ORIENT ANCIEN
Ainsi, au grand empire assyrien, un moment maître de toute l'Asie Antérieure, avait succédé un concert de quatre Etats sensiblement égaux en puissance et en civilisation, — Empire Mède, Empire Ghaldéen, Royaume de Lydie, Royaume d'Egypte. L'équilibre asiatique, fondé sur ces bases, dura un demi-siècle. Il fut rompu par la révolution qui remplaça les Mèdes par les Perses à la tète des nations iraniennes.
Les Perses, habitants du Fars actuel, avaient accepté comme tes autres tribus iraniennes, la suzeraineté des Mèdes. Mais ils conservaient leur dynastie locale, la Dynastie Achéménide, et un sentiment très vif de leur nationalité. Ayant subi à un moindre degré que les Mèdes l'influence de la civilisation assyro-babylonienne, ils étaient, dans leurs montagnes, restés plus vigoureux, plus fidèles à l'Aryanisme primitif. Les Mèdes, au contraire, passés trop brusquement d'une demi-barbarie à l'héritage d'Assour. n'avaient pas tardé à s'amollir. Le roi des Perses, Gyrus, (558-599) n'eut aucune peine à leur ravir la suprématie des nations iraniennes (549). Ce fut d'ailleurs là moins un changement de race qu'un simple changement de dynastie. Mèdes et Perses étaient des peuples étroitement apparentés ou plutôt deux tribus d'un même peuple, sans doute moins différenciées que pouvaient l'être en Grèce, par exemple, les Ioniens et les Doriens. En réalité, la révolution de 5/iq fut avant tout une révolution de palais qui ne modifia nullement le fonds des choses. Gyrus prit le titre de « Roi des Mèdes et des Perses » et l'empire iranien, fondé par les Mèdes, continua, avec seulement, un caractère d'Aryanisme plus pur.
L'empire perse Achéménide.
En héritant de l'Empire Mède, Gyrus se trouva maître de l'Iran tout entier ainsi que des nouvelles annexes de l'Iran en Arménie et en Cappadoce. Dans ce cadre, déjà singulièrement étendu, le héros perse et ses premiers successeurs allaient faire entrer toute l'Asie Antérieure.
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Cyrus commença par attaquer le Royaume de Lydie, en Asir Mineure. La Lydie était alors gouvernée par Crésus (58o-
i;Y), curieux personnage qui avec son double caractère de roi philhellène et de despote oriental, apparaissait déjà, à l'aube du vi° siècle, comme un monarque de l'époque hellénistique. Cyrus vainquit ce prince, le captura, prit Sardes sa capitale et annexa ses Etats. A la suite de cette guerre, toute l'Asie Mineure fut englobée dans l'Empire Perse (545). Après la Lydie, ce fut le tour de la Chaldée. En 538, Cyrus entra à Babylonc et annexa l'Empire Chaldéen (Mésopotamie et Syrie). Le fils de Cyrus, Cambyse (529-622) fit en V T. !a conquête de l'Egypte. Enfin Darius, cousin et successeur de Cambyse (521-485), réunit à ses Etats le Gandhara et une partie du Pendjab, dans le nord-ouest de l'Inde. L'Empire Perse s'étendit alors de l'Indus au Bosphore, de la Mer d'Aral et du Caucase à l'Océan Indien et à la Nubie.
Cyrus et Cambyse n'avaient été que des conquérants. Darius fut surtout un administrateur. Il organisa l'Empire Perse qu'il divisa en une vingtaine de gouvernements réguliers ou satrapies. Chaque satrapie eut à sa tête trois fonctionnaires royaux : le satrape qui n'était chargé primitiv< ment que des affaires civiles, le secrétaire royal, chargé de la chancellerie, et le commandant des troupes d'occupation. Satrapes, secrétaires et généraux étaient subordonnés à des envoyés extraordinaires, sortes de missi dominici, qui venaient périodiquement inspecter l'administration provinciale.
Comme on le voit, un double principe avait présidé 5, cette organisation :
D'abord une centralisation fort remarquable pour l'époque, puis, au moins au début, une véritable séparation des pouvoirs destinée à empêcher les gouverneurs des provinces d'aspirer à l'indépendance.
Ajoutons que cette centralisation ne tendit nullement à faire disparaître les diverses nationalités englobées dans l'Empire Achéménide. Avec un libéralisme qui ne se démentit jamais, les Perses, devenus la race impériale de l'Orient, laissèrent subsister à côté d'eux les différentes
races sujettes, les différentes civilisations déjà existantes. A l'égard des cultes des peuples sujets, leur tolérance ne fut pas moins remarquable. Les autres conquérants orientaux, les Assyriens notamment, avaient fait la guerre aux dieux étrangers autant qu'aux étrangers eux-mêmes : Assour et Ishtar avaient emmené en captivité Iahvé de Jérusalem, Bal de Tyr, Mardouk de Babylone, Soushinak de S use et Ammon de Thèbes. Les Achéménides, au contraire, ne se préoccupèrent jamais de faire prévaloir Ormuzd ou Mithra sur les dieux sémites ou égyptiens. Le fanatisme mazdéen, qui plus tard, à l'époque sassanide, creusa un fossé entre la Perse et l'Occident, leur fut totalement étranger. L'attitude du peuple juif à leur égard est significative : Lui qui, par la bouche de ses prophètes, n'eut qu'imprécations contre ses vainqueurs égyptiens, assyriens ou chaldéens, comme plus tard contre ses dominateurs séleucides ou romains, il trouva enfin dans les Achéménides des maîtres selon son cœur : Il fit presque de Cyrus un héros national et plaça une juive, Esther, sur le trône de l'Assuérus légendaire. Ce jugement est devenu, somme toute, celui de l'histoire. Certes la monarchie achéménide, comme toutes les monarchies orientales, fut un gouvernement despotique que troublèrent trop souvent les caprices de maîtres fantasques, violents et faibles. Mais ces drames de palais, pas plus que ceux qui ensanglantèrent la Rome des Césars, n'eurent de répercussion sur l'administration de l'immense empire. De même que la folie de Néron n'empêcha pas les provinces Re jouir de la Paix Romaine, les fantaisies personnelles des Darius et des Artaxerxès n'empêchèrent nullement le monde oriental de goûter les bienfaits de l'organisation achéménide.
