Alim Khan qui, pendant trois années, empêcha les caravanes parties de Boukhara et de Khoqand de se rendre à Kachgar. 11 en résulta qu'il reçut en une seule fois la pension de trois années et que la bonne harmonie fut rétablie.
Alim Khan se livra à tous les excès de la tyrannie et de l'oppression; ses sujets et tout le monde s'enfuyaient de tous côtés pour s'y soustraire. Il fit mettre à mort un grand nombre d'innocents. Personne ne pouvait plus disposer de ses filles, le khan en faisait cadeau à qui il lui plaisait. Les soupirs des opprimés arrivèrent jusqu'aux Pléiades. On implora Dieu pour obtenir sa mort. Pendant la foire de Khoqand, Alim se rendit à Tachkend, à la tête d'une nombreuse armée dont il donna le commandement en chef à son frère Omer Bek, auquel il adjoignit son oncle maternel ; il leur donna l'ordre de piller les Qazaq du Dechti Qiptchaq. Malgré la rigueur de la saison, Omer Bek ravagea le pays occupé par les Qazaq : ceux-ci demandèrent à se soumettre ; comme ils n'avaient commis aucune faute, Omer Bek les traita avec humanité,
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et il revint à Tachkend où se trouvait Alim Khan. Lorsque Orner Bek parut devant lui, il lui demanda le récit de ce qui s'était passé. « Nous avons pillé les uns, répondit celui-ci, et accepté la soumission des autres ; ils nous ont payé les impôts, et nous ont prêté serment de fidélité. »
Alim Khan, transporté décolère, accabla Omer Bek d'injures et de malédictions. « Repars immédiatement, lui dit-il, a massacre les Qazaq, dépouille-les, pille-les, sinon ne reviens pas auprès de moi, je ne veux ^\\is voir ta figure ; n'agis plus selon les conseils de ton oncle maternel : ce n'est point un homme, ce n'est qu'un idiot et un maudit. » Omer Bek sortit. Les troupes, dont le nombre s'élevait à dix mille hommes, étaient campées en dehors de la porte, 11 fit à Taghay et aux officiers de l'armée, le récit de la colère et de l'emportement d'Alim Khan. Tous s'accordèrent à dire que leurs chevaux ne pouvaient plus marcher ; qu'ensuite la saison était rigoureuse et que les tribus Qazaq étaient musuhnanes et innocentes de tout crime ; qu'elles étaient dispersées dans tous les coins, dans les vallées, dans les montagnes et dans le désert. «Si nous nous mettons en marche, ajoutaient-ils, nous ne trouverons pas leurs traces et nous périrons tous. » Omer Bek leur demanda ce qu'il fallait faire. Son oncle maternel lui répondit : « Il faut qu'Omer Bek soit khan. Nous n'obéirons plus à un tyran tel qu'Alim Khan. » Et aussitôt, saisissant la main d'OmerKhan, Taghay, son oncle maternel, un chef de tribu doué d'un jugement droit et qui exerçait une grande autorité, lui prêta serment de fidélité. Toutes les troupes suivirent son exemple. Cet événement eut lieu pendant la nuit. Les troupes et Omer Khan levèrent ensuite le camp et se dirigèrent sur Khoqand. A
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leur arrivée dans cette ville, Orner Khan fut proclamé chef du gouvernement, et toute la population accueillit cet événement avec des transports de joie.
Le lendemain, Alim Khan apprit qu'Omer Khan et Taghay s'étaient révoltés contre lui et que les troupes avaient embrassé leur parti. Cet événement le troubla et le plongea dans le désespoir. Il lui était resté trois cents cavaliers ; Alim Khan les fit venir, leur prodigua les exhortations, les promesses et les paMles de bon vouloir ; il leur fit distribuer de Targent et des présents. 11 prit la route de Khoqand avec ses bagages, son harem et son fils Châhroukh Mirza dont la mère était une femme Qazaq. Après avoir marché pendant un jour, ils arrivèrent à un châleau-fort. La garnison n'en ouvrit point les portes et refusa de les laisser passer, prétextant que leur maître était Omer Khan. On s'arrêta aux environs de ce château ; pendant la nuit les trois cents cavaliers s'enfuirent à Khoqand; il ne resta avec Alim Khan que quelques serviteurs; le cœur navré et les yeux pleins de larmes, il fit venir auprès de lui Châhroukh Mirza, il le couvrit de baisers et lui donna mille tillas. « Ame de ton père, lui dit-il, la fortune s'est détournée de nous. Emmène les gens qui sont restés avec toi et, à l'instant même, sans tarder davantage, sans t'arrêter nulle part, rends-toi à Boukhara auprès de l'Emir Hayder; il est humain; bien qu'il ne soit pas pour nous un ami, c'est un homme éclairé. Ne porte point tes pas ailleurs, car il n'y a de sécurité nulle part.» Le père et le fils se firent leurs adieux en pleurant et en gémissant. Châhroukh Mirza prit la route de Boukhara ; Alim Khan laissa ses femmes et ses bagages dans un village, il les confia aux notables et lui-même, avec vingt cavaliers et son
