‹ Histoire de l'Asie centrale, publ., tr. et annotéChapitre 26 sur 29 · CETTE CONTRÉE · texte numérisé non relu

CETTE CONTRÉE

La notice qui suit est placée à la fin du Tarikhi Ahmed. Cet ouvrage a été composé pour Abdourrahman Khan, fils de Hadji Mehemmed Rouchen Khan par Mehemmed Abdoul KerimMounchy. Il comprend l'histoire de T Afghanistan depuis le commencement du règne d'Ahmed Chah jusqu'à la fuite de Mahmoud Chah dans le Qouhistan ( 1 21 2-1 797 ), II comprend donc un espace de quarante-sept ans.

Le règne du fondateur de la dynastie des Dourâny formant la partie la plus importante de ce livre, l'auteur lui a donné en l'honneur de ce prince le titre de Tarikhi Ahmed. Il a placé à la fin de son récit la description du Pendjab et des itinéraires de Pichàver à Kaboul, Qandahâr et Héràt, de Kaboul à Qandahâr, de Quandahâr à Hérât, de Héràt à Djecht. La dernière partie est consacrée au Turkestan et le lecteur en trouve ici la traduction.

« Il faiitsavoir que les tribus turques, uzbeks, aliman et qirghiz portent des vêtements noirs faits de peaux de cheval. Le

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plus illustre des khans turcs, et Je chef le plus important des tribus uzbeks est Ner Boutèh A\ dont Tautorité est reconnue parles tribus uzbeks établies dans les plaines depuis Samarqand, Yarkend, la steppe de Goukan jusqu'aux frontières de laChine du Nord. I^e nombre de ces Uzbeks s'élève approximativement à cent cinquante mille familles. Ce prince a toujours auprès de lui cinquante mille cavaliers sans compter ceux des tribus nomades. Il fait sa résidence dans la ville de Khoqand qui est de toutes les villes la plus rapprochée de la frontière de la Chine. L'empereur de la Chine en parlant de lui, l'appelle <t son fils » .

« Tous les ans ou tous les deux ans, un ambassadeur de Ner Boutèh Bi se rend auprès dp l'empereur et lui offre en présent, des chevaux, des peaux de martre et d'autres cadeaux. L'empereur témoigne à l'ambassadeur de ce prince des égards et une considération qu'il n'accorde pas aux envoyés des autres souverains et des autres princes. Lorsque l'ambassadeur de Ner Boutèh Bi paraît en sa présence , l'empereur lui demande à trois reprises des nouvelles de la santé et de l'état du khan, en ces termes : « Mon fils Ner Boutèh jouit-il de toute satisfaction et de tout contentement ? » Les présents qu'il lui envoie en or rouge et çn autres objets représentent une somme de plusieurs lakâ de roupies. Ner Boutèh Bi exerçant son pouvoir sur des hordes et des tribus nombreuses, l'empereur de Chine met tous ses soins à entretenir de bonnes relations avec lui. »

Chah Ghafrân oullah Serhindy, dont les enfants habitent aujourd'hui la ville de Pichâver, s'était rendu, d'après l'ordre de Timour Chah ou de Zéman Chah, à Khoqand en l'année 1209 de l'Hégire (1794). Il a raconté à quelqu'un que le

