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hismc. li vint renverser l'œuvre d'Iskander le Roumi, de cet Alexandre qui avait assuré pour près de mille ans aux Crées, puis aux Romains et aux Byzantins la domination de l'Orient. On entrait dans le Moyen Age, les vieilles querelles s'avivaient. Depuis la conversion de Constantin, l'Hellénisme se présentait à l'Asie sous la forme d'un Credo et toutes les guerres des Byzantins contre la Perse prenaient déjà l'aspect d'une Croisade. Avec le Coran, l'Asie répondit à la Croisade par la Guerre Sainte : La Question d'Orient d-ei'int ainsi une question religieuse (i).
Conquête de la Syrie et de l'Egypte par les Arabes.
Mahomet mourut sans voir la grande guerre qu'il avait prévue et préparée (632). Son lieutenant, Abou-Bckr, qui le remplaça comme chef spirituel et temporel des Arabes avec le titre de Khalife (Vicaire du Prophète), inaugura la conquête musulmane en enlevant à l'Empire Sassanide la Basse-Chaldée, vieille terre sémitique où les Iraniens ne s'étaient jamais sentis vraiment chez eux. Les Musulmans ne s'aventurèrent pas encore dans l'Iran propre, où habitait une race étrangère. Ils se retournèrent contre l'Empire Byzantin et envahirent la Syrie qui était déjà presque entièrement arabe de race et de dialecte. En un langage où s'exprimait avec une précision singulière le réveil de la conscience sémitique, le général musulman Khalid somma les Grecs d'abandonner ces antiques contrées de Chanaan et d'Arani : « Dieu a donné cette terre à notre père Abraham et à sa postérité. Nous sommes les enfants d'Abraham. Vous avez assez longtemps possédé notre pays !» — En face de l'Hellénisme vieilli, l'antique Orient reprenait possession de lui-même et l'Islam était sa conscience retrouvée.
I Sur l'histoire des Arabes en général, consulter Scdillot, Histoire des !,,,;„, •> ,-,l., p., 1802. — Cl. Huart. Histoire des Arabes, P., 1912-1913. — Houdas. Llslamisme, P., 1908. — Carra de Vaux. La doctrine de l'Islam P 1909 — Stan. Guyard. La civilisation musulmane, P., J894. - G. Le'Doiî. La civilisation des Arabes, P., 1884. — Et l'Encyclopédie de VIslam, en cours de publication depuis 1913, Paris-Lcyde.
Les Arabes, en Svrie, se trouvaient dans leur élément. La race indigène, entièrement sémitique, les favorisait. L'empereur byzantin, lléraelius, vieilli et découragé, échoua dans toutes ses contre-attaques. Deux victoires, à Aiznadéïn (634) et au Yarmouk (636), assurèrent aux Musulmans la possession de la Palestine et de la Syrie. Toutes les cités auxquelles restaient attachés les plus chers souvenirs du Christianisme, Damas (635), Jérusalem (637), Antioche (638), tombèrent en leur pouvoir. La conquête du pays fut suivie par L'arrivée d'une forte immigration venue du Hedjaz el de l'Yémen.
De la Syrie du Nord, les Arabes passèrent dans la Mésopotamie septentrionale, qui en est le prolongement naturel. Là aussi, la communauté de race leur facilita la conquête. Edesse leur ouvrit spontanément ses portes (64o). Le primat jacobitc (Syriens monophysites) leur livra Tékrit. Lorsque les Arabes eurent soumis également la province de Nisibe, lout l'ancien domaine de la race sémitique leur appartint.
L'Egypte ne tarda pas à subir le même sort que la Syrie. La réaction orientale y était plus forte encore. Le vernis hellénistique, plaqué jadis par les Lagides, y tombait en poussière et le fond copte reparaissait. Là comme partout en Orient, la réaction indigène avait pris une forme religieuse, — celle du Monophysisme, qui s'opposait à l'Orthodoxie byzantine. A la veille de l'invasion musulmane, l'Eglise Monophysite d'Egypte était en lutte ouverte contre les autorités byzantines. En haine des Grecs, le patriarche monophysite Benjamin n'hésita pas à s'entendre avec les Arabes (1). Les Melkhites eux-mêmes, Coptes de rite grec, trahirent le gouvernement impérial. Un de leurs plus hauts prélats, Makaukis ou Makaukas (2), s'entendit lui aussi avec les Arabes pour chasser les Byzantins. Lorsque les Arabes, conduits par Amrou, franchirent l'Isthme de Suez (6/10), toute la nation copte, se soulevant contre Byzance, les
CI) Cf. Nau. Un colloque du patriarche Jean, Journal Asiatique, 1915, I,
C2) Cf. Amélinau. Fragments coptes pour servir à Vhistoire de la conquête de l'Egypte par les Arabes, Journal Asiatique, 1888, II, 389.