Un système d'impôts fixes et réguliers remplaça les rançons imprévues et arbitraires que les Assyriens tiraient des peuples soumis. Un réseau de grandes routes soigneusement entretenues, avec une organisation permanente de courriers royaux mit en communication tontes les régions de l'Empire, de l'Asie Mineure à l'Egypte, de la Syrie à la Transoxiane. Les guerres de race à race, de peuple à peuple, de
cité à cité, qui étaient le régime ordinaire du vieux monde, cessèrent brusquement. Une paix profonde, la Paix Achiménide, pareille à ce que fut plus tard, en Occident, la Paix Romaine, s'établit pour près de deux siècles sur l'Orient tout, entier, du Caucase au Désert d'Arabie, du Bosphore et de la Cyrénaïque à l'Iaxarte et à l'Indus. Il y eut là un immense progrès sur les époques précédentes, progrès qu'il est permis de comparer à celui que constitua l'établissement de YOrbis romanus par rapport à la poussière d'Etats de l'époque hellénistique.
On est injuste à l'égard des Perses quand on oublie leurs mérites à ce sujet, pour ne voir en eux que les protagonistes de la (( barbarie » asiatique contre les Grecs. De ce que les Perses se révélèrent militairement et culturalement inférieurs à la Grèce, n'allons pas conclure à l'infériorité absolue de leur race et de leur œuvre : quel peuple ancien ou moderne, germanique ou même latin, ne peut être réputé « barbare )> par rapport aux Athéniens du ve siècle ? En réalité, ces soi-disant « barbares » ne se montrèrent pas indignes de leur mission de représentants de l'Aryanisme en plein monde oriental. Ils furent même avec les Romains, le seul peuple de l'antiquité qui ait été capable d'organiser et de faire durer un grand empire, — ce à quoi les Grecs, malgré toutes leurs brillantes qualités, ne réussirent jamais. Pour ce qui est des Perses, ce n'est pas une des moindres gloires du génie aryen, que la première conséquence de son hégémonie dans l'Asie Antérieure ait été la fondation de ce gouvernement achéménide, — gouvernement unitaire, ordonné, somme toute pacifique et bienfaisant, — en des contrées où le génie des races sémitiques n'avait su pendant des siècles et des millénaires, que perpétuer le morcellement, la haine et la violence.
La civilisation médo-perse fut une des plus brillantes de l'Orient. Les Grecs ne tarissaient pas d'éloges sur les éblouissements de Suse et de Persépolis. Les fouilles actuelles qui nous ont livré les merveilles de la Frise des Archers et de la Frise des Immortels, ne démentent point cette impression. Ce qui est à la base de cet art, c'est la grande tradition
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assyro-babylonienne. Le rôle des influences chaldéo-assyricnnes dans la genèse de l'art perse et indo-perse a été si considérable qu'on ne peut la comparer qu'à l'influence de l'art grec sur l'art romain. De sorte que la prise de Ninive par les Mèdes, et. de Babylone par les Perses, équivalut pour l'histoire de la civilisation à l'annexion de l'Iran tout entier au vieil 'empire assyro-baby Ionien. C'est ainsi que la pénétration de la Germanie par le Christianisme et par la culture latine ne fut possible que le jour où des chefs germains, les Charlcmagne et les Otton, devinrent empereurs de Rome.
La longue paix achéménide de l'Orient acheva ce qu'avait commencé la trop courte paix sargonide. Ce sont les Sargonides qui, par l'annexion méthodique de la Ch aidée, de l'Elam, de l'Ourartou, de la Cappadoce, de la Syrie hétéenne et darnascène, de la Palestine, de la Phénicie et de l'Egypte, ont façonné cette vaste unité politique de l'Asie Antérieure où la civilisation chaldéo-assyrienne régna en maîtresse. A ce cadre millénaire, dont la disposition remonte, par delà Assour, aux premiers conquérants d'Agadé, d'Our et de "Suse, F Achéménide ne fit que joindre son Iran natal, comme le Carolingien joindra sa Germanie ancestrale au faisceau des vieilles provinces romaines de Gaule et d'Italie. Et r Achéménide est si bien, par tout l'appareil extérieur de sa royauté, par toutes les traditions de sa politique, l'héritier des anciens monarques du Tigre et de l'Euphrate, que c'est sur le sol chaldéo-élamite, à Suse, qu'il fixe sa résidence.
L'adjonction de l'Iran tout entier au vieil empire sargonide (puisque tel avait été le caractère réel de la conquête médo-perse), et la pénétration des Iraniens par la culture assyrienne avaient eu des résultats trop durables pour que l'empire et la civilisation perses pussent jamais disparaître entièrement. Aussi bien, même après Issos et Arbèles, l'Empire Achéménide devait persister sous d'autres noms. Et tout d'abord on allait le retrouver, à peine hellénisé à la surface, dans l'Empire Macédonien d'Alexandre et des premiers Séleucides.
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