qazhi oui qouzhât de la ville de Khoqand était allé auprès de Tempereur de Chine en qualité d'ambassadeur de Ner Boutèh Bi . « Au bout de quinze jours de marche, racontait le qazhi, j'arrivai à la frontière de Chine; j'y trouvai une voiture traînée'^par des chevaux et montée par deux hommes. » c( Lorsque je m^approchai , ils me firent entrer seul et asseoir dans cette voiture, dont la forme était semblable à celle d'un grand coffre. Ils la firent avancer ; nous étions à la dernière période de l'hiver ; ils placèrent devant moi une pierre noire aussi chaude que le feu et qui ne causait aucune incomodité au corps ni aucun dommage aux vêtements. Je vis, dans cette voiture, tout ce qu'il fallait en fait d'aliments et de boissons. En route, on me faisait déjeuner, et, le soir, on me faisait descendre dans une grande tour solidement construite occupée par cinq cents hommes de garnison et dans laquelle se trouvait tout ce qui est nécessaire à la vie. La voiture était fermée des quatre côtés ; je ne vis point sur toute la route un seul endroit bien pçuplé. En résumé, je mis un mois et quelques jours à franchir la distance qui sépare la frontière de la capitale de la Chine et dans toutes les stations et dans tous les postes fortifiés où je descendis, les Chinois avaient préparé le repas du matin et le dîner. J'arrivai à la capitale dans celte même voiture et Ton me conduisit en présence de l'empereur. Quand on approcha du palais, je descendis et j'y entrai à pied. Je vis une résidence ravissante et magnifique ; les murs et le plafond étaient dorés et incrustés de glaces; au milieu se trouvait un pavillon élégant couvert de dorures et de glaces fixées dans les murailles. Je me conformai aux instructions de la personne qui m'accompagnait et je saluai en me prosternant à

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terre. Je vis paraître au haut du pavillon une main, et une personne m'interpella en langue turque du Khita en me disant : « L'empereur daigne demander : Mon fils Ner Boutèh Bi jouit-il d'une bonne santé et de tout contentement? » Après ces paroles, je me prosternai selon la recommandation qui me fut faite et je répondis humblement : « Ner Boutèh Bi n'a d'autre occupation que celle de faire des vœux pour Sa Majesté. » Lorsque j'eus la permission de me retirer, l'empereur fil présent au khan d'objets et de curiosités de Chine dont la valeur était de dix laks de roupies. Il m'accorda en or la somme de vingt mille roupies sans compter des cadeaux en produits de l'industrie de ce pays. Tous ces présents furent placés dans la voiture ; on m'y fit remonter et Ton me reconduisit à la frontière de Khoqand dans le même espace de temps que celui que j'avais mis pour me rendre à Pékin. » Tel est le récit qui a été fait par le qazhi oui qouzhat. ChâhGhafrân ouUah racontait ce qui suit : « J'ai parcouru et vu tout le Turkestan ; je n'y ai point rencontré un homme aussi juste , aussi équitable , aussi clément, d'un sens aussi rassis que Ner Boutèh Bi. Il a construit pour sa résidence, un palais d'une grande élégance et d'une rare beauté , dont les murs sont couverts de glaces incrustées. Personne ne peut pénétrer jusqu'à lui ; cinquante ou soixante soldats montent la garde autour de ce palais ; ils recueillent les suppliques des solliciteurs, les portent dans l'intérieur et les rendent avec une annotation manuscrite. Tous les vendredis, le khan se rend'à la mosquée escorté par environ dix mille cavaliers et par des soldats bien armés. Il y trouve les ulémas et les seyids et il reçoit les suppliques. Il prend des décisions pour toutes les affaires dont la solution est facile. Il confie à la justice des

muftis Texamen de celles qui sont difficiles et qui exigent une longue étude pour qu'elles soient jugées selon les prescriptions de la loi religieuse. Après cela, il se rend dans un palais qui peut contenir dix mille personnes et il y fait un repas. La nourriture du khan consiste en viandes apprêtées à la manière uzbek ; il mange peu de riz. Quand ce repas est terminé, il retourne à son palais d'où il ne sort que le vendredi suivant pour recevoir les salutations du peuple et s'occuper d'affaires. Les ambassadeurs ne sont reçus en sa présence qu'avec le cérémonial usité chez les souverains. Il a auprès de lui, les représentants de tous les khans du Turkestan ; comme Chah Murad Bi, souverain de Boukhara, Khouday Nazar Bi et autres^. Ces envoyés lui exposent leurs affaires par écrit. »