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accueillit en libérateurs. Les garnisons byzantines, perdues au milieu d'un peuple en révolte, ne purent opposer à l'invasion qu'une résistance insignifiante.
Amrou couronna la conquête de l'Egypte par la prise d'Alexandrie (6/|i). La chute de celte ville, considérée comme la seconde capitale de l'Hellénisme, eut un retentissement prodigieux. La plus importante des colonies macédoniennes était irrémédiablement perdue. L'Egypte voluptueuse et philosophe, dilettante et raffinée, l'Egypte alexandrine de Cléopatre, de Thaïs et d'Hypathie, disparut sans retour devant la ruée des nomades. Ce. fut la fin d'un monde. « La Grèce extérieure était jetée à la mer. 11 y avait mille ans qu'Alexandrie avait été fondée. Pendant ces dis: siècles, la civilisation hellénique, répandue en Egypte et en Syrie, avait produit des littérateurs distingués, les savants les plus illustres de l'antiquité, une philosophie qui fut le mélange des idées grecques et des mystères de l'Orient. Mais elle avait perdu peu à peu sa force d'expansion. Elle devait battre en retraite, laisser aux indigènes qu'elle ne pouvait plus diriger, un territoire qu'elle avait usurpé... Héraclius assista, immobile, à cette destruction de l'œuvre d'Alexandre (i). »
Conquête de la Perse par les Arabes.
La race arabe avait deux ennemis : l'Hellénisme, et le Parsisme. Dans le même temps où ils enlevaient à Byzancc ses provinces sémitiques, les Musulmans attaquèrent la Perse.
Plus encore que Byzance, la Perse était épuisée par ses récentes guerres. C'était la grande vaincue du duel de Khosroès Parviz et dTIéracîius. Battue par les nomades du Nedjcd à Dhoukar (6o5), battue par les Byzantins en Azerbaïdjan et en Assyrie (628), épuisée par plusieurs années de guerre civile et d'anarchie, toujours menacée par les Khazares du côté du Caucase et par les Turcs en Bactriane, la Perse était
(1) Drapeyron. ^Empereur Héraclius, p. -505.
incapable de résister longtemps à une nouvelle tourmente. Le roi Yezdcgerd III et le gouverneur du Khorassan, Roustem, qui avaient réussi à ramener un ordre relatif dans l'Etat, auraient eu besoin de longues années pour mener cette tache à bien. Or, il n'y avait pas cinq ans qu'ils étaient au pouvoir, lorsque se produisit l'invasion musulmane.
A l'annonce de l'invasion, Yezdegerd III fit venir Roustem du khorassan et lui confia avec la direction des troupes la défense du pays. Roustem reçut des mains du roi l'étendard légendaire d'Ardaschir et, ayant réuni autour de cet emblème sacré toute la chevalerie iranienne, — 120.000 hommes avec les gens de pied — , il prit lui-même le commandement de l'armée et se porta à la rencontre des Arabes.
Devant les forces sassanides, les Arabes évacuèrent Hira et reculèrent jusqu'à Kadésiya, au seuil du désert. Roustem vint dresser son camp en face du leur, à Kadésiya même. Les deux armées s'observèrent longtemps : D'un côté les soldats iraniens bardés de fer, à la manière de nos guerriers d'Occident, et appuyés par les terribles éléphants de guerre. De l'autre côté les nomades du désert, les « mangeurs de lézards », demi-nus et mal armés, mais animés d'un fanatisme farouche; et sachant que les trésors de l'antique Orient seraient le prix de leur victoire. Enfin les deux chefs donnèrent le signal de la bataille. Elle dura trois jours et fut furieusement disputée. Le deuxième jour, les Arabes, étant parvenus à mettre les éléphants en fuite, prirent l'avantage. Le troisième jour, Roustem, dont l'armée commençait à reculer, fut tué en combattant. Sa mort amena la débandade des siens. L'étendard sacré des Sassanides avec un butin fabuleux, tomba aux mains des vainqueurs (637).
