LE TURKESTAN ET LE DECHT
Cette description du Turkeslan est tirée du Djihan Numa de Hadji Khalfa. J'en ai fait de nouveau la traduction bien que M. Klaproth en ait déjà publié une dans le Magasin asiatique y tome II, Paris, 1826, que Ritter a insérée dans le tome VII de son Erdkunde.
c< Le Turkestan est borné à Test par les frontières de la Chine, au nord par le Dechti Qiptchaq et les steppes de la Russie , au sud par le pays de Badakhchan, le Ma vera ounNeher, le Kachmir et le Tibet; à l'ouest, parle Kharezm et le Daghestan. Dans le Dechti Qiptchaq, c'est la rivière de Ten qui lui sert de limite. Les villes sont peu nombreuses et éloignées les unes des autres. La plus grande partie du pays se compose de plaines couvertes de verdure et habitées : cette circonstance fait que ce pays est compté parmi les contrées les moins civiUsées. La principale province est celle de Kachgar ; elle est la plus vaste du Turkestan ; elle est située à quinze journées de marche au nord-est d'Endedjan. Cette province est bornée au nord par les mon-
tagnes du Mogholistan, d'où descendent de nombreuses rivières qui viennent Tarroser. Au sud, sa frontière est bordée en partie par le pays de Chach (Ferghanah) et en partie par une plaine sablonneuse ; à l'ouest, elle est bornée par une longue chaîne de montagnes qui se détachent de celle du Mogholistan : les rivières qui prennent leur source dans cette chaîne coulent à Test. Les provinces de Kachgar et deKhoten sont situées au pied de cette montagne. A l'est, quand on dépasse Thourf an, on arrive au pays des Qalmaq; à Test et au midi se trouvent des plaines sablonneuses et boisées d'une très-vaste étendue. De Chach àThourfan, il y a trois mois de route; il y avait jadis dans ces plaines des villes florissantes, mais, aujourd'hui, il ne subsiste que le nom de deux d'entre elles: l'une est Sob et l'autre Kenk; toutes les autres sont en ruines et recouvertes par le sable qui les a envahies. On trouve dans ces plaines des chameaux sauvages auxquels on fait la chasse. La capitale de Kachgar est située au pied des montagnes qui bordent la province à l'ocoident; dans ces montagnes prennent leur source plusieurs rivières qui arrosent les champs cultivés ; l'une d'elles s'appelle le Temen, Autrefois celte rivière traversait \gi ville de Kachgar; Mirza Abou Bekr détruisit la ville, et la rebâtit sur une rive de ce même cours d'eau qui la longe. L'auteur du Takouim écrit Kachgar avec un qaf. C'est une grande ville dont la population est musulmane. D'après l'auteur du Qanouni Massoudij cette ville porte aussi le nom de Ordoukend. Le cheikh Saad oudDin Kachgary est né dans cette ville.
Yarkend est située par H2Me longitude et 42"^ ^^* de latitude ; c'est la capitale de la province de Kachgar. Cette
ville, autrefois très-considérable, était tombée graduellement en décadence et elle avait fini par devenir le refuge des bêtes fauves; son climat et ses eaux ayant plu à Mirza Abou Bekr, ce prince la rebâtit et en fît sa capitale ; il y amena les eaux des environs, fit construire de magnifiques édifices et l'entoura d'une muraille fortifiée de trente coudées de hauteur. Il fit planter dans ses environs près de douze mille vergers ; ses canaux, ses arbres et ses jardins toujours fleuris font que, dans la province deKachgar, il n'y a pas de ville plus agréable que Yarkend. Ses eaux sont remarquables parieur pureté et leur bon goût ; elles sont peu abondantes au printemps, mais considérables au mois de juillet. On trouve dans le lit des rivières la pierre de jade. L'air de Yarkend n'est pas pur ; mais, en général, le climat de Kachgar est froid et salubre, et la population y jouit d'une bonne santé ; malgré l'abondance des fruits, les maladies sont rares. Le commerce des fruits est peu considérable. La population sediviseen quatreclasses : l'aies cultivateurs^ 