« Boutèhenturc et aussi en hindy signifie le petit du chameau ; le mot bi est une abrévation de beik ; il se place à la suite des noms turcs et mogols de la même manière que le mot khan à la suite des noms afghans. Comme le jeune chameau est vigoureux, agile et léger à la course, on a donné ce nom au chef du Khoqand qui fait preuve, dans son gouvernement et dans son administration, de force, de décision et de promptitude dans le jugement. En effet, les noms serventàcaractériser les personnes et principalement les noms et les surnoms donnés aux souverains et aux princes du Turkestan. »

c< Chah Murad Bi est un des chefs et des souverains les plus considérables du Turkestan ; il descend de Touktoumich Khan qui était le chef du Turkestan à l'époque de Timour Gouregan. Touktoumich combattit ce prince ; il fut vaincu e t fit sa soumission. »

« Khouday Nazar Bi est un des chefs uzbeks les plus illus-

1res. Il réside à Ouralèpèh ville située au nord-ouest de Kaboul, à la distance de six cents karohs (1) ; il commande à dix mille familles. Il a une fois mis en déroute Chah Murad Bi qu'ilapoursuivijusqu'aux portes de Boukhara. Ildépense tous les ans dix mille tillas qui représentent la somme de quarantehuit mille roupies pour l'entretien des ulémas, des gens de loi, des cheikhs et des étudiants. fTimour Chah Dourâny lui envoyait des présents en argent et en vêtements, en haine de Chah Murad Bi. Sa domination s'étend jusqu'aux environs de Balkh. Zéman Chah Dourâny lui témoignait aussi beaucoup de considération. A cette époque il était en paix avec Chah Murad Bi. »

« Une personne qui appartenait àlafamille dès directeurs spirituels de Khouday Nazar Bi racontait que, malgré sa vieillesse, il mangeait tous les jours un mouton entier ; il dormait pendant le jour ; le soir, on apprêtait en ragoût un mouton qu'on laissait bouillir longtemps ; on en remplissait deux grands plats creux que l'on plaçait devant lui. On mettait à sa portée des couteaux bien affilés et pendant toute la nuit , il mangeait tout doucement la viande qu'il coupait avec son couteau. Quand il avait achevé de manger : c< maintenant je suis rassasié » disait-il. Il se plaignait que son appétit avait beaucoup diminué. Il est doué d'une telle valeur que deux cents cavaliers ne peuvent tenir devant lui. Sa lance est si pesante et si longue que lui seul peut la soulever. »

« Mir Mehemmed Chah, roi de Badakhchan a environ dix ou quinze mille cavaliers et fantassins Tadjik ; (il faut com-

(1) Le karoh ou coss désigne une mesure de distance, variable selon lesdiffé* rents pays, mais que l'on estime généralement à deux milles anglais (3 kilomètres 200.)

prendre dans ce nombre les soldats d'origine turque qui sont dans les villes et dans les villages ) mais il est toujours vaincu parles Uzbeks. Il maintient sa domination tantôt par des arrangements pacifiques , tantôt par la guerre . Il est d'une famille de seyids. Il réside dans la ville de Feyz Abâd. Badakhchanetla principauté qui porte ce nom sont au nord de Kaboul, à la distance de deux cents et quelques karohs ; elle est située entre Balkh, Qoundouz, Hissar et Koulab. Le Badakhchan commence à THindoukouch qui se trouve à cent et quelque karohs de Kaboul et il se termine au canton de Qoundouz et de Koulab. Dans ce pays chaque chef commande dans la localité où il est établi , bien qu'il affecte en apparence d'obéir au roi de Badakhchan. Ces chefs paient de temps en temps, selon leur convenance, quelques impôts. Cette province renferme des mines de lapis lazuli et de rubis situées près de la ville de Feyz Abâd. »

«En Tannée 1212 (1797) de Thégire, il y avait d'autres petits chefs uzbeks tels que Feth Aly Khan, Djafer AlyKhan et autres. Ces chefs sont nombreux dans les environs de Qoundouz, de Hissar et de Koulab. Chacun d'eux possède un château-fort et un territoire proportionné à sa force et à sa puissance. Toutes les fois qu'un souverain parvient à les dominer, il se fait attribuer une somme proportionnée à leur richesse et il se charge de protéger leur territoire. »

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