La bataille de Kadésiya livra l'empire aux Arabes. Au lendemain de leur victoire, ils occupèrent sans combat les capitales sassanides, Séleucie et Ctésiphon (en arabe Madaïn, « les Villes »), ainsi que les autres cités de la Babylonie et de l'Assyrie jusqu'au Massif d'Arménie et au Zagros. Pour gouverner ces vastes contrées, ils fondèrent sur la rive droite du bas Euphrate une nouvelle capitale, Koufa, située près
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des ruines de l'ancienne llira, à la frontière de la plaine de Chaldée et du désert. Le caractère essentiellement sémitique de la Chaldée faeilila d'ailleurs l'assimilation du pays par les Arabes. Plus à l'est, le satrape perse de la Susiane. Ilormoiizan, résista toute une année dans les montagnes et tes marais du Khouzistan actuel, niais la prise de Chouster ruina s espérances et il dut, lui aussi, mettre bas les armes.
Pendant ce temps, le roi de Perse, Yezdegerd III, avait fui de Séleucie à Ilolwan, dans les montagnes du Zagros, puis en Médie d'où il appela de nouveau le peuple perse aux armes. Il confia le commandement de ses dernières troupes au satrape Firouzan, l'ancien rival de Boustem. Les Arabes, s'étarvt emparés de Kirmanchach, s'avançaient à l'assaut du plateau de Médie. Firouzan se posta à l'est de Kirmanchah, à Néhavend pour leur barrer la route. La bataille de Néhavend, comme celle de Kadésiya, dura plusieurs jours. La bravoure de Firouzan faillit faire violence à la destinée, mais l'arrivée de renforts décida en faveur des Arabes.
La journée de Néhavend. « la victoire des victoires », plus peut-être que celle de Kadésiya, décida de l'avenir de l'Orient. Après Kadésiya, les Arabes auraient pu se contenter de la conquête de la Chaldée et de l'Assyrie, c'est-àdire des provinces sémitiques de l'Empire Sassanide, comme à l'ouest, ils s'étaient contentés des provinces sémitiques de l'Empire Byzantin. L'Empire Sassanide aurait pu subsister, limité au plateau d'Iran, comme l'Empire Byzantin, limité aux terres grecques — Anatolie et Balkans — >, allait sufor sister sept siècles encore. La bataille de Néhavend décida — chose infiniment plus grave — de la conquête des terres aryennes elles-mêmes par les Sémites d'Arabie. Les villes de Médie et d'Azerbaïdjan, Ispahan, Ramadan, Tauris, n'offrirent qu'une assez faible résistance. Bei (Bhagès), mieux défendue, capitula à son tour (6\?>).
Yezdegerd III, après le désastre de Néhavend, s'était enfui d'Irspahan à Istakhr, l'ancienne Persépolis, dans cette province du Fars qui était le berceau de sa race, le berceau aussi de l'Empire Perse. 11 n'y put rester longtemps : la Susiane, une fois tombée au pouvoir des Arabes, le Fars fut, à son
lour, envahi et conquis. Yezdegerd gagna alors le Mazendé- 1 an, puis le Khorassan d'où il appela à son aide les Turcs de Transo\iane et leur puissant suzerain, l'empereur de Chine. Mais la Cour de Chine, trouvant l'Iran trop éloigné, se refusa à intervenir. Quant aux Turcs, ils mirent quelques troupes à la disposition du Sassanide, mais leurs contingents ne purent empêcher les généraux musulmans d'enlever à Yezdegerd les dernières provinces de l'Iran Oriental. Le Kirman, le Seïstan et les diverses parties du Khorassan et de la Bact ria ne tombèrent successivement, au pouvoir des Arabes. Comme jadis Darius Codoman, dont la destinée rappelle si él rangement la sienne, l'infortuné Yezdegerd sentait le sol de l'Iran se dérober sous ses pas ; ayant comme Darius, perdu l'empire de ses aïeux, il fut comme lui. victime d'une suprême trahison. Renouvelant l'acte du satrape Bessos, le gouverneur du Pays de Merv chez lequel il s'était réfugié, le ht assassiner sur les bords du Mourghab en 652.