2°lesQoutchin qui forment la classe militaire, 3** les Ouïmaq et 4^ les gens de loi et les administrateurs des biens de mainmorte. De Yarkend jusqu'à Lakbouf, qui est situé à trois journées de marche, on ne voit que canaux, arbres, vergers et jardins^ Quand on dépasse Lakhouf , jusqu'à Khoten situé à dix journées de marche, on ne trouve que les constructions élevées pour servir de station aux caravanes ; il n'y a tout le long de la route aucun endroit cultivé, on ne voit que le désert. Yenghy Hissar, par 1 10" ^/^ de longitude et 42" ^^^ de latitude, est peu éloignée de Yarkend. Khoten est une ville située à l'extrémité du Turkestan, au delà de Yuzkend ; elle est arrosée par plusieurs rivières, elle se trouve par H 6" de
longitude et 42^ de latitude. L'auteur du Traité des sept ciimats dit que Khoten doit être comptée parmi le$ yiUes célèbres, mais qu'aujourd'hui elle est en décadeaee. Le» deux rivières principales sont nommées l'une Bouqratach et Tautre Barourenktach ; on trouve dans le lit de ces deux rivière»^ la pierre de jade qui est pour les habitants un objet de commerce et une source de richesse. Khoten produit principalement de la toile et des étoffes de soie ; le blé y est abondant ; tous les vendredis on y tient un marché auquel on se rend de tous côtés ; l'on y voit réunis jusqu'à vingt mille hommes.
Yessy est situé à 101 Me longitude et à 43Me latitude. Cette ville célèbre est la capitale du Turkestan. C'était autrefois la résidence des khansuzbeks.Khodja Ahmed, cheikh de l'ordre des Naqchbendy, doit son surnom (Yessevy) à celte ville.
Sinan est situé à une journée de marche à l'ouest de Yessy.
Otrar est situé à une journée de marche de Yessy, du côté de Tachkend. Le jurisconsulte hanèfite Qawwam oud Din est né dans cette ville.
Thourfan est située sur la route de Samarqand en Chine ;
-elle se trouve à dix-huit journées de marche d'Endedjan.
Cette ville est placée au milieu du Mogholistan ; quelques
auteurs prétendent qu'elle est située entre Kachgar et Khoten .
Tendou est situé à 114Me longitude et 39^ de latitude.
Bersadjan, situé à 114®^^' de longitude et de 41** de latitude, est à Test de Kachgar. D'après Ibn Saïd, il y avait deux capitales dans le Turkestan : l'une était Kachgar et l'autre Bersadjan . . .
Autrefois on se rendait de Khoten en Chine en quatorze
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journées de marche. Le pays que Ton parcourait était cultivé et offrait des ressources ; on n'avait pas besoin de se réunir en caravane pour faire le voyage, un ou deux voyageurs pouvaient marcher en sécurité. Aujourd'hui cette route est ati pouvoir des O^'^aq qui l'interceptent et empêchent d'y passer, et il faut suivre une route que l'on paroo«n^t en cent étapes. Khodja Ghias, ambassadeur d'Oulough Bey, raconte qu'il a suivi cette routé : parti de Samarqand, il arriva à lldouz après deux mois de marche ; à la fin du troisième mois, il atteignit Thourfan ; il lui fallut ensuite vingt jours pour gagner Qamil et vingt-cinq jours pour arriver à Sektcheou, place située sur la frontière de Chine. Le pays qui sépare ces différentes villes est désert. De Kachgar, capitale du Turkestan, jusqu'à Samarqatid, situé à l'ouest, il y a trente journées de marche; jusqu'à Lahore au sud, vingt-quatre ; de Yessy à Samarqand, dix-sept ; jusqu'à Boukhara, vingt-cinq ; jusqu'à Tachkend, neuf ou dix étapes ; de Tachkend jusqu'à Samarqand, situé à l'ouest, il y a six étapes; jusqu'à Endedjan, sept; d'Endedjan jusqu'au Mogholistan, huit; et du Mogholistan jusqu'à Thourfan, dix..
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Les deux chapitres suivants sont extraits de Touvrage de Séify, qui a pour titre : Histoire des souverains de tinde] du Sindj du Khita, du Khoten, de Derèhy de DervaZy du Kachmiry de la Perse, de Kachgar^ des Qalmaq, etc.