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Divan Begui Mehemmed Zouhour,il se dirigea sur Derèhkouh d'où Ton aperçoit Khoqand. Ils virent de là des cavaliers sortis de la ville faire patrouille de tous côtés. Mehemmed Zouhour fit des représentations au khan: « 11 est inutile, lui dit-il, de nous dirigermaintenant du côté de la ville : il faut nous rendre à Khodjend où nous avons quatre mille cavaliers sous les armes; s'il plaît à Dieu, lorsque les troupes sauront que nous nous rendons à Khodjend, elles se rallieront toutes à nous. » Tous les efforts, tous les conseils de Mehemmed Zouhour furent inutiles, car la fatalité avait saisi le pan de la robe d'Alim Khan. Celui-ci, avec les quelques cavaliers qui l'accompagnaient, courut du côté de la ville. Son escorte l'abandonna à l'exception de Mehemmed Zouhour et de deux autres personnes. Alim Khan courait à toute bride : il y avait aux environs de la. ville un marais dans lequel son cheval s'enfonça. Quand les cavaliers l'aperçurent, ils se précipitèrent sur lui ; Taghay se trouvait parmi eux. Mehemmed Zouhour les apercevant de loin, se tourna vers le khan : « Je vous ai dit, s'écria-t-il, qu'il était inutile de venir ici; nous nous sommes rendus de notre plein gré à l'abattoir. Ces cavaliers qui se dirigent sur nous viennent pour nous tuer. » Le cheval du khan était enfoncé dans le bourbier d'où celuici ne pouvait le faire sortir. « Donne-moi ton cheval, criat-il à Mehemmed Zouhour. » Celui-ci lui répondit : « khan ! tu n'as écouté aucun des conseils que je t'ai donnés, il y va maintenant de la vie, je ne puis sacrifier la mienne inutilement. » En disant ces mots, il mit son cheval au galop et se dirigea vers la ville. Les cavaliers survinrent et trouvèrent Alim Khan dont le cheval se débattait dans la vase ; un des ghoulams (cavaliers de la garde) d'Omer Khan
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s'approcha et dirigea sur lui son pistolet. Alim Khan lui cria: «0 ghoulam 1 frappe-moi à la nuque. » Celui-ci déchargea son arme sur le derrière de l'épaule d'Alim qui tomba de cheval. Son oncle maternel, le frère de sa mère arriva sur ces entrefaites : Alim Khan ne tourna point les yeux vers lui et rendit l'âme sur-le-champ. On l'enterra pendant la nuit. Le peuple fut délivré de sa tyrannie.
Mehemmed Zouhour entra dans Khoqand et se rendit auprès d'Omer KJian avec lequel il eut une entrevue. « J'ai été le serviteur de votre frère, lui dit-il, maintenant je suis le vôtre. » Omer Khan lui conserva le poste de ministre qu'il avait occupé et le chargea de prendre soin des affaires de la ville et de celles du palais. Mehemmed Zouhour était, sous le règne d'Alim Khan, ministre et gouverneur de Tachkend. C'était un homme plein de dévouement et d'intelligence, très-aimé de la population. Au bout de deux ou trois jours, il fut destitué : on le mit à la torture pour s'emparer de ses biens. Il livra tout ce qu'il possédait. Ensuite Omer Khan étendit sa clémence sur lui et lui ordonna de vivre à l'écart et de ne s'occuper que d'exercices de piété. Mehemmed Zouhour fut ravi de cet ordre et vécut tranquil- • lement chez lui. Au bout d'une année, on lui donna un emploi et un rang élevé.
Alim Khan laissa deux fils : Châhroukh Mirza et un autre fils plus jeune ; ils furent tous les deux mis à mort par Omer Khan. Une fille reste seule vivante de la famille d'Alim. Omer Khan et Alim Khan étaient tous les deux fils de la même mère. Ils avaient une sœur; leur oncle maternel était commandant en chef des troupes et le chef d'une tribu; il était puissant et courageux. C'est cet oncle qui fut la cause
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de la ruine et de la mort d'Alim Khan. Celui-ci lui avait accordé une grande autorité dans TEtat et il n'entreprenait rien sans avoir pris ses conseils. Ce Taghay se conduisit de la manière la plus ingrate, mais, à la fin, le malheur fondit aussi sur sa tète. La mort d'41im Khan eut lieu en 1224 (1809).
CHAHROUKH MIRZA, FILS D'ALIM KHAN .
Lorsque Alim Khan se dirigea de Tachkend sur Khoqand, il remit à Châroukh Mirza la somme de mille tillas, en lui recommandant de se rendre à Boukhara sans s'arrêter en route. Quand Châhroukh Mirza fut séparé de son père, il hésita, dans son trouble, sur la direction qu'il prendrait. Quelques-uns de ses serviteurs lui dirent : « Suivez le conseil de votre père; rendons- nous à Boukhara; » d'autres lui dirent : « Allons à Khodjend; » d'autres lui dirent : « Tachkend est abandonnée et sans gouverneur; c'est une place forte, nous ne savons pas encore quelle tournure prendront les affaires de votre père, emparons-nous de cette ville : si votre père est sain et sauf tant mieux; sinon, d'après la tournure que prendront les événements, nous nous soumettrons à votre oncle ou bien nous pourrons fuir d'un autre côté, ou enfin, nous pourrons rester maîtres de la ville. » Châhroukh xMirza se dirigea sur Tachkend ; la population l'accueillit d'abord avec honneur; mais, on apprit le lendemain la mort d'Alim Khan, et le lieutenant de Mehemmed
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Zouhour Divan Begui pour le gouvernement de la ville s'empara, à l'instigation de gens mal intentionnés, de la personne de Châhroukh Mirza. Il transmit cette nouvelle à Khoqand ; Omer Khan, poussé par son oncle maternel Mehemmed Riza Bek, consentit à la mort de ce jeune homme dont la beauté égalait celle de Joseph. On fît partir Châhroukh Mirza de Tachkend pour le conduire à Khoqand. En route, on le mit à mort et il fut admis au nombre des martyrs. La fortune inconstante détourna sa face dece jeune homme. Omer Khan, délivré de toute préoccupation, s'assit sur le trône. Il confia l'administration de l'Etat et le commandement des troupes à son oncle maternel : celui-ci oubliant que la fortune est inconstante, vivait dans l'enivrement de ses faveurs, jusqu'à ce qu'il lui arriva ce que nous dirons.
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