L'héritier de Yezdegerd III, Firouz, se réfugia en Chine, où la Dynastie des Tang l'accueillit en roi. Lui et son fils Niniéché passèrent leur vie à la Cour des Tang, à Si-nganfou, où ils reçurent l'autorisation d'élever un pyrée mazd'éen. Ils essayèrent en vain d'obtenir l'aide d'une armée chinoise pour reconquérir la Perse sur les Arabes. La Chine, dont l'empire s'étendait alors jusqu'à la Mer d'Aral et au Ferghana, ne se souciait point de hasarder ses troupes au sud de. cette région. Aucune des promesses que les derniers Sassanides arrachèrent à ce sujet aux empereurs Tang, ne fut et ne pouvait être tenue.
LTran, ayant perdu la dynastie qui le gouvernait depuis quatre siècles, dut accepter la foi et la domination musulmanes. Ce fut la fin d'un monde, une catastrophe irrémédiable, autrement sérieuse que celle qu'avait été pour le Parsisme la conquête macédonienne. Car le Macédonien, jadis, n'avait soumis que la terre et encore cette conquête avait-elle été tempérée par le désir du conquérant d'apparaître aux vaincus comme un roi national. Au contraire, les Arabes entendaient soumettre aussi les âmes. Alexandre, maître de la Perse, s'était épris des mœurs iraniennes, il
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avait, comme disent les historiens grecs « persisé ». Les Musulmans eux, islamisèrent de force l'Iran. 11 put, par la suite, y avoir de nouveau une Perse, il n'y eut plus de. Parsisme. Les derniers fidèles du culte mazdéen durent se cacher dans les déserts du pays de Yezd, ou émigrer dans l'Inde (i). A l'exception de cette poignée de « Camisards » et de bannis, la Perse tout entière embrassa le Mahométismc : Elle avait perdu pour toujours son indépendance religieuse, et pour deux siècles son indépendance politique.
Mais la Perse vaincue sur le terrain politique et religieux, n'allait pas tarder à prendre sa revanche dans un autre domaine : l'influence de sa civilisation allait s'imposer à ses vainqueurs, les adoucir, les fixer, les conquérir et, de ces nomades du désert, de ces « mangeurs de lézards », faire des Persans véritables.
Les Quatre Premiers Khalifes.
Les quatre premiers khalifes, Abou-Bekr, Omar, Othman et Ali, restèrent fidèles à l'esprit de Mahomet et aux traditions de leur race (63 2-660) : Arabes ils étaient, Arabes ils restèrent, cheiks du désert sans luxe, sans cour, sans besoins, durs à eux-mêmes comme aux autres, vivant sous la tente dans une intimité égalitaire avec les gens des tribus. Pendant quelques années, les vieux empires civilisés de l'Orient, la Perse, la Syrie, l'Egypte, furent gouvernés du fond d'un douar, par de pauvres bédouins. Abou-Bekr, Omar et Othman résidaient à Médine, en plein Hedjaz ; Ali, à Koufa, au seuil du Désert de Syrie. Cependant cette situation ne pouvait se prolonger. La simplicité patriarcale, le mépris de toute civilisation matérielle et de toute culture profane, la république militaire, bref le régime arabe étaient incompatibles avec la fondation d'un gouvernement stable dans les vieux cadres historiques de l'Asie Antérieure. Les I ribus de la péninsule arabique avaient pu conquérir deux
(1) Cf. Menant. Les Parsis, histoire des communautés zoroastriennes de llndc, P. 1898.
empires ; elles ne pouvaient les gouverner sans s'adapter à eux. Sous l'ample manteau de l'Islam, il pouvait se fonder une monarchie syrienne, renouvelée des Séleucides et des Byzantins (et ce fut l'œuvre des Oméyades), ou un Empire perse musulman, héritier de la Maison Sassanide (ce fut l'œuvre des Abassides) Mais la domination proprement bédouine sur ces vieilles terres chargées d'histoire était le résultai dune surprise qui ne pouvait avoir de lendemain. ■*
Les colonies arabes que la conquête avait fixées en Syrie, furent assimilées les premières par le milieu. Si les colons séleucides, d'une civilisation infiniment supérieure, avaient jadis été séduits par le milieu syrien, à plus forte raison les hommes du Hedjaz et de l'Yémen se trouvèrent conquis et absorbés. Au bout d'une génération, ce n'étaient plus ces Arabes des grandes tentes dont toute la vie intellectuelle se mouvait entre la méditation du Coran et un rêve de bataille, c'étaient des Syriens, c'est-à-dire des Araméo-Byzantins raffinés et curieux. Ce n'était pas impunément que la conquête musulmane avait transplanté cette race arabe, si vive, si mobile et si artiste, dans la nature délicieuse de Syrie, sur les bords de l'Oronte que mille ans de culture grécoromaine avaient peut-être plus profondément hellénisés que l'Egypte elle-même.
Le mouvement syrien dans l'Islam reçut sa direction de l'aristocratie Koraïchite. On appelait ainsi l'ancienne aristocratie païenne de La Mecque, qui ne s'était convertie n l'Islam qu'au dernier moment, le couteau sur la gorge, et après avoir tout fait pour supprimer Mahomet. Après la victoire du Yarmouk, une des plus puissantes familles koraïchites, celle des Oméyades, était venue s'établir en Syrie. Ayant obtenu du khalife Othman le gouvernement de la Syrie, les Oméyades s'y entourèrent d'une véritable Cour dont le luxe et les mœurs étaient empruntés à Byzance. L'hellénisme, vaincu sur les champs de bataille, prenait sa revanche dans la paix du sérail. Les Bédouins de Koufâ que cette dérogation aux lois du Prophète scandalisait, en rendirent responsable le Khalife Othman et le massacrèrent
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(656). Us donnèrent le khalifaf au gendre de Mahomet, à Ali, personnage que sa piété ei son austérité faisaient regarder connue un saint. Mais le gouverneur de la Syrie. i'Omévade Moawiya refusa de reconnaître, le noineau khalife el la guerre civile éelata dans l'Islam. Ce, fut la lutte des Vrabes hellénisés de Syrie contre les Bédouins du déserl. Ali était incontestablement l'héritier ie plus fidèle de la pensée du Prophète, il représentait la foi musulmane et l'élément arabe dans toute leur pureté. En face de lui, les Oméyades, la veille encore ennemis personnels de Mahomet, ralliés de la dernière heure à sa doctrine, personnifiaient la revanche des civilisations vaincues, l'empire laïque, le byzantinisme, presque l'athéisme. Les armes — , ou plutôt l'intrigue — , tranchèrent la querelle. Ali était un saint ei, sur le champ de bataille, un héros. Mais il n'avait rien d'un politique et ses propres lieutenants le trahissaient. Il fut. assassiné par ses ennemis en 66i^Sa mort laissa les Oméyades maîtres de l'empire. Leur chef, Moawiya, fut nommé khalife (66 1). Ainsi, moins de trente ans après la mort du Prophète, son héritage passait aux mains de ses pires ennemis.
Les Oméyades.
L'avènement de la Dynastie Oméyade transforma le Khalifat arabe en un empire syrien. Moawiya, le premier prince de cette famille ($6i-68o>, prit le titre de khalife à Damas. « La tolérance qu'il montra envers les chrétiens qui formaient la presque totalité de la Syrie, lui concilia toutes les sympathies (i). » Les derniers champions du paganisme, les anciens persécuteurs de Mahomet ne pouvaient être des musulmans bien austères. Moawiya, pontife ami des arts et presque athée, calqua l'appareil monarchique des basiléis. Il plaça à la tète de ses bureaux, à Damas, et dans toutes les branches de l'administration des fonctionnaires grecs qui conservèrent leurs emplois durant toute la période oméynde. Le plus influent de ses conseillers fut le chrétien
(1) Cf. ttttftrf. Histoire des Arabe*, I, 261.
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rge bon Mansour. Craignant la vengeance des partisans d'Ali, Moawiya s'entoura d'une garde particulière de mercenaires grecs, auxquels il accorda toute sa confiance. C'était' déjà autant un basileus qu'un khalife. Cette transformation fut encore plus sensible chez son fils, Yézid Ier, prince tout syrien et « roumi » (68o-683). Yézid, passionné pour la chasse et les festins, grand amateur de vins, de chiens et de danseuses, irréligieux et lettré, rappelait plutôt les libres Séleucides que les compagnons du Prophète. Pour briser l opposition du parti piétiste, il fit massacrer à Kerbêla l'imam Hussein, fils d'Ali et petit-fils de Mahomet, ainsi que tous les Alides qu'il put saisir (680). Ce drame excita dans tout le monde musulman une pitié et une colère sans bornes. Pour la moitié des Croyants, Hussein et les Alides devinrent, des martyrs, tombés pour la Foi. Leurs partisans, les Chiites, fondèrent une Eglise dissidente, dressée contre le Khalifat officiel — et le monde arabe se trouva coupé en deux (1).
La plupart des Khalifes Oméyades présentèrent la même physionomie. Jamais, — pas même dans la Rome d'Alexandre VI — , on ne vit pontifes aussi insoucieux de leurs fonctions religieuses. Le cinquième, notamment, Abd-el-Mélik
S5~7o5) fut le type du hasileus musulman. Dans son entourage, on vidait, au mépris du Coran, des coupes de vin de Palestine, la tête couronnée de fleurs, en écoutant des vers et de la musique. Le Khalife Wélid Iî (73/1-7/1/0 accentua ces tendances. Sur le siège du prophète, il menai'! In vie d'un libertin de Bvzance. Toujours entouré d'un cercle de chanteuses, passionné de courses de chevaux, entretenant h grand frais une meute, il était d'une impiété telle qu'on le vit tirer de l'arc en prenant le Coran pour ( ible. Aussi bien ces soi-disant Khalifes arabes n'étaient plus que des princes Syriens, des Séleucides musulmans. L'empire proprement arabe avait vécu. L'élément nomade, l'élément bédouin ayant été éliminé de la sorte, la lutte pour
(1) Cf. Van Ylolen. Recherches sur la domination arabe, le Chiilismc et les croyances messianiques à lêpoque des Omméuades, Leyde, 19M.
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l'hégémonie du monde islamique se trouva circonscrite entre les Syriens et les Persans.
Les Perses, en effet, commençaient à relever la tête. Convertis en masse à l'Islam, ils reprenaient, dans le sein de l'Islam, conscience de leur individualité nationale. L'égalitarisme musulman, d'ailleurs, tendait à admettre sur le même pied que les anciens Croyants, tout peuple qui adoptait la foi coranique. Internationaliste par définition, le Coran ne connaît en théorie ni Arabes, ni Persans, ni Syriens, mais seulement des Croyants et des Infidèles. Avec leur finesse instinctive, les Persans se rendirent très vite compte du parti qu'ils pouvaient tirer de ce principe. Comme Musulmans, ils réclamèrent tous les droits dont jouissaient les Syriens et les Arabes. Mais ils gardèrent dans l'Islam, sur les Syriens et sur les Arabes, l'avantage de former une vieille nation centralisée et unitaire, d'être une race particulière, d'avoir une culture propre, des frontières bien délimitées. Même au sein de l'Islam, les Persans trouvèrent le moyen de conserver leur individualité religieuse distincte, de former une secte à part : Ils se rallièrent contre les Oméyades à l'Eglise musulmane dissidente fondée par les sectateurs d'Ali, à l'Eglise Chiite.
Le fils d'Ali, l'imam Hussein, avait épousé la fille du dernier roi sassanide. Ses descendants représentaient donc à la fois au spirituel la légitimité mahométane, au temporel la légitimité iranienne. L'assassinat de Hussein par les Oméyades à Kerbéla, ne fit qu'exciter le séparatisme religieux de l'Iran. Les martyrs de Kerbéla devinrent les saints de la Perse musulmane (i). En réalité, il y avait un abîme entre les Chiites d'Arabie, pauvres nomades pieux et exaltés, et les Chiites de Perse, Aryens très cultivés, en possession d'une des plus riches civilisations du vieux monde. Mais ce que la Perse cherchait dans le Chiitisme (?.), c'est une doctrine qui l'opposât au monde arabo-syrien, aux races sémitiques, et à l'abri de laquelle elle put, comme, autrefois à l'abri du
(1) Cf. Stan. Guyard, J. A., 1877, I, 326.
(2) Ou Chiisme. Les deux transcriptions sont également employées.
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Mazdéisme, défendre son aine. Elle transforma le Ghiitisme en une religion nationale et presque nationaliste.
La Civilisation Musulmane à l'époque des Oméyades.
Les Khalifes Oméyades étaient devenus de véritables basi- Jcis musulmans. Ils voulurent que leur Cour de Damas put rivaliser avec celle de Constantinoplc. Ils voulurent posséder des palais et des mosquées aussi beaux que le Palais Sacré et que Sainte-Sophie. Les architectes grecs qu'ils employèrent, adaptèrent l'art byzantin aux exigences de la religion coranique et du goût oriental, — et l'art musulman fut créé.
Que l'art musulman syrien, à l'époque oméyade, procède directement de l'art byzantin, c'est ce qu'on ne saurait nier. « Tous les procédés byzantins pour la construction des voûtes et des arcades sur colonnes, l'emploi des tirants en bois, les abaques élevés, les charpentes décorées, la mosaïque sous toutes ses formes, les placages de marbre sur les murs, de bronze sur les boiseries, les menuiseries des portes, les fenêtres en dalles de marbre repercées à jour, — tous ont été mis en œuvre par les premiers architectes employés par les Musulmans (i). » Dès le premier coup d'œil, la forme des coupoles sur pendentifs et l'alternance de matériaux de différentes couleurs donnent aux anciennes mosquées musulmanes et aux édifices byzantins de la même époque, un caractère d'étroite parenté. Cette impression est d'autant moins surprenante que plusieurs de ces anciennes mosquées ne sont que des églises byzantines transformées. La Mosquée El-Aksa\ à Jérusalem est une ancienne basilique de Justinien, adaptée en 685 par le khalife Abd-el-Mélik. La Grande Mosquée de Damas est une ancienne église de saint Jean-Baptiste, due à l'Empereur Théodore, et modifiée en 707 par le Khalife Wélid Ier ; son plan a servi de modèle-
(lj Saladin et Migeon. Manuel d'Art Musulman, I, 36.
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pour plusieurs mosquées de l'Ecole, Egyptienne (mosquées d'Ibn Touloun, d'El-Hakem et de Bibars).
Pour la décoration comme pour la construction de leurs monuments, les Oméyades imitèrent les Byzantins. Ils mirent leur orgueil à posséder eux aussi « le luxe suprême du Basions, l'étincelante mosaïque ». Pour achever la décoration de la Mosquée d'Omar (i), le Khalife Wélid 1er fit venir des mosaïstes de Gonstantinople. Les mosaïques de la Basilique de la Nativité, à Bethléem inspirèrent celles de la Mosquée El-Aksa de Jérusalem et de la Grande Mosquée de Damas. Il serait d'ailleurs singulièrement injuste de prétendre que les Arabes n'ont fait que copier servilement les Byzantins. Leur fantaisie ailée, leur imagination vive et capricieuse ont enrichi l'art décoratif de thèmes nouveaux. Les combinaisons infinies de Y arabesque et les qualités ornementales de Y écriture koufique prêtent aux monuments arabes un charme, une légèreté, une élégance que les monuments byzantins n'ont certes jamais connus.
Par sa civilisation comme par ses conquêtes, le Khalifai Oméyade était devenu un grand empire méditerranéen, à la manière de l'ancien Empire Séleucide ou de l'Empire Byzantin. C'est alors que la Perse, après un effacement d'un siècle, revendiqua de nouveau l'hégémonie de l'Orient.
Le Réveil de la Perse.
Le fait le plus remarquable de l'histoire de la Perse, c'est qu'à travers toutes les invasions, elle a réussi à préserver sa race, sa langue et sa nationalité. Les Macédoniens, les Arabes et les Turcs Font à diverses reprises, conquise et possédée. Mais ni la séduction de l'Hellénisme, ni le prosélytisme, religieux des Arabes, ni la brutalité turque, n'ont réussi à la dénationaliser. Fière de sa race blanche, de sa
(1) La Mosquée, appelée assez improprement Mosquée d'Omar, à Jérusalem, est due en mande partie au khalife Abd-él-Mélik (C87). Elle fut achevée par \\ élid 1"'.
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langue indo-européenne, dos glorieux souvenirs âv l'époque nehéménide et de l'époque sassanide, elle a vu passer tous les envahisseurs et leur a survéeu. Les Arabes, qui réussiront à lui donner une nouvelle religion, furent impuissants à assimiler la race iranienne. Ils comprirent bientôt la vanité de leur effort. Eux qui essaimèrent sur tous les rivages do la Méditerranée, en Syrie, en Afrique, en Espagne, ils ne songèrent pas à coloniser la Perse. ïls ne s'écartèrent pas des passages de Syrie ou des jardins de la Ghaldée, devenus leur domaine propre (i). Ces hommes du Midi se, sentaient dépaysés sur le haut plateau d'Iran.
La conversion de la Perse à l'Islam n'amena donc pas son absorption dans l'Islam, comme ce fut le cas pour la Syrie, l'Egypte et le Moghreb. Elle rentra dans l'Islam et elle y retrouva la Perse, mais une Perse rénovée par les apports mondiaux de l'Islam, dégagée de son nationalisme étroit, fortifiée, de tout ce que la révolution musulmane comportait d'énergie et de goût de l'action ; douée enfin d'une sensibilité plus délicate, plus inquiète, plus passionnée. C'est souvent dans le trouble causé par les influences étrangères qu'un peuple découvre la profondeur de son âme. On sait quel fonds moral les moines indiens ajoutèrent en Chine et au Japon aux conceptions un peu maigres du Confucianisme «t du Shintoïsme indigènes. Les religions sémitiques ont suseité de même une Perse musulmane et une Europe chrétienne, infiniment plus riches et plus complexes l'une et l'autre que l'Iran sassanide et que le monde gréco-romain. C'est que, par leur opposition même au génie national, ces cultes étrangers apportaient dans la conscience de la race un élément de diversité, des motifs de doute, des luttes morales, des conflits de sentiments, c'est-à-dire de la passion et de la vie. A cet égard, la Perse musulmane fut aussi supérieure à l'Iran sassanide que l'Italie du Quattrocento à la Rome des Césars.
Cette persistance de la nation persane à travers l'Islam a
(1) La Chaldée reçut des conquémnts musulmans le nom d'Irak-Arabi, c'est-à-dire Irak des Arabes, par apposition à Vlrak Adjémi, l'Irak des Mèdes.
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fait dire à Darmesteter que la Perse es! hors l'islam. « La Perse, écrit-il, a transformé l'étranger plus qu'elle ne s'est transformée elle-même. Elle a adapté sa foi nouvelle à ses traditions héréditaires. L'Islam de la Perse n'est point l'Islam. C'est la vieille religion de la Perse encadrée de formules musulmanes... La Perse transporta en masse sa mythologie dans la religion nouvelle. Mahomet hérita de Zoroastre. Djeddal et l'Antéchrist héritèrent d'Ahriman et du serpent Zohak. Saochyant, le fds encore à naître du Prophète, qui doit, à la fin des temps, inaugurer le règne de la Vie Eternelle, revint faire ses promesses aux hommes sous le nom arabe du Mahdi. Tous ces peuples de djiims, de divs et de péris, qui animaient les eaux, les monts et les déserts, continuèrent à régner en paix dans leur empire, comme si rien ne s'était passé dans les temples. Pour la masse du peuple, rien ne fut changé que, deux noms nouveaux à apprendre, Allah et Mahomet (i). »
Le Chiitisme (ou Chiismé), véritable Protestantisme persan dressé contre l'Orthodoxie arabe, permit à la nation iranienne d'affirmer énergiquement son individualité. Au début, il ne s'agissait pour la Perse que de protester contre la spoliation d'Ali et contre l'assassinat de son fils, l'imam Hussein, le martyr de Kerbéla, considéré comme un martyr national parce qu'il avait épousé la dernière princesse sji> sanide et, qu'à ce titre, les droits de la couropne iranienne résidaient en lui. Mais à la longue, le Chiitisme devint pour la Perse l'instrument de toutes ses revendications politiques et sociales, comme aussi de toutes ses affirmations philosophiques. Par opposition à l'orthodoxie arabe, le protestantisme persan devint presque une doctrine de libre examen. « L'Islam arabe, dit Victor Bérard, était un inextricable fouillis d'affirmations métaphysiques, de prescriptions rituelles, de poétiques effusions. La dialectique persane en tira une théorie du monde et une intarissable série d'interprétations que chaque lecteur s'efforce d'adapter à son expé-
(1) Dormesleter. Coup d'œil sur l'histoire de la Perse, p. 36-43.
HISTOIRE DE l'.\SIE l3~]
rience propre et à ses acquisitions de science étrangère (i). » — « Le respect fallacieux de la forme et de la pratique cache mal dans le Ghiitisme l'absence de stabilité dogmatique et la révolte de la connaissance rationnelle contre la foi. »
Tandis que l'Orthodoxie musulmane ne bougea pour ainsi dire jamais, le monde chiite persan fut en évolution perpétuelle. Ce fut le foyer d'où sortirent une infinité de sectes toutes plus ou moins libre-penseuses et socialistes. L'agitation sociale y voisinait, en effet, avec l'agitation philosophique. La Perse sassanide avait eu son mouvement socialiste avec Mazdak. La Perse musulmane connut, au vme siècle, un mouvement encore plus radical avec l'agitateur communiste Zendik et avec le célèbre Mokanna de Merv dont la doctrine présente quelque analogie avec celle des Anabaptistes et qui souleva le Khorassan en 775.